Les comportements à risques
31 Jan

Les comportements à risques

La maladie mentale pourrait être synonyme d’incompréhension. En effet, il nous arrive de ne pas toujours comprendre ce que nos proches atteints vivent et on se demande parfois «mais pourquoi ne fait-il pas tout pour aller mieux?». Dépassé et épuisé, on oublie alors peut-être à quel point ces personnes souffrent et qu’elles se sentent complètement démunies face à leur souffrance, elles aussi.

Certains vont adopter des comportements qui ne sont pas toujours adéquats, mais qui, malgré tout, les soulagent, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Je vais traiter dans cet article des comportements à risque les plus répandus comme la consommation (drogue, alcool), l’automutilation ou encore les tentatives de suicide. Cet article va tenter de vous expliquer un peu mieux le pourquoi de ces comportements, qui semblent si souffrants pour le proche que vous aimez. Cet article veut dresser un portrait général de ces comportements et n’est donc pas une description exhaustive.


Les comportements à risques désignent l’ensemble des pratiques qui mettent en danger la santé psychique et physique des personnes. Le but n’est pas de mettre fin à leur vie mais plutôt de mettre fin à leur souffrance. En effet, peu importe le comportement, la fonction première est une tentative de soulagement pour les personnes qui vivent de la souffrance, d’une manière consciente ou non.

Consommation d’alcool et/ou de drogues

Il existe plusieurs types de consommation : il y a les drogues à effet stimulant (nicotine, caféine, cocaïne, etc.), les dépresseurs (alcool, tranquillisants) et les perturbateurs du système nerveux (marijuana, LSD, etc.). Tous ces moyens permettent de soulager la tension et d’apaiser la souffrance psychique en noyant le problème pour ainsi l’oublier… à court-terme, voire à très court-terme. D’où le risque de dépendance. L’effet est court, le mal-être revient à grands pas, alors le consommateur veut en reprendre, encore et encore, toujours plus…

Plusieurs maladies mentales sont en partie dues à des déficits chimiques au niveau du cerveau. Ceux-ci peuvent être comblés par certaines drogues composées d’éléments qui vont agir sur les fonctions déficitaires. Mais attention : le déficit est alors comblé à court terme par la consommation, ce qui ne fait qu’empirer les choses à long terme. Par exemple, les personnes souffrant de schizophrénie peuvent avoir tendance à consommer de la marijuana car les effets peuvent être apaisants. Malheureusement, cette consommation va annuler les effets de la médication qui est bien plus efficace pour traiter la maladie et moins nocive pour le corps humain. À long terme, la consommation et la surconsommation de drogues comportent des risques dans tous les domaines de notre vie; la santé physique, mentale, la vie de couple, de famille, le travail, etc. Autant de domaines qui sont une partie essentielle de notre bien-être.

Frénésies alimentaires

La frénésie alimentaire est un symptôme et une manière (inadéquate) de répondre à un mal-être.

Certains auteurs voient dans la frénésie alimentaire un comportement équivalent à la toxicomanie. Dans ce cas, la substance toxique serait l’aliment, devant lequel l’abstinence est impossible.

Nous l’entendons et le savons de plus en plus, l’alimentation est directement liée avec le bien-être mental. Quand on se sent mal dans sa peau, quand on vit des difficultés, la nourriture peut être un moyen rapide pour ressentir une certaine satisfaction mais aussi pour s’auto-punir. Souvent, après la frénésie, un sentiment de honte et une faible estime de soi surviennent : « je ne suis même pas capable de me contrôler ». Paradoxalement, la nourriture a aussi une fonction rassurante : c’est elle qui nous maintient en vie, elle remplit notre ventre, elle nous remplit… Elle réussit à combler des manques tout en faisant augmenter des sentiments d’impuissance.

L’automutilation

Ce comportement est très difficile à comprendre pour les proches. Lorsque la personne se mutile, sa souffrance intérieure est comme mise à nue : on voit ses blessures, et cette souffrance visible nous fait tant mal. Il existe différents types d’automutilation. Les formes les plus courantes sont : se couper la peau avec un rasoir, avec du verre, se brûler, s’arracher les croutes sur la peau, se tirer les cheveux ou encore empêcher ses blessures de guérir. Souvent, les personnes souffrent d’un mal intérieur qui les envahit mais elles se sentent impuissantes face à la douleur qu’elles ressentent. Le fait de s’infliger elles-mêmes des blessures redonne un certain sentiment de pouvoir et de contrôle sur leur vie et sur leur souffrance : « Si j’ai mal, c’est parce que je me suis coupé, je peux au moins m’expliquer cette souffrance-là ».

Dans d’autres cas, comme dans les troubles de personnalité limite, les coupures ont une fonction rassurante : les personnes atteintes se sentent tellement vides de l’intérieur que le fait de voir son corps réagir à la blessure leur prouve que oui, ils sont bien en vie. Ces personnes ne ressentent d’ailleurs que rarement la douleur. C’est dire l’ampleur de leur souffrance intérieure.

Alors oui, c’est difficile à croire, mais le fait de se mutiler peut faire du bien. Là est tout le problème : on est soulagé, donc on recommence.

Tentatives de suicide

Les tentatives de suicide sont également un mécanisme utilisé pour soulager la souffrance; c’est un mécanisme d’adaptation qui peut devenir chronique lorsqu’il y a du désespoir. Le danger est certain, même s’il s’agit d’un appel à l’aide. En effet, dans 8 cas sur 10, les suicidés avaient exprimé leur intention de poser ce geste.

L’intensité des passages à l’acte varie dans le temps et d’une personne à l’autre. C’est pourquoi une personne peut vivre différentes périodes suicidaires dans sa vie. Les périodes aigües sont souvent liées à des évènements stressants.

Peut-être que les menaces de suicide durent depuis longtemps et que vous ne croyez plus que votre proche passera à l’acte. Même dans ce cas, agissez (appelez le 911 par exemple). Car plus les tentatives sont courantes, plus l’idée de mort devient possible et elle devient une solution. Le risque de mort augmente malheureusement considérablement.

Le problème majeur avec tous les comportements à risque, c’est qu’ils ont souvent une fonction de soulagement. Mais à long terme, cette réponse inadéquate à la souffrance devient « normale », voire acceptable, au point d’oublier qu’il existe d’autres outils pour mieux répondre à sa souffrance.

J’espère que tout cela vous aura un peu éclairé. Cependant, gardez en tête que les comportements décrits ici sont des phénomènes complexes et qu’il faudrait plus que deux pages pour en parler! Si vous êtes confrontés à de telles situations et que des questions demeurent, n’hésitez pas à nous contacter.

 

  1. :  Fondation québécoise des maladies mentales
  2. : Guide d’intervention. Living Works, 2001

 http://www.aqps.info/

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