Qu’est-ce que la schizophrénie ?

Qu’est-ce que la schizophrénie ?

Qu’est-ce que la schizophrénie ? Avant le 19e siècle, on appelait la schizohprénie « démence précoce », puisqu’elle présentait des symptômes similaires à la démence, mais à un âge plus jeune que celle de la démence typique. C’est en 1911 que le psychiatre Eugen Bleuler (1857-1939) assigna le terme de « schizophrénie » à cette maladie.

 

Schizophrénie et fausses croyances

Même si le terme et les symptômes sont similaires depuis près de 100 ans dans le domaine médical, il n’en demeure pas moins que la schizophrénie a été associée à certaines fausses croyances.

 

Voici quelques exemples de fausses croyance

  • dédoublement de personnalité
  • psychopathie
  • déficience intellectuelle
  • possession par le démon
  • etc

 

Si cette maladie fait tant parler d’elle et si elle fait l’objet de tant de préjugés ou de croyances erronées, c’est peut-être parce que nous avons de la difficulté à en comprendre les symptômes.

 

Lorsque l’on parle de schizophrénie, nous avons l’habitude de faire référence aux symptômes positifs et négatifs. Ces catégories de symptômes n’ont pas comme caractéristiques d’être bons ou mauvais.

 

Les symptômes que l’on dit positifs représentent les symptômes qui s’ajoutent à l’expérience de la réalité et aux comportements habituels.

 

Pour leur part, les symptômes négatifs représentent des symptômes qui démontrent un déficit du fonctionnement habituel de la personne.

 

Les symptômes positifs de la schizophrénie

Les symptômes positifs sont définitivement des symptômes particuliers difficiles à comprendre, puisque nous avons l’impression que cette réalité est bien loin de la nôtre. Mais cette réalité n’est peut-être pas si loin que nous en avons l’impression… Pour mieux comprendre les symptômes positifs, nous avons fait appel au Dr Pierre Lalonde, psychiatre spécialisé en troubles psychotiques.

 

Idées délirantes

Les idées délirantes sont complexes à cerner et un article complet sera consacré sur ce sujet très prochainement afin de vous éclairer davantage. Nous l’explorerons donc très brièvement dans le présent article.

« On peut définir le délire de la façon suivante : il s’agit d’une conviction erronée, irréductible de la logique » (Psychiatrie clinique, tome 1, 1999). Par exemple, on peut penser à quelqu’un qui se prend pour Dieu, ou encore, qui croit que toutes les oranges sont empoisonnées. Bref, il s’agit de croyances bizarres et invraisemblables.

 

D’un point de vue extérieur, il est difficile de comprendre pourquoi la personne adhère à ce genre d’idées. Le Dr Lalonde spécifie que les idées délirantes représentent une erreur de logique. Il ne s’agit donc pas d’un manque d’intelligence, mais bien d’une conséquence liée au mauvais fonctionnement des neurotransmetteurs du cerveau.

 

Hallucinations et schizophrénie

Il s’agit de la perception d’une chose qui n’existe pas, ce que le Dr Lalonde qualifie d’erreur de perception. Les hallucinations sont plus fréquemment auditives, mais elles peuvent aussi affecter les autres sens. Par exemple, une personne pourrait percevoir un feu actif même s’il n’existe pas.

 

 

Voici un exemple des différents sens pouvant être affectés chez elle:

  1. Visuel : Elle voit du feu.
  2. Auditif : Elle entend le feu qui crépite.
  3. Gustatif : Elle goûte la fumée qui s’échappe du feu.
  4. Olfactif : Elle sent la fumée.
  5. Tactile : Elle a une sensation de brûlure sur la peau.

 

Mais en quoi notre hallucination est-elle différente d’une personne atteinte de schizophrénie ?

Lors d’un entretien avec le Dr Lalonde, je lui ai posé la question suivante en lien avec les hallucinations : Un parent qui réalise que son enfant a des poux peut ressentir des hallucinations tactiles. Il peut sentir que sa tête « pique » et avoir le réflexe de se gratter. Il en est de même pour quelqu’un qui perd un être cher; il peut avoir parfois l’impression que le défunt est présent, qu’il le touche ou qu’il lui parle. Bref, de nombreux exemples existent pour démontrer que nous avons peut-être tous eu, à un moment ou à un autre, une hallucination. Mais en quoi notre hallucination est-elle différente d’une personne atteinte de schizophrénie ?

 

À cela, le Dr Lalonde répond qu’en effet, nous sommes tous sujets à vivre des hallucinations. La différence est dans le fait que nous savons que l’hallucination n’est pas réelle.

 

Il explique que, dans le premier exemple, la personne nommera souvent : « La tête me pique, comme si j’avais des poux ». Bref, la personne sait qu’elle n’en a pas et, si elle a un doute, un examen la rassurera sur l’absence de poux. Une personne atteinte de schizophrénie sera convaincue qu’elle a des poux et aura des démangeaisons, même si un examen prouve le contraire. Dans sa réalité, elle a des poux.

