L’impact de la maladie mentale sur les enfants

L’impact de la maladie mentale sur les enfants

Que ce soit un parent ou un membre de la fratrie qui soit touché par la maladie mentale, il ne faut pas oublier que les enfants autour de cette personne sont touchés eux aussi. Les enfants, même tous petits, sentent les choses. Petites boules d’émotions, ils observent pour apprendre la vie. Ils nous regardent interagir avec les autres, vivre le quotidien, encaisser les chocs…

 

Plus de 50 millions de personnes souffrent d’une maladie mentale à travers le monde. Quand vous prenez en compte tous les parents, frères et sœurs, conjoints et enfants liés à ces personnes, vous réalisez l’ampleur de l’ombre projetée par la maladie mentale grave.

 

Mise à jour le 4 juin 2014
Écoutez l’entrevue de Serge Archambault, conseiller clinique à l’ALPABEM sur l’impact de la maladie mentale sur les aidants naturels (cliquez ici)

 

L’impact de la maladie mentale sur la famille

Quand un proche est malade, c’est toute la famille qui s’en ressent, mais on n’y pense pas toujours, absorbé par notre propre difficulté à composer avec la maladie. La routine est brisée, les tâches et rôles de chacun sont modifiés par le lot de nouvelles responsabilités. Hospitalisations, conflits, rendez-vous médicaux, entourage émotif, repères inexistants ou modifiés, tout cela peut faire vivre diverses émotions à l’entourage.

 

L’impact de la maladie mentale sur les enfants

Même sans comprendre de quoi il s’agit exactement, un enfant ressent les choses. Il sent la peine de ses parents, il entend et voit leurs colères. Les enfants se questionnent eux aussi, tout comme nous, adultes. Ils ont besoin de comprendre ce qui se passe autour d’eux, selon leurs capacités. Ils ont besoin d’être écoutés et informés. Et les adolescents, même s’ils nous semblent constamment en réaction contre tout, peuvent vivre de la peine et de la peur face à la maladie d’un proche, et ne pas savoir comment l’exprimer.

 

Que disent les chercheurs ?

On ne chiffre pas ce type de données pour le moment au Québec mais il semble évident que les enfants vivent les impacts de la maladie mentale eux aussi et, en 2006, la FFAPAMM mentionnait l’importance de s’occuper des enfants touchés par la maladie d’un proche.

Mais on estime, selon une étude provenant des États-Unis, que plus de 57 % des personnes qui ont franchi les portes de la psychiatrie étaient des parents d’enfants mineurs.

 

Plus récemment, dans une série d’articles parus dans le journal La Presse en février 2007, on abordait la maladie mentale diagnostiquée de plus en plus tôt chez l’enfant, particulièrement aux États-Unis. On mentionnait aussi que l’enfant, que l’on dit déprimé ou qui vit des difficultés scolaires, est en fait un enfant qui réagit aux stresseurs familiaux.

 

Dans la littérature ?

Dans la littérature, on mentionne que « le risque (de développer un problème mental) peut être hérité des parents par les gènes. Certains des risques viennent aussi des comportements ou de l’humeur du parent. Les désordres mentaux peuvent empêcher les parents d’apporter l’amour et l’accompagnement nécessaire pour un développement sain de l’enfant. Un environnement familial inconsistant et imprévisible contribue aux maladies psychiatriques chez les enfants. La maladie mentale peut affecter le mariage et les capacités parentales du couple, ce qui à son tour affecte l’enfant.» 2

 

C’est la faute à qui ?

L’idée n’est pas ici de blâmer les parents mais bien de ne pas sous-estimer l’impact de la maladie mentale chez les enfants. Les enfants réagissent à ce qui se passe autour d’eux, même s’ils n’en parlent pas toujours. Cela ne veut pas non plus dire que tout enfant dont un parent est malade le sera lui aussi. En fait, l’enfant a plus de chances de ne pas être atteint que de développer lui aussi un trouble mental, particulièrement si on s’occupe de son vécu, de ses émotions et qu’on l’informe bien.

 

Il est importance de ne pas oublier les besoins d’information et de protection des enfants. En n’oubliant pas l’enfant dans le processus de guérison et d’intervention, nous lui offrons toutes les chances possibles de s’ajuster lui aussi à la maladie du proche et nous l’aidons à y faire face sainement.

 

Donnez la parole aux enfants

Et si on leur donnait la parole et qu’on leur demandait de nous expliquer ce qu’ils vivent face à la maladie mentale d’un proche, qu’est-ce que nous diraient les enfants?

 

Les enfants nous parleraient du fait qu’ils doivent, souvent en bas âge, faire un deuil. Parce que leur famille est différente. Peut-être que leurs parents sont différents. Les enfants doivent, tout comme l’adulte, accepter la différence et apprendre à composer avec celle-ci.

 

La maladie mentale encore taboue !

La maladie mentale, encore taboue et souvent mal comprise, engendre souvent une ambivalence dans les divers sentiments ressentis. Peuvent s’entrecroiser honte, peine et colère. Honte de la différence, des agissements étranges de la personne atteinte. Peine due aux changements que l’enfant doit vivre sans l’avoir demandé. Peine pour la personne qui est malade, et parce que l’enfant peut sentir qu’il perd quelque chose avec la maladie. Colère face à la maladie et à ses effets parfois dévastateurs. Colère face à une situation que l’enfant ne contrôle pas, mais dont il fait les frais. Et peur. Peur liée à la maladie que l’enfant ne comprend pas, peur de tomber malade à son tour…

 

Conséquences de la maladie mentale d’un parent sur un enfant

Voici comment peut s’exprimer la maladie mentale d’un parent sur un enfant.

