Maladie mentale: Un sujet à proscrire ou à discuter avec les enfants ?

Maladie mentale: Un sujet à proscrire ou à discuter avec les enfants ?

Lorsqu’un enfant a un parent atteint d’une maladie mentale, nous avons tendance à ne pas vouloir lui parler de la maladie. Nous croyons qu’il n’est pas en âge de comprendre, qu’il pourrait être plus anxiogène pour lui de savoir de quoi est atteint le parent que de rester dans l’ignorance.

Nous supposons aussi sans doute qu’en gardant le sujet tabou, nous lui épargnerons tous les questionnements et l’angoisse que nous pouvons nous-mêmes vivre comme adulte à l’égard de la maladie.

Cependant, il faut considérer que dès un très jeune âge, l’enfant est capable de constater que ce qui se passe à la maison est différent de chez ses copains. Lorsqu’il s’aperçoit de cette marginalité, il est enclin à se poser beaucoup de questions. Le laisser sans réponse peut laisser place à toutes sortes d’interprétations.

Pourquoi parler de maladie mentale avec son enfant?

L’enfant peut croire qu’il est la source des différentes émotions vécues par le parent. Ainsi, il se culpabilisera et tentera par différents moyens de ramener l’équilibre émotionnel du parent, et ce, sans résultat. Il va sans dire que dans ces moments, l’enfant se responsabilise au-delà de ses capacités.

Comment parler de maladie mentale avec un enfant ?

Mettez-vous dans la peau d’un enfant qui fait partie d’un spectacle de théâtre. Vous êtes nerveux, mais avez hâte de montrer vos talents à vos parents. Vous espérez que vos parents seront fiers de vous. Le jour de la représentation, sans aucune explication, votre mère ne se présente pas à votre spectacle dans lequel vous avez mis toute votre énergie depuis des semaines. Comment vous sentez-vous? Comme enfant, surtout si ce n’est pas la première fois, vous vous direz que vous n’êtes pas suffisamment important pour elle. Parfois, les personnes atteintes ne sont pas enclin à donner de la tendresse, de l’amour, de l’attention ou simplement assurer une présence à leur enfant en période aiguë. L’enfant peut alors associer ces comportements au fait qu’on ne l’aime pas.

 

Beaucoup de questions = beaucoup d’anxiété

Prenons l’exemple d’une personne diabétique. Lorsque l’enfant voit une crise d’hypoglycémie, c’est une situation extrêmement stressante pour lui. Il ne sait pas trop pourquoi papa réagit ainsi, il semble « déconnecté » de sa réalité. Papa est devenu agressif et agité. De plus, papa quitte la maison en ambulance. C’est déroutant comme expérience. Si l’enfant ne connaît pas la maladie du parent, un des facteurs qui augmentera sont anxiété sera toutes les questions qui surviennent à son esprit et qui demeureront sans réponse. Ex. : « Va-t-il mourir? Va-t-il revenir? Vais-je attraper ce mal moi aussi? Est-ce qu’il sera toujours comme ça? Qu’est-ce que j’aurais pu faire? Est-ce de ma faute? Etc. »

Éviter que l’enfant trouve ses propres réponses

Évidemment, parler de la maladie du parent avec l’enfant ne règle pas tout. Cependant, nous pouvons ainsi réduire les impacts négatifs liés à la méconnaissance de la maladie. Si nous reprenons le contexte de l’histoire mentionné plus haut, expliquer que l’hypoglycémie est due à un mauvais fonctionnement du pancréas et que c’est ce qui a mené à cette crise permettra à votre enfant d’éliminer plusieurs de ses questionnements. Prendre le temps de répondre aux questions de l’enfant le sécurise. Il faut éviter que l’enfant trouve ses propres réponses, elles pourraient être biaisées comme dans le premier exemple (lorsqu’il a l’impression que c’est de sa faute si son parent est triste).

L’enfant doit retenir les 3 « J »

  • JE ne suis pas responsable de la maladie.
  • JE ne peux pas la guérir.
  • Mais JE peux prendre soin de moi.

Mais comment expliquer la maladie mentale à un enfant?

Valider

Il est important de confirmer avec l’enfant que ce que nous lui avons dit a été bien compris. Pour ce faire, vous pouvez lui demander ce qu’il a compris ou lui poser des questions précises sur ce que vous venez de discuter. Ainsi, vous serez en mesure de vérifier si l’enfant a besoin d’autres d’explications.

Vulgariser et adapter

Utilisez des mots simples ou si vous avez de la difficulté à expliquer ce qui se passe, faites un parallèle avec autre chose. Ex. : Concernant la schizophrénie, au lieu de parler de synapse, dites que c’est comme des petits ponts qui sont brisés dans le cerveau. L’information a donc de la difficulté à partir du point A au point B.

Utiliser des exemples concrets

Vous pouvez dire que lorsque maman agit de cette façon, c’est pour telle ou telle raison. Il est déjà difficile pour nous, adultes, de s’expliquer la maladie alors utilisons le plus possible des exemples qui rejoignent notre réalité pour en faciliter la compréhension.

Prendre le temps

Une des choses les plus importantes est d’avoir le temps nécessaire avec l’enfant. Tentez de ne prévoir aucune limite de temps, prenez la période qu’il faut pour rassurer l’enfant et répondre à toutes ses questions. L’enfant se sentira ainsi respecté, écouté et soulagé. Bien entendu, il ne s’agit pas non plus de lui donner un cours magistral de 2 heures, nous perdrons alors toute concentration de sa part. Demeurez disponible pour répondre à ses questions. Si vous ne savez pas quoi répondre à sa question, vous pouvez lui dire que vous ignorez la réponse, mais que vous vous informerez et lui en reparlerez.
Pour expliquer la maladie, il existe quelques outils pour vous aider.

• Le livre « Anna et la mer », écrit par Rebecca Heinisch. L’histoire retrace la vie d’une jeune fille nommée Anna et dont la mère est atteinte de dépression. Vous pouvez commander le livre en téléphonant à l’ALPABEM 450-688-0541

• La Société québécoise de la schizophrénie a fait différentes brochures pour les jeunes qui vivent avec un parent atteint de schizophrénie, de dépression ou de trouble bipolaire. Vous pouvez obtenir une brochure en téléphonant au 514 251-4000 poste 3400 ou par courriel au info@schizophrenie.qc.ca.

• Le Centre de toxicomanie et de santé mentale, en Ontario, a conçu 4 petits fascicules qui s’intitulent « Ce que les enfants veulent savoir sur la maladie de leurs parents ». On y voit les quatre problématiques suivantes : trouble bipolaire, dépression, psychose et trouble de consommation d’alcool. www.camh.net .

Les deux dernières références vous guideront aussi vers la rédaction d’un plan d’action. Pour l’enfant, savoir qui appeler et quoi faire lors de situations particulières le rassurera. Il est très important d’en parler.

Pour tout autre renseignement, l’ALPABEM offre depuis 2007 un service destiné aux jeunes qui côtoient une personne atteinte. N’hésitez pas à nous contacter.

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