Travailler dans le communautaire: Oui mais à quel prix ?

Travailler dans le communautaire: Oui mais à quel prix ?

Je crois que cette question est très à propos. En effet, près de 50 000 personnes salariées québécoises, dont près de 80 % sont des femmes, travaillent dans des milieux communautaires (8000) comme l’ALPABEM. La majorité des gens sont d’accord pour dire qu’il faut avoir du cœur pour travailler dans ces milieux et que les gens qui y travaillent ne sont pas là pour l’argent ou les conditions de travail. Alors, comment expliquer qu’ils soient si nombreux?

Travailler dans le communautaire est une question de valeurs avant tout ?

Les travailleurs du milieu communautaire sont généralement fiers de ce qu’ils font, leur travail est en accord avec leurs valeurs morales et ils sentent que leur travail contribue à aider la société. De plus, ces travailleurs bénéficient souvent d’une grande autonomie au travail et leurs initiatives sont reconnues.

Par contre, ces aspects positifs peuvent tourner au cauchemar s’il y a un manque d’employés, à ce moment, ceux qui sont en place doivent prendre des responsabilités qui ne leur appartiennent pas et bien souvent, les tâches de tous et chacun deviennent confuses. Selon une étude réalisée par la Direction régionale de santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale, un peu plus de 50 % des travailleurs en milieu communautaire de la région de Québec vivent une grande détresse psychologique, alors que ce taux se situe autour de 20 % dans la population générale.

Beaucoup de détresse psychologique chez les travailleurs en milieu communautaire

D’où vient cette détresse psychologique, qu’est-ce qui la cause? Il y a en effet la surcharge de travail comme mentionné dans l’exemple ci-dessus, mais il y a aussi la trop grande disponibilité et le don de soi de certains travailleurs qui peuvent mener à une forme d’épuisement par compassion. Il est donc important que les travailleurs qui font « carrière » dans le milieu communautaire fassent la distinction entre compassion et empathie et don de soi et travail accompli.

Des aidants épuisés ne sont pas efficaces au travail et ils amènent donc les autres à devoir compenser pour leur fatigue. Une bonne manière de rester en santé et d’éviter l’épuisement c’est d’obtenir de bonnes conditions de travail. Cependant, conditions travail et milieu communautaire riment très rarement. Par surcroit, les employés se sentent souvent coupables de demander de meilleures conditions alors qu’ils travaillent auprès de clientèles souvent plus démunies et que comparativement à ces dernières, ce qu’ils ont est déjà beaucoup.

Travailler pour des pinottes ?

Voici quelques chiffres pour vous aider à bien cerner la situation qui entoure les milieux communautaires.

En 2001, la majorité des travailleuses et travailleurs du milieu communautaire (62,4 %) gagnaient moins de 25 000 $ par année et près du quart (25,4 %) gagnaient moins de 15 000 $ (Université de Sherbrooke, 2001).

Cette donnée est confirmée par une enquête du Centre de formation populaire et le Relais pour Femmes (Pour que travailler dans le communautaire ne rime plus avec misère, 2005), qui établit un salaire horaire moyen approximatif pour tous statuts d’emploi confondus, légèrement supérieur à 15 $. Une comparaison entre le réseau communautaire en santé mentale et le réseau public démontre que les personnes travaillant dans le réseau public gagnent en moyenne entre 45 % (21.75 $) et 54 % (23.10 $) de plus que les personnes du réseau communautaire (Regroupement des ressources non-institutionnelles en santé mentale de Québec (RRNISMQ), 2004).

Faire carrière dans le communautaire ?

Alors, est-il possible de faire carrière dans le milieu communautaire?

Plusieurs études démontrent que moins de 40 % des organismes communautaires ont un régime d’assurances collectives et moins de 10% ont un régime de retraite.

Il est donc difficile de faire carrière dans ce milieu puisque les conditions ne sont pas en place pour conserver les employés à long terme. De plus, les employés de milieux communautaires sont généralement des gens scolarisés et donc sous-payés pour leurs diplômes. En effet, selon une étude menée par l’Université de Sherbrooke, 37,5 % des employés ont un diplôme universitaire et 35 %, une formation collégiale.

Il y a seulement 7,9 % des travailleurs qui n’ont pas obtenu un diplôme d’études secondaires. Il est donc normal que les employés passent peu de temps dans les milieux communautaires, ils vont acquérir de l’expérience puis ils quittent pour un milieu plus payant qui offre de meilleures conditions comme un régime de retraite.

Le problème dans tout cela est que les organismes communautaires offrent des services qui sont devenus essentiels à la population et qu’ils occupent une grande place au Québec, mais de plus en plus de gens quittent et leurs remplaçants ne sont que de passage. Cette réalité, c’est celle de beaucoup d’organismes, mais heureusement, certains y échappent !

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