Il ne veut pas prendre ses pilules ?

Il ne veut pas prendre ses pilules ?

La chimiothérapie représente très certainement l’icône de la modernité en médecine; à chaque trouble sa molécule. Toutefois en psychothérapie, où la contribution respective du biologique et du psychique n’est pas encore clairement établie, la question d’une prise de médicaments est souvent source de confusion. Nous ne faisons pas référence ici à la confusion de l’ordre du diagnostic ou de celui de la molécule appropriée, mais bien celle ressentie par l’individu confronté à un mal de l’être.

 

Cette confusion est souvent soutenue par l’abondance de résultats de recherches, lesquelles mentionnent d’une part l’efficacité des antidépresseurs et d’autre part leur absence d’effet sur certains patients présentant des symptômes faibles à modérés.

 

 

Antidépresseurs et anxiolytiques, faut-il les prendre ou pas ?

Suite à ces informations parfois contradictoires, les patients portent souvent une opinion tranchée sur la question des médicaments pour traiter les troubles liés à la santé mentale, plus particulièrement sur les antidépresseurs ou les anxiolytiques. Certains demanderont de manière insistante la prise d’une molécule, tandis que d’autres s’y opposeront fermement avant même que la proposition d’une telle avenue leur soit suggérée.

 

Ces deux attitudes dialectiques peuvent laisser supposer respectivement le désir d’être libéré rapidement et sans effort de leurs maux, ou la crainte d’être englouti par l’effet d’un traitement pharmacologique. Ceci étant dit, le dilemme peut bien souvent s’avérer plus complexe qu’il ne l’est en apparence.

 

Effets secondaires de la médication

Sur le plan physiologique, la prise d’un traitement pharmacologique s’accompagne parfois d’effets secondaires désagréables, ce qui incite les gens à mettre fin au traitement de façon anticipée et peut parfois être nuisible au fonctionnement physiologique.

 

Sur le plan affectif, la prise d’un traitement pharmacologique s’accompagne, dans certains cas, d’un sentiment de honte ou de culpabilité. Le patient peut avoir l’impression d’être faible ou d’avoir échoué là où il s’imagine que les autres auraient réussi sans problème. Derrière cette illusion se cache généralement le désir d’être tout-puissant, de pouvoir tout faire en une seule journée, de réagir adéquatement en toutes circonstances. Le résultat ne peut être alors qu’une déception, une fracture de l’idéal de soi.

 

Lorsqu’une personne se fracture une jambe, l’utilisation de béquilles se passe d’argumentation. Le repos, les limitations et certains changements d’habitudes s’imposent. Peut-être en va-t-il de même pour la dépression et l’anxiété. La recherche a clairement démontré que la prise d’un antidépresseur couplée à une psychothérapie est l’avenue la plus efficace et la moins coûteuse pour surmonter une dépression. Ainsi, la prise de médicaments peut souvent servir de support ponctuel pour continuer à fonctionner quotidiennement et déployer les efforts nécessaires pour apporter certains changements essentiels à une hygiène de vie plus saine.

 

Thérapie et médication taux de succès de 80.5%

L’idée importante est de comprendre qu’une pilule ne règle pas tous les problèmes et qu’elle n’offre qu’un taux de succès d’environ 60 % en cas de dépression sévère. Lorsqu’elle est couplée à une psychothérapie ou à une forme d’aide psychologique, ce taux peut grimper à plus de 80,5 %. Ceci étant dit, il est clair que les médicaments permettent de rester debout et d’amorcer un mouvement vers un changement.

Finalement, la question n’est donc plus : « Est-ce que je dois prendre des médicaments ? » Elle devient plutôt : « Dans quel but dois-je prendre des médicaments et pendant combien de temps m’offriront-ils le support dont j’ai besoin pour transformer certaines sphères de ma vie?

 

N’oubliez pas que vous pouvez toujours discuter avec votre médecin ou votre psychothérapeute afin de prendre une décision plus éclairée, et que vous ne devez surtout pas hésiter à consulter en cas de besoin.

 

Collaboration spéciale

Par Giancarlo Jr. Collacciani, Psychothérapeute
Doctorant en psychologie – UQAM
www.epoche.ca

Laisser un Commentaire

1 Partages
Partagez
+1
Tweetez
Partagez1
Enregistrer
Stumble