Les égoportraits (selfies) Symptôme d’un dysfonctionnement cognitif
23 Sep

Les égoportraits (selfies) Symptôme d’un dysfonctionnement cognitif

Mais qu’est-ce qu’une selfie? Un selfie consiste à se prendre soi-même en photo, seul ou en groupe, pour ensuite transmettre la photo quasi instantanément à son entourage. Le selfie est devenue un nouveau mode de communication qui cadre dans les normes sociales. Elle permet de s’exprimer librement, de capturer un moment de notre journée et de le garder facilement en souvenir.

 

Mise à jour le 29 septembre 2014

Écoutez l’entrevue de Jessy Riel à l’émission « C’EST BON POUR LA SANTÉ »

 

Dans la parution de septembre dernier, j’écrivais un article qui critiquait en grande partie le nouveau DSM-5. Je m’indignais devant les nombreuses modifications apportées aux critères diagnostiques, car ils avaient comme conséquence de rendre malade deux fois plus de monde.

 

Vous vous rappelez? Un deuil non résolu après deux semaines peut maintenant se mériter le titre de dépression majeure, et une femme présentant des symptômes prémenstruels extrêmes peut être cataloguée comme étant souffrante d’une maladie mentale, soit du trouble dysphorique prémenstruel. Dernièrement, j’ai eu peur. Un article circulait sur le web et relatait que les personnes qui ont tendance à prendre des selfies plusieurs fois par jour souffriraient du trouble mental appelé le Selfitis.

 

Mais qu’est-ce qu’une selfie?

Un selfie consiste à se prendre soi-même en photo, seul ou en groupe, pour ensuite transmettre la photo quasi instantanément à son entourage. La selfie est devenue un nouveau mode de communication qui cadre dans les normes sociales. Elle permet de s’exprimer librement, de capturer un moment de notre journée et de le garder facilement en souvenir.

 

 

La selfie virtuelle a le pouvoir de nous faire sentir vivant et permet de combler une distance physique entre deux personnes. Cette activité est habituellement destinée à voir le jour sur les différents réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest, Snapchat…
Lorsque j’ai lu l’article sur le Selfitis, la supposée nouvelle maladie mentale, je n’en croyais pas mes yeux. Surtout que la source en question nommait que ses références provenaient de l’American Psychiatric Association (APA).

 

 

Après une courte recherche, j’ai tout de suite constaté que le tout n’était qu’un canular de plus sur le web! Le Devoir a même pris un instant, le 8 avril dernier, pour démentir cette nouvelle parue le 31 mars 2014. Ils ont rassuré une bonne partie de Québécois en affirmant qu’ils ne souffraient pas de ce nouveau trouble et en précisant que l’APA ne s’était jamais prononcée sur la question des égoportraits.

 

Auriez-vous imaginé une seconde le nombre de personnes qui rencontreraient ces critères diagnostiques? Moi, j’en connais plusieurs! Dans la chronique, on osait même affirmer que le trouble comptait trois degrés de sévérité. Je vous les épargnerai compte tenu du fait que le tout est faux!

 

Pourtant, le site où l’on retrouve l’article en question, The Adobo Chronicle, proclame fièrement dans sa page titre qu’il est : Your Best Source of Unbelievable News (votre meilleure source de nouvelles incroyables!) Malgré cela, plusieurs journalistes se sont fait prendre au piège, puisque cette fausse nouvelle a fait le tour du monde en peu de temps! Un article de La Presse pourtant écrit par Elsy Fneiche, une psychoéducatrice de la région de Montréal, relatait encore ces faussetés en date du 28 avril dernier…

 

 

Que retenir de ce canular, le selfitis ?

Outre le fait que les médias peuvent faire croire à quiconque ce qu’ils veulent, nous pouvons tout de même nous poser certaines questions quant aux conséquences possibles de la nouvelle tendance de selfies.

 

 

Est-il sain de se prendre autant de fois que possible en photo?

À l’heure actuelle, les Selfies submergent les réseaux sociaux et semblent être la nouvelle norme à suivre si l’on se fie à ce que nous exposent les célébrités et même les politiciens! Et puis, c’est si facile avec les cellulaires intelligents qui sont tous connectés à ces indispensables réseaux sociaux… Mais où se trouve la limite de l’acceptable? Vous savez, cet équilibre essentiel que l’on doit trouver dans chacune de nos habitudes…

 

 

Les avantages et désavantages de prendre des selfies

Certains psychologues, dont la psychanalyste française Geneviève Abrial, soutiennent que l’action de se prendre en photo à l’occasion peut être à la fois avantageuse et néfaste. Le fait d’être capable d’apprécier le visuel que propose notre image corporelle et de se voir tel que les autres nous voient peut avoir un effet bénéfique. Cela peut permettre à l’individu de forger davantage son identité et ainsi de maintenir ou augmenter son estime personnelle.

