Les jeunes appelés par l’extrémisme
26 Nov

Les jeunes appelés par l’extrémisme

En janvier, on apprenait que des étudiants québécois avaient tenté de quitter la province pour le Moyen-Orient dans l’espoir de rejoindre le groupe terroriste de l’El, signifiant État islamique.

 

Depuis, les bulletins de nouvelles nous informent que l’histoire se répète. Malgré les législations et les initiatives mises en place par les différents paliers gouvernementaux, l’idée que de jeunes Canadiens souhaitent intégrer des groupes terroristes soulève plusieurs questions.

 

Qu’est-ce qui peut mener des jeunes en santé, éduqués, remplis d’opportunités à vouloir mener une guerre aussi violente et insensée? Certains d’entre eux sont de descendance musulmane, c’est donc penser que leurs parents ont quitté l’Afrique du Nord dans l’espoir de leur offrir une vie meilleure, avec plus d’opportunités. Pourquoi ont-ils plutôt choisi de tourner le dos à leur famille et leur avenir?

 

Dans le texte qui suit, vous trouverez les réponses et réflexions auxquelles mes recherches m’ont conduite.

 

Terrorisme et maladie mentale

 

Ma première hypothèse fut que ces jeunes devaient souffrir d’une maladie mentale. Loin de moi l’idée d’alimenter le stéréotype que les personnes atteintes sont violentes et dangereuses. Cependant, je pensais qu’ils pouvaient représenter des proies attrayantes pour les groupes terroristes.

 

Ce sont des personnes très intelligentes et sensibles, ce qui peut les rendre vulnérables. De plus, lorsque des personnes vivent des phases de manie ou de psychose, elles peuvent investir une énergie incalculable dans un but précis sans égard à leurs besoins, leurs valeurs ou l’opinion des gens qu’elles aiment. Pour moi, il apparaissait évident que des jeunes vivant loin de la guerre ou ne se trouvant pas dans une situation très précaire devaient être en mauvaise santé psychologique pour vouloir rejoindre un groupe terroriste.

 

Cependant, mes recherches m’ont vite forcée à revoir mon hypothèse. En fait, on ne trouve pas plus de personnes atteintes parmi les radicaux, pas plus qu’on observe une tendance quant à l’âge, le niveau d’éducation, le revenu ou la classe sociale des terroristes.

 

Terrorisme et les immigrants

 

Et bien que les projecteurs visent actuellement le Moyen-Orient et l’islam, le terrorisme n’est pas non plus restreint à une ethnie ou à une religion précise. Il suffit de penser aux kamikazes japonais de la Deuxième Guerre mondiale.

 

La définition du terrorisme

 

On définit le terrorisme comme l’utilisation de la violence à des fins politiques. Avec une définition aussi large, des gens de toute provenance peuvent répondre aux critères de terroristes.

 

Comment devient-on terroriste?

 

Si je vous demandais si vous seriez prêt à donner votre vie pour une cause ou si une chose vous tient tellement à cœur que vous seriez prêt à mourir pour la défendre? Vous me répondriez probablement que oui, en pensant à votre famille, vos enfants. Mais la vérité c’est que beaucoup de gens sont prêts à risquer leur vie pour des personnes ou des idéaux qui les touchent de près, mais parfois même de loin.

 

Pensez aux activistes comme Nelson Mandela et Martin Luther King qui ont dédié leur vie à des causes plus grandes qu’eux. Plus près de nous encore, les policiers et pompiers qui risquent leur vie pour celle d’inconnus. Le parallèle entre pacifistes et terroristes vous semble peut-être tiré par les cheveux. Par contre, même si les valeurs et la morale sont bien différentes, dans les deux cas, c’est la motivation des individus qui détermine leur volonté à entreprendre des «carrières» comme celles-ci.

 

Plus précisément, on parle d’une motivation envers une quête de sens personnel. Pour les radicaux, le terrorisme est un moyen simple et efficace d’y arriver. Comme nous avec nos carrières ou les rôles de parent, conjoint, ami que nous portons, le terrorisme est ce qui permet aux radicaux de donner un sens à leur vie, de sentir qu’ils font une différence, d’être reconnus.

 

La violence qu’utilisent les terroristes n’est qu’un moyen qui se révèle rapide et efficace pour atteindre ces objectifs. Plusieurs raisons peuvent motiver un individu à se tourner vers le terrorisme pour remplir son besoin de sens personnel : d’abord, une perte ou une menace qui vise sa personne, que ce soit par la souffrance physique ou psychologique, le rejet ou l’humiliation politiques ou personnels.

