Les troubles alimentaires, au-delà des apparences

Les troubles alimentaires, au-delà des apparences

Les troubles alimentaires sont souvent méconnus ou mal connus du grand public. Lorsque l’on y fait référence, on a souvent en tête une fille maigre, obsédée par son corps qui se fait vomir. En fait, il existe divers troubles alimentaires et je vais tenter de mieux vous les expliquer.

Depuis les années 50, nous assistons à une montée en flèche du culte du corps et de la beauté. Les adolescentes et les jeunes femmes sont plus particulièrement touchées par cette obsession de la minceur, de la jeunesse et voire même de la perfection. Lorsque le bonheur et l’image de soi riment avec minceur, il y a un risque élevé de souffrir d’un trouble alimentaire.

 

Qu’est-ce que l’anorexie ?

L’anorexie se caractérise par une perte de poids importante résultant d’une privation de nourriture aigüe ou chronique ainsi que d’un refus de maintenir le poids corporel à une valeur minimale normale. Il arrive parfois à certaines jeunes femmes de ne plus avoir de règles (aménorrhée) tellement elles sont devenues maigres.

 

L’anorexie plus présent dans les pays industrialisées

L’anorexie est une problématique plus répandue dans les sociétés industrialisées puisque c’est aussi dans ces régions que l’on retrouve le culte de la beauté à son effet maximal. Les endroits les plus touchés sont certes les États-Unis, le Canada, l’Europe, l’Australie et le Japon.

 

Ce sont majoritairement des jeunes femmes qui souffrent de ce trouble. Elles ont une image déformée d’elles-mêmes. Malgré le fait que certaines d’entre elles atteignent des poids critiques, elles se perçoivent encore comme étant trop grosses. Il s’en suit donc des périodes d’exercices intensifs, de vomissements et de prises de purgatifs, laxatifs, diurétiques et lavements. Cette combinaison peut être fatale.

 

Deux types d’anorexie

Il existe deux types d’anorexie : celle de type restrictif où la personne n’utilise pas de manière régulière, les crises de boulimies ni les vomissements provoqués ou la prise de purgatifs. Il y a le type avec crise de boulimie/vomissements ou prise de purgatifs où la personne, durant son épisode d’anorexie, utilise de manière régulière des crises de boulimie, les vomissements provoqués ou la prise de purgatifs.

Selon certaines études, de 0,5 à 1% des jeunes femmes de moins de 18 ans présenterait cette problématique. Malheureusement, l’anorexie tend à toucher des gens de plus en plus jeune. En Europe, 8% de la population souffrant d’anorexie est âgée de moins de 10 ans.

 

Comment traiter l’anorexie ?

À l’heure actuelle, en tenant compte des différentes approches offertes aux personnes souffrant d’anorexie, environ le tiers des patientes s’en sort bien psychologiquement et physiquement, tandis qu’un autre tiers conserve des difficultés alimentaires, affectives et psychologiques. Pour ce qui est du dernier tiers, ce sont les personnes qui persistent vers une malnutrition grave et chronique en plus de vivre un état dépressif sévère.

 

Comment se fait-il qu’il soit si difficile de vaincre cette problématique?

L’anorexie étant une problématique multifactorielle, il est donc important de s’attarder aux multiples facettes lors du processus thérapeutique.

 

L’anorexie débute généralement peu de temps après les premiers signes de la puberté. C’est donc un changement inattendu et bouleversant pour la jeune fille qui agit comme une sorte de choc. En devenant sexuée, l’adolescente s’expose à différentes perturbations, physiologiques et psychologiques et à un changement de statut, familial et social. Tout cela est trop difficile à vivre, la jeune fille n’étant pas nécessairement prête à quitter l’enfance.

 

S’en suit une lutte contre l’alimentation. La personne devient de plus en plus restrictive sur la quantité de nourriture, mais aussi sur le choix des aliments. En fait, le jeûne devient un plaisir et se nourrir un calvaire, une contrainte et même une agression. La jeune fille développera plusieurs stratégies pour contrôler, en apparence, son poids. Si la jeune femme vient à éveiller des soupçons chez ses parents, elle s’organisera pour maintenir un poids acceptable en trichant lors de la pesée.

 

L’adolescence est un des facteurs qui complexifie le traitement de la problématique. Nous avons déjà abordé en début d’article l’un des plus difficiles à combatte; l’image de la femme parfaite, le culte du corps.

 

Qu’est-ce que la boulimie ?

Est-ce une maladie à elle seule ou un épisode de l’anorexie ? La boulimie est aussi une problématique multifactorielle. Un peu comme l’anorexie, elle est le résultat d’une combinaison de différents facteurs qui peuvent varier d’une personne à l’autre.

 

La boulimie touche elle aussi majoritairement les femmes dans une proportion de 70%. De plus, 10% des femmes vivront à un moment donné des épisodes de compulsions alimentaires.

La boulimie se caractérise concrètement par des crises compulsives où la prise alimentaire prend des proportions incontrôlables. Cette compulsion s’accompagne d’un sentiment de perte de contrôle.

 

Dans 70% des cas de boulimie, nous pouvons dire que le trouble est invisible, ce qui veut dire que la personne maintient un poids normal malgré ses excès de nourriture. Une femme sur cinq souffrant de boulimie est aussi aux prises avec une autre dépendance. La boulimie est aussi empreinte d’une image corporelle perturbée; la femme se voit plus grosse qu’elle ne l’est en réalité et son estime d’elle-même est directement reliée à l’idée qu’elle a de sa masse corporelle.

