Vivre sa sexualité à travers la maladie mentale

Vivre sa sexualité à travers la maladie mentale

La maladie mentale a un impact sur toutes les sphères de la vie de la personne atteinte et sur celle de son entourage. Vous, lecteurs, proches et amis de personnes atteintes, êtes bien placés pour le savoir. Nous avons tous, atteints de maladie mentale ou pas, des besoins, des désirs et des aspirations. Nous pouvons tous être amoureux, désirer de la tendresse, de la chaleur et de l’affection. Nous voulons tous avoir accès à une meilleure qualité de vie. Et le besoin d’intimité, la sexualité, même si on en parle peu quand il est question de maladie mentale, fait partie de cette globalité.

Au 21e siècle, avec les recherches, les études et l’évolution de la psychiatrie, on peut dire que nous connaissons mieux et de plus en plus à fond la maladie mentale, même si, bien sûr, des progrès restent à faire.

On comprend mieux les impacts des différentes maladies, on développe des traitements plus efficaces pour contrôler les symptômes. De nos jours, les interventions et la médication visent à permettre aux personnes atteintes de reprendre une vie normale et tentent de permettre aux personnes atteintes d’avoir une vie plus active et plus plaisante.

De plus en plus, les services sociaux, les intervenants des hôpitaux et autres centres ont une vision plus globale de la personne atteinte qui reste aussi un homme ou une femme, un époux, une maman et non plus qu’une personne malade…

Comment les personnes atteintes vivent-elles leur intimité?

Y ont-elles droit ou en ont-elles envie? Cela peut susciter une certaine part de curiosité. On peut être choqué à l’idée même de penser à cet aspect de la vie de la personne atteinte qu’on accompagne dans la maladie. Pourtant, force est de constater que les différentes maladies ont un impact réel sur le désir et les agirs sexuels. En effet, les personnes dépressives rapportent vivre une perte d’intérêt pour les activités sexuelles. Les personnes atteintes de schizophrénie peuvent vivre un retrait social, retrait ayant une incidence sur les contacts et les rapports avec les autres, donc sur les rapports sexuels et intimes aussi.

En psychose peuvent survenir des délires sexuels ou amoureux, des obsessions ou encore une perte d’intérêt pour la sexualité. Les personnes ayant le trouble de personnalité limite ont, de leur côté, tendance aux agissements sexuels impulsifs ou tentent de combler un grand vide intérieur par les actes sexuels. Ils se mettent d’ailleurs potentiellement en danger lors de ces activités sexuelles impulsives et à répétitions, négligeant parfois la protection et la sécurité au détriment de l’urgence de l’agir. Et il semblerait que les personnes anxieuses, plus que la population générale, vivent une diminution de l’intérêt sexuel et du désir. Il va sans dire que tout cela affecte la qualité de vie de la personne atteinte et aussi du conjoint qui n’est pas atteint dans le couple.

La médication a un impact sur la vie sexuelle

Il faut aussi savoir que la médication, autant que les troubles mentaux, a un impact sur la vie sexuelle. Il semblerait d’ailleurs que « les dysfonctions sexuelles constituent l’effet indésirable le plus dérangeant pour les patients mais peu d’entre eux vont le rapporter spontanément à leur médecin. Nous savons que certaines personnes cessent leur traitement pour cette raison. » (1) Il faut donc, comme conjoint, comme intervenant, comme accompagnateur ou comme parent, ne pas reléguer la question de la sexualité au dernier plan. D’autant plus qu’un inconfort de ce type, qui provoquerait l’arrêt de la médication, pourrait également déclencher une rechute ou la réapparition de symptômes dérangeants.

Quel est l’espace réservé à la sexualité quand on est hospitalisé?

Il ne s’agit pas ici de prétendre que tout est toujours normal, ni de permettre la tenue d’activités sexuelles inappropriées ou qui sont vécues comme des symptômes de maladie mentale (ex. : délire sexuel). Il ne s’agit pas non plus d’excuser des comportements inacceptables, violents ou irrespectueux, sous prétexte qu’une personne est atteinte ou qu’elle n’a pas assez d’habiletés sociales dues à sa maladie. Mais, en ce mois de la journée internationale du SIDA, il peut être intéressant d’aborder la question de la sexualité et de l’intimité sous un autre angle, de parler de la sexualité normale et saine. Celle d’où nous venons tous, celle qui fait partie de nous comme être humain, come être social, comme être sensible. La question se pose alors : comment vivre sa sexualité quand on est un enfant devenu adulte qui vit chez ses parents? Quel est l’espace réservé à la sexualité quand on est hospitalisé plusieurs mois? Quelle place a l’intimité en centre ou en foyer pour personnes atteintes?