 

Dans le deuxième exemple, la personne qui sent la présence d’une personne décédée dira généralement : « J’ai l’impression que…, c’est comme si…, etc. ». Encore ici, on remarque qu’elle ne prend pas ces perceptions pour la réalité à 100 %, elle y met un «bémol ». Au contraire, une personne vivant des hallucinations sera convaincue, encore une fois, qu’il s’agit là de la réalité et formulera ainsi ses propos : « Il est venu me voir hier soir, il m’a dit ceci, etc. ». Bref, comme vous et moi, les personnes atteintes de schizophrénie se basent en partie sur leur perception pour interpréter la réalité. Or, comme leur perception est biaisée, leur interprétation de la réalité est forcément affectée.

 

Le danger des hallucinations

Le danger avec les hallucinations, c’est qu’elles sont si réelles pour la personne schizophrène qu’elles pourraient avoir de lourdes conséquences, soit en mettant sa vie en danger ou en lui dictant une façon d’agir risquée, par exemple. Comme il s’agit de la réalité pour la personne atteinte, il arrive souvent qu’elle agisse conformément à ses hallucinations et ce peu importe les conséquences dans le « monde réel ».

15% à 20% de la population ont des hallucinations auditives

 

Le Dr Lalonde affirme que, dans une recherche récente, il a été établi que 15 % à 20 % de la population en général ont des hallucinations auditives. Bref, ce type d’hallucinations est beaucoup plus répandu que l’on peut l’imaginer. Il semble que sans les autres symptômes liés à la schizophrénie, ces symptômes soient plus faciles à gérer. Le Dr Lalonde explique l’hallucination auditive d’un patient atteint de schizophrénie de la façon suivante :

Par exemple, lorsque nous lisons un livre, nous entendons tous, dans notre tête, notre voix lire les mots qui défilent. C’est la même chose pour une personne atteinte de schizophrénie, sauf qu’une erreur de perception liée à la maladie fait en sorte qu’il confond la provenance du message. Il entend une voix dans sa tête et plutôt que de se l’approprier, il est convaincu qu’elle provient de l’extérieur.

 

Bref, les symptômes positifs sont complexes et causés par un dysfonctionnement de différents circuits du cerveau qui font que la réalité des gens qui les vivent peut être bien différente de la nôtre.

Les symptômes négatifs Bien que les symptômes positifs reliés à la schizophrénie soient impressionnants par leur écart avec notre réalité, il est important d’aborder les symptômes négatifs. Ces symptômes sont moins « impressionnants », mais il ne faut pas oublier qu’ils apportent une souffrance significative à la personne qui les vit et altère de façon importante son fonctionnement.

 

Les symptômes négatifs

 

Affect aplati ou émoussé

Lorsque l’on parle d’affect émoussé, nous faisons principalement référence à l’affect présent lors d’épisodes actifs de la maladie, là où les symptômes positifs sont très présents. Dans ces moments, il est possible, par exemple, de voir les personnes rire aux éclats alors qu’elles sont seules ou lorsqu’elles parlent d’un sujet qui ne nous parait pas drôle. Lorsque l’on fait référence à l’affect plat ou aplati, on parle d’un manque d’émotivité au niveau du non verbal de la personne. Que la personne soit contente, fâchée ou qu’elle ait peur, son non verbal demeure neutre.

 

Alogie

Difficulté à entretenir des discussions avec les autres. Ce qui peut se traduire par :

  • un discours pauvre ;
  • un contenu réduit ;
  • des silences, des interruptions subites de la conversation, des délais de réponses plus longs, etc.
  • Apathie ou avolition

 

On associe souvent, à tort, ces symptômes à de la paresse. La personne atteinte peut vivre un manque d’énergie et d’intérêt significatif, être moins assidue, négliger son hygiène et son apparence, manquer d’énergie physique, ce qui amène souvent une forme de sédentarité difficile à comprendre.

 

Anhédonie et retrait social

Il s’agit d’une diminution marquée du plaisir et de l’intérêt social. Bref, la personne atteinte ne prend plus goût à l’activité qui lui semblait agréable par le passé. Les relations avec l’entourage se font plus rares et le retrait social est très présent.

 

Autres termes qui peuvent être utilisés lorsque l’on parle de symptômes de la schizophrénie

  • Association incohérente d’idées ;
  • Discours désorganisé ;
  • Comportement grossièrement désorganisé ou catatonique ;
  • Difficulté de concentration ;
  • Trouble de la mémoire ;
  • Introspection faible (anosognosie).

 

Deux éléments primordiaux dans l’évaluation du patient

Pour parler de schizophrénie, le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders/Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) fait état de deux éléments primordiaux dans l’évaluation du patient :

 

La durée des symptômes

Le DSM-IV parle de l’importance de la durée des symptômes. On doit pouvoir observer les symptômes durant une période minimum de six mois où les symptômes positifs sont présents depuis au moins un mois. Cette durée doit avoir été observée avant qu’un psychiatre puisse établir un diagnostic de schizophrénie. Advenant une durée moindre et comportant des symptômes similaires, il est possible d’envisager un trouble psychotique autre que la schizophrénie.