 

On ne se le cachera pas, quelques clics « J’aime » sur nos publications Facebook, ça ne fait pas de mal à l’ego! De plus, le fait d’être continuellement en contact avec une quantité phénoménale de gens peut être une source de valorisation. Cependant, il y a toujours un revers à une médaille. Si l’on apprécie l’attention et les compliments reçus via les partages, il ne faut pas être dupe et ignorer la possibilité de recevoir des commentaires négatifs.

 

 

Pourquoi les publications sur les réseaux sociaux sont-elles si attrayantes?

Ce qui est attirant, c’est le concept de l’identité numérique à laquelle s’adonne une partie de la population. Ses adeptes sont des experts dans l’art d’afficher une image d’eux parfaitement manipulée qui les aide parfois à se sentir mieux dans leur peau. Mais cette image est généralement assez différente de leur soi réel. Pourquoi? Car fréquemment, les gens tentent d’imiter autrui en se référant à ceux qu’ils idéalisent ou à ceux qu’ils envient, soit par des mimiques semblables, des poses, des attitudes différentes, une représentation inhabituelle de leur corps ou par leur habillement. Tout est méticuleusement choisi. Ils se représentent de la façon dont ils veulent que les autres les perçoivent, soi près de la perfection.

 

 

C’est ainsi plus facile de plaire aux autres avec une apparence de similarité, puisque l’identité numérique est plus facile à entretenir dans le virtuel que dans la vie réelle. Elle peut même devenir une stratégie pour compenser une faible estime de soi. Encore faut-il souligner qu’entretenir une identité numérique demande des efforts constants au quotidien, car à la minute où une selfie est publiée sur les réseaux sociaux, elle est déjà chose du passé. Quelqu’un ailleurs a déjà fait mieux et tout est à recommencer.

 

 

Il est aussi important de mentionner que souvent, les gens ne sont pas conscients de l’image qu’ils projettent, de l’impact qu’elle peut avoir et des traces qu’elle peut laisser (même si tout est supposément instantané sur le web) ! De plus, sans le savoir, une proportion d’individus participe directement à la promotion de l’hyper sexualisation en banalisant leurs photos à caractère sexuel ayant comme objectif de tester leur pouvoir de séduction.

 

 

Les selfies, un danger pour l’estime de soi

Si l’on prend la chance d’aller à la quête de compliments et d’attention, on prend inévitablement le risque d’aller à la quête de commentaires absurdes, négligents ou de simplement faire face à l’ignorance. Avec les comptes Facebook, Twitter, Instagram, on ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez… On doit donc détenir une capacité personnelle à se détacher émotionnellement de ces conséquences possibles, car ces événements peuvent être susceptibles de créer un ressentiment tel l’injustice, la frustration, le dénigrement de soi et la tristesse. Le tout peut faire suite à une impression de ne pas être reconnu à sa juste valeur, de ne pas mériter la reconnaissance d’autrui, ou de se considérer comme nul, laid et inutile. Certains vivront même du dégoût ou de la honte à chaque visualisation de leur portrait. On constate alors que les selfies peuvent se transformer en différentes sources d’angoisse.

 

 

Les égoportraits, un risque pour la santé mentale?

Vivre de l’angoisse n’est pas sans conséquence sur la santé mentale. Avec les selfies, nous discutons directement de l’image qui est projetée par la personne. Si une personne présente une fragilité psychique et qu’elle voit sa réputation atteinte, les risques de se déprécier en tant que personne sont élevés et peuvent faire diminuer considérablement l’estime qu’elle a pour elle. C’est là que nous faisons face au danger car, à la base des maladies mentales, on retrouve souvent une faible estime de soi.

 

 

Pour contrer ces effets néfastes de dénigrement et de baisse d’estime, des personnes créent une dépendance à ce mode d’expression en tentant de remodeler leur identité numérique. Ce sont souvent eux les accros aux selfies. Ils se mettent à polluer les réseaux sociaux de façon obsessive avec des nouvelles publications. Ils s’insèrent ainsi dans un cercle vicieux et malsain qui affecte immanquablement leur fonctionnement au quotidien.