Comment aborder ces questions délicates ?

En tant que conjoint ou conjointe, il faut penser à aborder avec douceur et sans jugement cette délicate question. Savoir bien vivre certains ajustements ou changements sans nier l’existence de la sexualité ou en faire chose du passé, acte révolu. Comme conjoint d’une personne atteinte, il peut être précieux d’ouvrir le dialogue à ce sujet. Pour diminuer les inconforts, pour trouver un rythme qui convient aux deux personnes impliquées et pour ne pas rejeter du revers de la main cette possibilité d’intimité. Peut-être que la personne atteinte dans le couple s’inquiète de ces changements mais qu’elle n’ose pas en parler. Cela peut alors, en nommant les choses et en ajustant la situation, permettre de diminuer la culpabilité de l’un ou de l’autre des partenaires qui vivent ces changements de désirs et d’habitudes sexuelles.

Les hopitaux frustrés sexuellement ?

Dans les institutions, il peut aussi être fort pertinent de penser à cette réalité, de réfléchir aux possibilités d’aménager des espaces, de penser à instaurer une philosophie d’action et de pratique concrète face à ce besoin que manifesteront parfois certains clients. Il peut aussi être pertinent, en analysant les pratiques et les inetrdits, de voir si la philosophie ou les moyens offerts aux patients servent la tenue d’une sexualité normale ou encouragent involontairement des rencontre sexuelles inappropriées tant dans la façon que dans le lieu. Il faut bien évidemment faire la distinction, tant pour les bénéficiaires de services que pour les intervenants, entre les hospitalisations longues ou brèves et entre les agirs et désirs normaux et ceux qui sont pathologiques. Mais il peut être intéressant de ne pas reléguer au dernier plan toute la question de la sexualité, entre autres quand on explique au patient les effets secondaires de sa médication ou les symptômes et impacts sur son fonctionnement général attribués à la maladie dont il souffre. Il semblerait d’ailleurs, d’après les études consultées, que les professionnels tendent à omettre ce type d’information (2).

Comme parent que puis-je faire ?

Et comme parent, il faut garder en tête que nos enfants sont venus de quelque part et qu’ils vivent aussi des désirs, des aspirations et des besoins sexuels à travers la maladie. Les enfants, bien qu’atteints, grandissent, vieillissent et explorent des sensations et sentiments qui habitent tous les êtres humains mais peut-être avec un tabou de plus. Cela peut être fort délicat à vivre comme parent. Il peut être intéressant de se questionner face à la place que ces besoins d’intimité prendront dans notre maison si on héberge notre enfant à long terme.

« La sexualité fait partie des besoins de tout être humain, qu’il soit malade ou non. Malheureusement, même à l’aube du 21e siècle, la sexualité est entourée encore de tabous et d’interdits dans plusieurs sociétés du monde. À mon avis, il serait temps de permettre aux personnes ayant des déficits de vivre leur sexualité de manière adéquate et de les accompagner dans leurs choix. » (3)

Ouvrir le dialogue

L’idéal est d’ouvrir le dialogue quand on en est capable, cela est bien certain. Et cela est souhaitable tant pour les proches qui sont confrontés aux désirs ou modifications des agissements sexuels que pour les personnes atteintes qui voient leur vie sexuelle chamboulée par la maladie ou la médication. Ouvrir le dialogue avec ses soignants, ses médecins, ses intervenants. Nous n’avons pas tous le même degré d’aisance face à ce sujet intime et délicat mais en voyant la personne atteinte dans sa globalité, on restera ouvert à cette possibilité d’intimité et d’épanouissement.

 

One thought on “Vivre sa sexualité à travers la maladie mentale

  1. dominique - 22 octobre 2015 dans 0 h 28 min

    bonjour et merci d’aborder ce sujet si essentiel, car la sexualité fait partie de l’etre humain, et les traitements comme les pathologies sont castrateurs de ca! quand aux services de psychiatrie, pour en avoir frequenté pour ma famille, ils sont loin d’adherer ou meme de penser qu’un malade peut avoir besoin de tendresse, de caresses et autre, merci encore de rappeler que les malades sont avant des etres humains!

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