 

Dysfonctionnement social ou professionnel

Il y a une diminution marquée des performances au niveau d’une ou plusieurs de ces sphères : travail, étude, hygiène personnelle, relation sociale, etc.

 

Intelligence et schizophrénie

Il n’y a aucune corrélation entre l’intelligence et la schizophrénie. L’intelligence n’est donc en aucun moment remise en question chez la personne atteinte de schizophrénie. Nous croyons important de le mentionner puisque, longtemps, cette fausse croyance a été associée à la schizophrénie.

 

La schizophrénie en chiffres

  • À travers le monde, 1 personne sur 100 est atteinte de schizophrénie.

Cette maladie est donc :

  • deux fois plus répandue que la maladie d’Alzheimer ;
  • cinq fois plus répandue que la sclérose en plaques ;
  • six fois plus répandue que le diabète insulino-dépendant ;
  • Soixante fois plus répandue que la dystrophie musculaire.

 

Les recherches nous révèlent que le risque d’être atteint de schizophrénie augmente si d’autres membres de la famille en souffrent. On évalue le risque héréditaire à 10 % pour l’enfant si un parent du premier degré en est atteint (père, mère, frère, sœur) et à 40 % si les deux parents en sont atteints.

 

Cependant, cela ne veut pas dire que l’enfant sera nécessairement atteint de schizophrénie, et l’hérédité n’explique pas tout. En effet, les facteurs environnementaux (stress aux études et au travail, événements traumatisants, conflits importants, pertes importantes, etc.) et obstétricaux (infection virale ou complications lors de l’accouchement) sont aussi des facteurs prédisposant à la schizophrénie.

 

Les traitements de la schizophrénie

Comme les symptômes de la maladie sont liés au débalancement de certains neurotransmetteurs, comme la dopamine par exemple, les antipsychotiques demeurent des traitements de choix. Ils s’avèrent efficaces dans le contrôle des symptômes positifs et aident à réduire l’importance des symptômes négatifs. Évidemment, un traitement continu aide à prévenir les rechutes.

 

Conjointement à la pharmacologie, le suivi psychosocial a démontré son efficacité. Parmi les traitements psychosociaux, on retrouve la thérapie familiale, la réadaptation psychosociale, l’entraînement aux habiletés sociales et la psychoéducation. Évidemment, le succès du suivi psychosocial réside souvent dans la relation de confiance qui s’établit entre le thérapeute et le patient ainsi que dans la volonté du patient de s’impliquer dans le processus thérapeutique.

 

Aussi, vous pouvez consulter un lien Internet intéressant sur l’organisme Le Pavois de Québec qui a mis sur pied un groupe de soutien et de formation pour les « entendeurs de voix » (2) (http://www.aqrp-sm.org/publications/pub_entvoix_soucy.pdf). Cette approche a pour but de reconnaitre les symptômes (hallucinations auditives) que la maladie apporte et de trouver des moyens pour apprendre à mieux vivre avec eux.

 

Conclusion

Bien que cette maladie existe sous ce nom depuis plus de 100 ans, elle est encore méconnue du grand public et mérite qu’on s’y attarde afin de réduire les préjugés qui s’y rattachent. Le Dr Lalonde nous a confié être venu à l’ALPABEM au début des années 1980 à titre de conférencier pour informer les familles au sujet de la schizophrénie.

 

À l’époque, il s’agissait d’une première pour lui puisqu’à ce moment la communauté médicale déconseillait de donner de l’information au sujet de la maladie par peur des conséquences : désespoir, idées suicidaires, etc. Le Dr Lalonde dit avoir par la suite compris qu’il était plus aidant de parler sans tabou de la maladie que de la garder sous silence. Bref, mieux comprendre la maladie aide à mieux l’affronter.

 

Aussi, il est encourageant de spécifier que les connaissances sur le fonctionnement du cerveau et le développement de nouveaux traitements nous laissent croire que la souffrance des gens qui sont atteints de schizophrénie pourra diminuer au fil des ans. Il s’agit évidemment d’une maladie complexe et sévère, mais nous pouvons maintenant affirmer que les personnes qui en souffrent peuvent atteindre un niveau de fonctionnement optimal et avoir une belle qualité de vie.

 

Références

Collaboration
Pierre Lalonde, M.D., FRCPC, FAPA
Hôpital Louis-H. Lafontaine
Psychiatre, fondateur du Programme jeunes adultes (schizophrénie)
Champs d’expertise : Schizophrénie, thérapie cognitive des symptômes psychotiques, thérapie psychoéducative, antipsychotiques

Liens Internet
(1) http://www.schizophrenie.qc.ca/quest-ce-que-la-schizophrenie.html
(2) http://www.aqrp-sm.org/publications/pub_entvoix_soucy.pdf

Autres références
Lalonde, Aubut, Grunberg et coll. Psychiatrie clinique : une approche bio-psycho-sociale, Tome 1, Introduction et syndromes cliniques, Montréal, Gaëtan Morin, c1999, c 2001.
American Psychiatric Association, DSM-IV : cas cliniques, un guide clinique du diagnostic différentiel, 1996.
American Psychiatric Association, Mini DSM-IV : critères diagnostiques, 1994.

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