 

Une personne peut aussi être contrainte de rejoindre les rangs d’un groupe terroriste face à la menace de que qui pourrait lui arriver si elle ne le faisait pas. Pour certains, le terrorisme apparait comme une opportunité de socialiser, de passer à l’histoire, d’être glorifiés. La recherche de sens personnel de certains individus est donc une vulnérabilité que les groupes terroristes exploitent à leur avantage.

 

La puissante arme des terroristes

 

L’outil le plus puissant et pernicieux des groupes terroristes est en fait les perspectives offertes par le groupe lui-même puisque les groupes fermés, peu importe la forme qu’ils prennent, répondent à un besoin de reconnaissance.

 

Leur force vient du fait que tous les membres du groupe partagent les mêmes intérêts et les mêmes valeurs. Cela leur procure un sentiment de sécurité, de compréhension et de valorisation qui n’a pas d’égal dans leur réalité sociale.

 

« Le groupe permet de s’inventer une importance et de dépasser sa solitude. Ce qui, dans le quotidien, peut paraître ordinaire devient extraordinaire par le biais de la communauté d’appartenance. »

 

Par contre, l’union à un groupe n’est pas sans conséquence. Les personnes fusionnent au groupe au point d’en perdre leur individualité. Elles finissent par se caractériser uniquement par ce qui les différencie des autres groupes. Les règles qui encouragent le conformisme et l’exclusion sont adoptées et renforcent le sentiment d’unité.

 

Les comportements discriminatoires et violents sont justifiés et même encouragés. Bref, les groupes terroristes utilisent les faiblesses de leurs membres pour faire leur force. Ils leur offrent un lieu ironiquement sécuritaire, où ils sont respectés et se sentent compris, où ils ont l’impression de contribuer à quelque chose de plus grand qu’eux qui donne un sens à leur vie.

 

Malgré ce constat troublant, la recherche suggère qu’il est possible de déradicaliser un terroriste. Le processus motivationnel qui l’a poussé vers le terrorisme peut être réorienté vers une quête ou un but à caractère pro-social!

 

Cette théorie a été mise à l’essai auprès de terroristes emprisonnés. Pour que le programme soit efficace, il a fallu développer une attitude positive envers le programme à la fois auprès des prisonniers, mais également auprès de la communauté.

 

Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence qui a ouvert à Montréal au printemps dernier est le premier du genre en Amérique du Nord. Le travail de l’équipe multidisciplinaire spécialisée se fait à plusieurs niveaux.

 

D’abord, il vise la prévention de la radicalisation. Aussi, l’équipe accompagne les proches et les individus eux-mêmes radicalisés ou en voie de l’être pour éviter que ces idéologies mènent à la violence.Enfin elle assure la réinsertion sociale de ces personnes.

 

Si vous avez des inquiétudes pour un de vos proches, le service est disponible 24h/24, vous pouvez les rejoindre au 514 280-2002 – SITE WEB

T R O U S S E  D E  R E N S E I G N E M E N T S  L ’ E X T R É M I S M E  V I O L E N T

Références: 

  1. Bélair-Cirino, M. (2015, 10 juin). Thériault veut «dépoliciser» le Centre de prévention
  2. Le Devoir. Repéré à http://www.ledevoir.com/politique/quebec/442400/radicalisation-theriault-veut-depoliciser-le-centre-de-prevention-du-spvm
  3. Bélanger, J. J., Sharvit, K., Caouette, J., Dugas, M. (2014). The psychology of martyrdom : Making the ultimate sacrifice in the name of a cause
  4. Journal of Personality and Social Psychology, vol. 107, n° 3, pp. 494-515. Jaureguiberry, F. (2001).
  5. « Le Moi, le Soi et Internet », Sociologie et société, vol. 32, n° 2, pp. 135-151.

About the Author

Marie-Eve Lapointe Marie-Eve Lapointe
Déjà toute jeune, mon intérêt à travailler dans le milieu communautaire se manifestait. Une fois au Baccalauréat, j’ai développé une véritable passion pour les troubles mentaux graves, de l’étiologie, à l’intervention en passant par la neurologie et la psychopharmacologie. Ce sont d’abord les symptômes sévères et abstraits de ces maladies qui ont piqué ma curiosité. Ensuite, c’est toute la discrimination et les préjugés avec lesquels doivent vivre les personnes atteintes et leurs proches qui ont touché mon côté revendicateur.

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