Sommes-nous pudiques face à la fierté?

Sommes-nous pudiques face à la fierté?

Il y a quelque temps j’ai eu à animer le groupe de soutien du lundi soir, un passage obligé de mon intégration à l’ALPABEM. Cette tâche s’est avérée une bien belle expérience. En effet, je suis très reconnaissante d’avoir eu l’opportunité d’échanger avec les gens présents sur leur vécu.

 

À la fin de la soirée, je leur ai posé la question suivante : « De quel accomplissement êtes-vous le plus fier dans votre relation avec votre proche atteint ? »

 

Curieusement, les réponses n’ont pas été aussi exhaustives que je l’aurais cru, comme si les participants gardaient une certaine retenue.

 

Même s’ils sont en mesure à chaque semaine de parler de leurs réussites, certains ont mentionné que leurs bons coups n’éveillaient pas nécessairement chez eux un sentiment de fierté.

 

S’attribuer le mérite qui nous revient

Est-ce parce qu’ils croient qu’il ne s’agit pas d’un accomplissement suffisamment grandiose pour se prévaloir d’un tel sentiment ? À moins que ce ne soit par modestie ou parce qu’ils n’arrivent pas à s’attribuer le mérite qui leur revient ? Pourtant, que ce soit avec notre proche atteint ou dans la vie en général, il peut être gratifiant de reconnaître nos moments de fierté et, pourquoi pas, de les partager.

 

Mon moment de fierté

À cet effet, j’aimerais partager avec vous l’un de mes instants de fierté. Au mois de février 2009, mon filleul, alors âgé de 6 ans, a dû être hospitalisé, frôlant la mort de près. Heureusement, il s’est vite remis sur pied et se porte aujourd’hui très bien. Il a dû faire preuve d’une grande bravoure pour surmonter cette terrible épreuve.

 

Tout le mérite lui revient pour avoir choisi de se battre mais aussi à ses parents pour l’avoir épaulé. De mon côté, j’ai décidé de lui offrir une médaille pour souligner son courage et lui signifier mon amour pour lui. Un geste que je pensais sans conséquence, tout comme l’article que j’ai composé pour raconter son histoire. Afin de vous mettre en contexte, il me fait plaisir de vous le présenter ici.

 

Une médaille de courage

Journal des membres Le Kangourou, C.E.S.A.M.E., février 2010

 

En ce numéro spécial de la Saint-Valentin, je profite de l’occasion pour souligner le courage d’un petit bonhomme qui m’est très cher : mon filleul.

 

Le petit Nicolas

En février 2009, les parents de Nicolas, 6 ans, se présentent à l’hôpital de Saint-Eustache croyant consulter pour une simple gastro. Pourtant, c’est en fait le début d’un cauchemar. Mal au ventre, mal au cœur, Nicolas passe des tests sans qu’on trouve de résultats concluants. Son état se détériore rapidement.

 

Puis on annonce qu’il doit être emmené d’urgence à l’hôpital Sainte-Justine. L’ambulance zigzague à travers le trafic et se rend à destination en 14 minutes malgré la neige. Les plaquettes et les globules rouges de Nicolas ayant chuté de façon tragique dans son sang, il doit avoir une transfusion le plus tôt possible. C’est une question d’heures.

 

Une maladie très rare

Son petit visage blême et cireux inquiète ses parents impuissants devant si peu d’information. Puis, les spécialistes s’avancent pour une première hypothèse : un SHU, syndrome hémolytique urémique, causé par ce qu’on appelle « la maladie du hamburger», plutôt rare en ce temps-ci de l’année. Si le diagnostic s’avère exact, aucun traitement ne peut le soulager, même que l’administration d’un médicament ou d’antibiotique quelconque pourrait empirer son cas et lui être fatal.

 

5 journées déterminantes

Aussi, on annonce que les cinq prochains jours seront critiques. L’apparition de séquelles dépendra si son état se détériore ou non. Nicolas a besoin de deux autres transfusions sanguines pendant ces cinq jours. Il se bat pour rester en vie, pour garder la petite étincelle qui brille habituellement dans ses yeux. Du sang coule dans son urine. Il évite la dialyse de justesse. Ses parents restent avec lui jour et nuit et le supportent de leur mieux, impuissants. Ne pouvant rien lui donner pour soulager sa douleur, ils l’aident à faire de la visualisation en lui expliquant que les transfusions lui fourniront de petits soldats pour combattre la bactérie et qu’il ne doit surtout pas abandonner.