 

Enfant-adulte

L’enfant, pour aider le parent, peut s’approprier des tâches qui ne sont pas de son âge, jouer au parent auprès de sa fratrie pour pallier aux incapacités parentales, ou tenter d’être parfait pour éviter de déranger. Il peut penser, dans son cœur d’enfant, que s’il fait tout bien, cela ira mieux. Il devient alors un enfant-adulte et il se met de la pression. C’est un poids bien lourd sur ses épaules. Et il peut être déçu de voir que malgré ses efforts, cela ne va pas mieux à la maison et que cela ne guérit pas la personne malade et aimée…

 

Difficultés scolaires

Dans toute cette confusion, il devient difficile pour l’enfant de se concentrer à l’école. Dur aussi d’inviter des amis à la maison, car il ne sait pas ce qu’il y trouvera, ou ne veut pas exposer ses amis aux chicanes ou aux agissements singuliers de son entourage. Alors, l’enfant se replie sur lui-même, autant pour éviter de parler de la différence familiale avec ses amis que parce qu’il ne peut pas faire comme les autres enfants de son âge.

 

Le syndrome du survivant

Finalement, l’enfant peut se sentir coupable d’aller bien, s’empêcher d’être heureux, puisque les gens qu’il aime ne le sont pas.

 

« Malheureusement, les familles, les professionnels, et la société portent souvent la plus grande attention au parent malade et ignorent les enfants dans la famille. Apporter plus d’attention et de soutien aux enfants d’un parent atteint d’une maladie mentale est un important moyen d’éviter que cette maladie ne passe d’une génération à une autre.>> 3

 

Il est donc possible et souhaitable de s’intéresser aux émotions vécues par les enfants afin de les aider à composer le mieux possible avec la maladie mentale, et afin d’éviter qu’eux-mêmes ne développent des problèmes.

 

Comment aider les enfants à mieux vivre la maladie mentale d’un proche?

 

Expliquer à l’enfant ce qu’est la maladie mentale

Tout comme l’adulte, l’enfant a besoin de comprendre la maladie. Il est donc souhaitable d’expliquer à l’enfant ce qu’est la maladie mentale, ce qui la cause et ce qu’elle entraine comme conséquences (ex. : tristesse, fatigue très grande, colère sans raison… ). De cette façon, l’enfant ne se sentira pas coupable ou responsable de ces comportements et les craindra moins. Tout cela doit être expliqué dans des termes clairs et simples, appropriés à son âge. On tentera également de le tenir au courant de ce qui se passe de façon régulière. Rien ne sert de cacher la maladie du proche ou d’en faire un secret que l’on ne doit pas évoquer.

 

Ce n’est pas de sa faute

Il est très important de lui rappeler qu’il n’est pas la cause de la maladie de son parent et qu’il n’est pas à blâmer. Aussi, il est bon qu’il se sente aimé par la personne malade et qu’il partage, quand cela est possible, de bons moments avec la personne atteinte.

 

Une bonne gestion du stress

L’enfant doit avoir l’espace pour exprimer ses émotions et doit apprendre à les gérer adéquatement. On doit l’aider à gérer le stress et les situations éprouvantes avec l’aide d’un réseau solide et d’adultes significatifs. Il doit se sentir protéger et savoir vers qui se tourner quand il se sent mal ou en danger. Un environnement stable, une routine réconfortante (continuer d’aller à l’école, d’effectuer ses tâches, de poursuivre ses loisirs…), le sentiment d’être aimé, des personnes de confiance autour de lui pourront l’aider aussi.

 

Avoir des adultes significatifs

La présence d’adultes significatifs autres que les parents et d’un réseau de soutien extérieur sera grandement profitable à l’enfant. L’enfant pourra leur parler sans avoir peur de leur faire de la peine, puisqu’ils sont détachés de la situation à la maison.

 

L’estime de soi

Il est bien que l’enfant vive des succès à l’extérieur de la maison, qu’il se sente valorisé et compétent et qu’il ait des amis. Il doit avoir l’espace pour être un enfant et s’amuser. On doit lui donner le droit d’être heureux même si la vie familiale est difficile par moments.

 

Sans le rendre responsable de la maisonnée, l’enfant peut participer à la vie familiale et aux soins à la hauteur de ses capacités (ex. : amener un verre d’eau, aider à la préparation du souper). Mais il ne doit pas jouer le rôle du parent, ni tout prendre sur ses épaules.

 

Il est souhaitable qu’il développe des passions et des intérêts qui lui sont propres et qui lui procurent du plaisir. Cela l’aidera à avoir une image positive de lui-même et évitera qu’il ne s’isole. Les professeurs, intervenants sociaux et scolaires peuvent se joindre à la famille pour outiller l’enfant et l’encourager.

 

Allez chercher du soutien

Il est également profitable que la famille obtienne du soutien et que le proche atteint obtienne les soins nécessaires.

Si on inclut l’enfant dans le plan de traitement et qu’on le considère à part entière, dans ses questionnements et ses émotions, on lui permettra d’être un enfant normal, malgré la présence de la maladie mentale dans sa famille. En lui permettant d’être aimé et de vivre le plus sainement possible, malgré les difficultés qui jalonneront son existence, on favorisera son développement, et on ne pourra que l’aider à devenir un adulte outillé et en santé.

Références :

1. Preston J. Garrison, Secrétaire général et Directeur général de la Fédération mondiale pour la santé mentale.

2 et 3. Families for Depression Awarness. 2004. 118 Waltham Street, Second Floor Watertown, MA 02472-4808

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