 

Deux types de boulimie

Tout comme pour l’anorexie, il existe deux types de boulimie. Il s’agit des mêmes que pour l’anorexie soit la présence ou non de vomissements et de purgatifs. Cependant, la personne boulimique peut utiliser le jeûne ou l’exercice excessif comme méthodes compensatoires inappropriées.

 

Quels facteurs agissent sur le développement de cette problématique?

Voici un bref aperçu de quelques facteurs qui peuvent influer sur ce trouble alimentaire. Les informations qui suivent dans les prochains paragraphes sont tirées presqu’intégralement du site internet www.troublesalimentaires.org.

 

Le perfectionnisme est une donnée quasi omniprésente dans le cadre de la boulimie. Elle est à mettre en interrelation avec la confiance en soi. Le perfectionnisme est assez limité, dans le sens où il naît le plus souvent de manifestations anxieuses : peur du jugement, de la critique, de l’évaluation. Bref ce que l’on nomme anxiété de performance est plutôt la peur d’échouer que la volonté de réussir. Cette forme de perfectionnisme démontre une basse estime de soi puisqu’elle sous-entend que l’on est critiquable, défaillant.

 

Le milieu familial, en portant de l’importance à la réussite et à l’aspect corporel peut participer à ce phénomène. La perfection est souvent une préoccupation majeure : l’image doit être bonne, les comportements non normatifs ou de perte de contrôle doivent être absents ou cachés. Il ne s’agit pas là encore d’être performant, mais plutôt de ne pas montrer ce qui peut paraître défaillant ou jugé anormal.

 

Un modèle familial fréquent privilégie la relation père-fille et la mère y est plus ou moins exclue. Cela peut même mener à une forme de concurrence mère-fille, où la jeune fille évolue sous la pression des exigences paternelles, une obligation d’être à la hauteur des attentes. Cette compétition mère-fille est d’autant plus développée si la mère elle-même rencontre des problèmes de poids ou des problèmes alimentaires.

 

Les saintes

Cette image de perfection est frappante en consultation. Bon nombre de thérapeutes surnomment d’ailleurs les personnes souffrant de boulimie « les saintes ». Même pendant un entretien thérapeutique, elles sont dans le contrôle permanent de leur communication, de leur apparence, de l’image familiale, de leur vie affective et sexuelle. La seule exception dans ce tableau idyllique mais artificiel, ce sont les crises de boulimie, perte de contrôle naturelle et inévitable.

 

Ce perfectionnisme, ce niveau d’exigence entraînent une tension intérieure, un malaise et un mal-être qui seront calmés ponctuellement par la prise alimentaire. Mais pour garder une image irréprochable, les crises vont être secrètes et les stratégies d’élimination vont venir préserver le contrôle de l’apparence physique. Le perfectionnisme est donc au centre de la problématique personnelle et familiale du sujet et donc au centre du trouble alimentaire et de son développement.

 

Comme vous le constatez, plusieurs facteurs agissent sur la création du trouble alimentaire et ils poussent généralement tous vers la même direction : estime de soi, image corporelle, préservation de l’image de perfection.

 

L’hyperphagie

Au-delà de ces deux problématiques distinctes, se retrouve aussi l’hyperphagie

Il s’agit en fait de l’absorption compulsive de nourriture sans méthode compensatoire. Cette prise importante de nourriture se fait dans un court laps de temps (moins de 2 heures) et la quantité consommée dépasse largement ce que toute autre personne pourrait manger dans la même période. Cette crise d’hyperphagie s’accompagne du sentiment de perte de contrôle, d’une incapacité d’arrêter de manger malgré l’absence de la faim.

 

Bref, l’hyperphagie se distingue de la boulimie par l’absence de moyens compensatoires et il ne s’agit pas non plus de la boulimie sans méthodes compensatoires puisque dans ce cas de boulimie, l’exercice excessif ou les jeûnes sont utilisés. De plus, il existe certaines variances quant à la durée du trouble et la fréquence des crises. Pour plus de détails, je vous invite à consulter les références à la fin de l’article.

 

Une problématique de femme ?

Une des caractéristiques bien particulière à l’hyperphagie est qu’elle concerne autant les hommes que les femmes, ce qui n’était pas le cas dans les deux autres problématiques. Selon certaines études, 50% des personnes souffrant d’obésité seraient aux prises avec des crises d’hyperphagie. Dans la majorité des cas, les gens consultent d’abord pour des problèmes physiques reliés à leur poids plutôt que pour la souffrance et la détresse psychologique que cela leur cause.

 

Conclusion

En terminant, les troubles alimentaires sont des problématiques complexes qu’il faut prendre au sérieux puisqu’elles peuvent gravement affecter la santé mentale et physique de la personne qui en souffre. N’oublions pas que nous vivons dans une société qui pousse, particulièrement les femmes mais aussi les hommes, vers le corps parfait, la beauté et la jeunesse. Il n’appartient qu’à nous seuls de modifier nos attentes et de cesser de mettre cette pression sur les jeunes filles et les jeunes hommes qui souhaitent seulement plaire et être aimés.

 

Sources et liens utiles

www.troublesalimentaires.org

www.anebquebec.com/

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