Magnotta: Quand la schizophrénie a mauvaise presse

Magnotta: Quand la schizophrénie a mauvaise presse

Dans l’Affaire Magnotta, un débat juridique a eu lieu afin de déterminer si oui ou non le diagnostic de schizophrénie que Magnotta a reçu en 2000 devait être connu de tous. Le tribunal ontarien a tranché le 3 avril dernier et a ordonné que cette information soit publiée.

Manque de jugement Monsieur le juge ?

Légale… mais est-ce que c’est moral ?

C’est avec déception que j’accueille cette décision du juge. Les raisons légales justifiant cette décision sont sans aucun doute excellentes. Et loin de moi l’idée de confronter ce genre de jugement qui est, disons-le, hors de mes compétences.

 

Par contre, j’ai le cœur qui se serre quand je pense aux quelque 75 000 personnes touchées par la schizophrénie au Québec(1). Je pense à elles et à leurs familles puisque la schizophrénie est l’une des maladies mentales les plus stigmatisées.

 

Ce genre de publicité ne fait qu’alimenter l’un des plus gros préjugés associés à la schizophrénie, soit celui de la violence.

 

Malgré la sensibilisation faite au fils des années, il n’en demeure pas moins que la schizophrénie est souvent dépeinte comme étant une maladie mentale dangereuse qui déclenche la «folie meurtrière» chez la personne qui en souffre. Luka Rocco Magnotta a commis un acte abominable qui dépasse l’entendement et il serait atteint de schizophrénie. Le mythe de la violence chez la personne atteinte de schizophrénie est malheureusement renforcé.

 

Schizophrénie et violence ? Alors pourquoi pas Prêtre et Pédophile ?

Des drames comme celui-là suscitent en nous de vives réactions. On a besoin de comprendre, besoin de s’expliquer l’inacceptable. En tant qu’humain ayant soif de comprendre, le fait de savoir que Magnotta est atteint de schizophrénie apporte dans l’esprit de plusieurs une explication logique au drame cruel qui s’est produit : «Comme s’il était prévisible qu’une personne atteinte de schizophrénie puisse commettre de telles atrocités!» C’est avec ce genre d’information que le stigmate associant «schizophrénie et violence» se cristallise dans l’inconscient collectif.

 

Malgré la mauvaise presse qu’a cette maladie mentale, il faut mentionner que les cas de violence et de meurtres commis par les personnes atteintes de schizophrénie sont excessivement rares. Je vous invite à inscrire les mots violence et schizophrénie dans Google pour constater à quel point AUCUNE étude ne fait de corrélation entre les deux. Voici quelques exemples de ce que vous pourrez y lire :

  • La majorité des personnes qui souffrent de schizophrénie ne sont pas violentes. Au contraire, elles sont plutôt repliées sur elles-mêmes et préfèrent rester seules. Hôpital Douglas (2)
  • La plupart des personnes atteintes de schizophrénie ne feront jamais de mal à personne. En fait, elles ont plutôt tendance à être timides. Centre de toxicomanie et de santé mentale (3)
  • Le comportement violent est beaucoup plus fréquent dans les troubles mentaux qui n’ont rien en commun avec la schizophrénie. FFAPAMM (4)
  • Certaines personnes atteintes de schizophrénie peuvent réagir de façon agressive pour se défendre d’un danger qu’elles croient réel ou si des hallucinations le lui dictent. Ces réactions sont peu fréquentes. L’institut universitaire en santé mentale de Québec (5)

 

Médias et schizophrénie

Dans les médias, on a déjà entendu parler de policiers ayant fait preuve de violence, d’abus de pouvoir lors d’arrestations. Disons-nous que tous les policiers sont violents?

 

Les médias nous ont aussi souvent parlé de membres du personnel de l’armée qui auraient violé des femmes, des collègues. Est-ce que tous les gens engagés par l’armée canadienne sont des violeurs? On a aussi entendu trop souvent des histoires de pédophilie liées aux curés de l’Église Catholique… Est-ce que tous les curés sont pédophiles?

 

J’imagine que vous comprenez les raisons pour lesquelles je vous expose ces exemples. Une majorité de la population avoue avoir peur des gens qui souffrent de schizophrénie alors que ces personnes sont avant tout comme vous et moi. Elles ont leurs forces, leurs faiblesses, leur personnalité.

 

Est-ce qu’une personne atteinte de schizophrénie peut poser des gestes violents et commettre des gestes odieux comme Magnotta? Malheureusement, oui. Cependant, comme les études le soulignent, malgré que la maladie puisse être extrêmement souffrante, il n’y a pas plus de personnes atteintes de schizophrénie qui commettent de tels crimes que de personnes qui n’ont pas cette étiquette. Généralement, dans les rares cas de crimes violents commis par des personnes souffrant de schizophrénie, celles-ci étaient souvent en état de consommation (drogue ou alcool) ou n’avaient pas respecté leur traitement.

 

Papa… est-ce que tu es comme Magnotta ?

Encore une fois, les statistiques démontrent que dans ces situations, les personnes atteintes de schizophrénie sont davantage enclines à s’en prendre à elles-mêmes qu’aux autres. On est donc bien loin de l’association : Schizophrène et meurtrier.

 

Le juge a ordonné que le diagnostic de Magnotta soit connu de tous. Comme je le mentionnais précédemment, j’ai le cœur qui se serre quand j’entends ce genre de nouvelle. J’imagine qu’au niveau légal cette procédure était justifiée. Dans le cadre de mon travail, j’accompagne des enfants qui ont un parent atteint de maladie mentale. Nous les soutenons face aux émotions qu’ils peuvent vivre à la maison et nous tentons de les outiller, les sensibiliser, les informer, briser leur isolement.

 

Ces enfants sont extrêmement sensibles à tous les préjugés qui circulent face à la maladie de leur parent et ces préjugés font souvent la différence entre la honte ou la fierté, la peur ou la confiance. Bref, le fait de publiciser le diagnostic de schizophrénie de Magnotta alimente faussement le lien entre la schizophrénie et la violence. De plus, il ne faut pas oublier que ce lien fait peur et marginalise énormément la personne atteinte et son entourage.

 

Le cas Magnotta stigmatise l’ensemble des personnes qui souffrent de schizophrénie

Finalement, je crois qu’il est important de penser à l’impact d’une telle publicité. Plus ou moins 75 000 personnes souffrent de cette maladie. Si l’on inclut leur entourage (parents, enfants, amis, etc.) je vous laisse imaginer combien de personnes souffrent de cette mauvaise presse…

 

CAP SUR LA SCHIZOPHRÉNIE, FORMATION GRATUITE POUR LES PROCHES D’UNE PERSONNE ATTEINTE DE SCHIZOPHRÉNIE

(2) http://www.douglas.qc.ca/info/schizophrenie
(3)http://www.camh.ca/fr/hospital/health_information/a_z_mental_health_and_addiction_information/schizophrenia/schizophrenia_information_guide/Pages/schizophrenia_family_concerns.aspx

(5) http://www.institutsmq.qc.ca/index.php?id=145

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