 

 

Les troubles mentaux qui sont reliés aux abus de selfies s’inscrivent d’abord dans les cas de dépendance aux réseaux sociaux et aux technologies. L’abus des égosportraits peut aussi devenir un symptôme d’un trouble obsessionnel compulsif, par exemple quelqu’un qui recherche la perfection à tout prix.

 

 

Des troubles alimentaires, anorexie et boulimie, peuvent aussi faire surface ou s’empirer si la personne ne parvient pas à apprécier son propre visuel corporel. Une autre difficulté susceptible d’apparaître est le trouble de dysmorphie corporelle. C’est une maladie qui consiste à ne pas percevoir adéquatement le reflet de son portrait et à percevoir des défauts imaginaires ou irréels de façon démesurée (ex : trop gros, trop maigre, nez trop proéminant).

 

 

Pratiquer des selfies alors qu’on est atteint de ce trouble n’est surement pas la meilleure idée qui soit… De plus, des symptômes dépressifs peuvent apparaître suite à la baisse d’estime de soi et s’insérer parmi ces diverses problématiques de santé mentale.
Suite à ces brèves réflexions, on constate que les selfies peuvent devenir un élément déclencheur de certains troubles de santé mentale chez les personnes qui ne sont pas assez armées face au côté négatif de ce nouveau concept.

 

 

Nous l’avons vu il y a des avantages agréables et sains à cette pratique, mais le problème repose souvent dans un manque d’équilibre (j’ajouterais même dans le manque d’éducation). J’espère que nos jeunes enfants seront sensibilisés aux conséquences de ces gestes qui semblent anodins et faciles et j’espère que l’entourage des adeptes des réseaux sociaux restera présent pour éviter un dérapage douteux!

 

 

Rappelez-vous, la modération a bien meilleur goût!

 

 

Conséquences des selfies dont vous ne vous douteriez pas à propos des selfies

  • Tentative de suicide en Angleterre d’un jeune homme de 19 ans, Danny Bowman, pour ne pas être parvenu à atteindre la photo parfaite. Il consacrait environ 10 h par jour aux selfies et ne fréquentait plus l’école.
  • Mort d’une jeune fille de 15 ans au Liban. Par erreur. Elle a utilisé l’arme chargée de son frère pour se prendre en photo et a malencontreusement mis fin à ses jours.
  • Une femme de 38 ans de Los Angeles, Triana Lavey, dépense 15 000 $ en chirurgie esthétique du visage pour avoir l’air photoshopée en tout temps.

 

 

33 « fails » de personnes qui essaient de faire des selfies

Pour ceux qui me lisent via le web et qui ont envie de rire un peu des selfies échouées, allez sur ce site http://runt-of-the-web.com/sexy-selfie-fails, plaisir garanti!

 

Références 

  1. http://www.psychologies.com/Bien-etre/Prevention/Hygiene-de-vie/Articles-et-Dossiers/Quantified-self-une-avancee-pour-notre-sante/4
  2. http://www.grazia.fr/societe/news/une-femme-depense-15-000-pour-avoir-l-air-photoshoppee-641790
  3. http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/312999/psychologie-un-monde-numerique-a-la-mesure-des-narcissiques
  4. https://www.academia.edu/7044110/dossier_universitaire_le_selfie_chez_les_15-22_ans_avec_Gaelle_CAMUS_

About the Author

Jessy Riel Jessy Riel
Que dire sur moi en quelques lignes? Pour commencer, voici trois mots : intègre, spontanée et passionnée. Je suis passionnée de la vie, tant par sa beauté que par ses imprévues. Je considère que l’on mérite de vivre pleinement chaque instant présent, qu’il soit positif ou négatif, puisqu’il nous mène toujours à un niveau supérieur où l’on en ressort grandis. Voici pourquoi la profession d’intervenante m'interpelle, car j’ai à cœur la croissance personnelle et le bien-être mental des gens. Je crois en vous!

One thought on “Les égoportraits (selfies) Symptôme d’un dysfonctionnement cognitif

  1. LEVASSEUR - 23 juillet 2016 dans 10 h 18 min

    Bonjour,

    J’ai beaucoup aimé votre article Jessy, mais à la vue de la photo de votre mini-cv, je me dis que cette image aseptisée transporte elle aussi un message idéalisé mais comment faire autrement?
    Vous avez raison, la modération est importante et l’autoportrait n’est utile que pour les professionnels de l’image qui n’ont pas de photographe personnel.

    Répondre

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