 

« Maman, j’aimerais mourir »

Pourtant, Nicolas n’en peut plus de souffrir. Il dit à ses parents qu’il préfèrerait mourir, qu’il n’aurait qu’à se laisser couler dans le bain et qu’eux pourraient simplement se faire un autre petit garçon. À travers les larmes, et s’accrochant à la vie, ses parents n’ont jamais perdu espoir et ont toujours encouragé leur fils. Nicolas revient finalement à la maison après seize jours passés à l’hôpital. Une semaine plus tard, il réintègre l’école au grand étonnement de tous et malgré qu’il se fatigue rapidement, il entreprend des cours de natation dans lesquels il excelle. Heureusement, Nicolas est maintenant remis et n’a gardé aucune séquelle de cette mésaventure.

 

Monter sur le podium

Mis en quarantaine pendant son séjour à l’hôpital, il va s’en dire que j’avais hâte de revoir mon filleul et de souligner son courage. À la première occasion, je me rends donc chez lui. Je lui demande alors s’il a un petit tabouret et l’invite à monter dessus tel un podium.
Je le regarde alors dans les yeux et lui dis que je l’aime beaucoup, que je suis très heureuse et soulagée qu’il soit de retour à la maison en santé. Je lui dis aussi qu’il a été très courageux et qu’il est un champion d’avoir combattu sa maladie. Je lui enfile par la suite une médaille autour de son cou où l’on peut y lire son nom avec les mots champion et courageux. Puis j’ajoute que si un jour il doute de lui, si par exemple il a peur de sauter du tremplin à la piscine, il pourra sortir sa médaille et se rappeler qu’il est capable de gravir bien des montagnes.

 

Les yeux pleins d’eau, les parents de Nicolas m’ont remerciée. Celui-ci garde précieusement sa médaille et la contemple de temps en temps. Lorsqu’il vit des moments plus difficiles, il la ressort et se rappelle son courage. Il lui arrive même de s’endormir sa médaille à la main.

 

Je suis très fière de toi, Nicolas, et je t’aime de tout mon cœur ! Bravo pour ta bravoure et ta détermination!

 

De malade à président d’honneur

En offrant cette médaille, j’étais loin de me douter que celle-ci aurait autant touché Nicolas et ses parents et qu’ils seraient encore émus en relisant cet article. Le plus surprenant dans cette histoire, c’est qu’une personne du Club Optimiste est entrée en communication avec moi après avoir lu mon article pour me demander de la mettre en lien avec Nicolas et sa famille. Depuis, Nicolas s’est impliqué comme président d’honneur dans deux collectes de sang à Saint-Eustache et deux autres à Blainville. C’est dire que, parfois, une toute petite chose peut en entrainer une autre et faire boule de neige. Je suis particulièrement fière de ce bon coup et des répercussions positives qui se font encore sentir.

 

De plus, je peux dire que même si l’histoire s’était conclue le jour où je lui ai offert cette médaille, j’en serais tout aussi fière, ne serait-ce que pour le fait d’avoir réussi à toucher les gens que j’aime.

 

Dans la vie de tous les jours, il nous arrive de poser des actions, de prononcer des paroles ou de tendre la main à quelqu’un, sans nous douter un seul instant que cela puisse faire une différence.

 

Les défis d’accompagnement un proche atteint de maladie mentale

Accompagner un proche atteint d’un problème de santé mentale apporte certainement son lot de difficultés. Il est possible que les gestes que vous posez envers lui vous semblent anodins. Cependant, le fait d’être là, à ses côtés, de le soutenir à travers les hauts et les bas, avec tout l’amour que vous lui vouez, le respect de vos limites et tous les apprentissages, les réflexions et les prises de conscience que vous cumulez à travers ce parcours, est en soi une excellente raison d’être fier !

 

Reconnaissez le mérite de vos accomplissements, aussi simples soient-ils et attribuez-vous la médaille qui vous revient !

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