COSME: Ce que nous voulons voir dans le prochain Plan d’action en santé mentale

COSME: Ce que nous voulons voir dans le prochain Plan d’action en santé mentale

On a eu des choses à se dire! Le 6 mai 2013, lors de la première activité publique du Réseau communautaire en santé mentale (COSME), 72 participantes et participants provenant de 45 organismes et de huit régions du Québec se sont réunis pour débattre de 19 propositions soumises par le comité organisateur.

 

Au terme d’une journée très interactive, nous pouvons constater que la plupart des propositions ont suscité un taux élevé d’approbation. Les personnes présentes ont, pour leur part, suggéré quelques changements, précisions et reformulations.

 

Communiqué 20 mars 2013, Source: COSME

De plus, plusieurs nouvelles propositions ont été émises au cours de la journée. Le résultat de ces échanges a fait l’objet d’un travail de synthèse afin d’enrichir le document des propositions et pour refléter le plus fidèlement la vision et les revendications du milieu communautaire à l’égard du prochain Plan d’action gouvernemental en santé mentale.

 

La suite…

Un texte révisé des propositions est à nouveau soumis à tous les organismes communautaires en santé mentale du Québec. Au terme de cette consultation, et après avoir tenu compte des derniers commentaires reçus, le comité du COSME pourra terminer la rédaction de ce qui représentera un consensus émanant du milieu communautaire. Nous sommes conscients cependant que les enjeux propres à la mission de chacun des organismes et les réalités régionales avec lesquelles nous devons tous composer n’auront pas tous été traités et demeurent préoccupants.
Le COSME passera par la suite à une autre étape en faisant connaître sur la place publique et auprès des décideurs politiques ce que les organismes communautaires demandent à voir dans le prochain Plan d’action en santé mentale. Il appartiendra alors à tous les intéressés de prendre le relais dans leur milieu en se faisant les promoteurs de ces revendications.

 

Pour une Politique gouvernementale

1- Que le prochain Plan d’action en santé mentale devienne une Politique gouvernementale et interministérielle. Il est en effet reconnu que la santé mentale est une responsabilité collective qui interpelle l’État et la société dans leur ensemble. Au niveau gouvernemental, sont entre autres concernés, outre le ministère de la Santé et Services sociaux, les ministères de l’Emploi et Solidarité sociale, du Travail, de l’Éducation, de la Justice, de la Sécurité publique de même que la Société d’habitation du Québec.

 

Une responsabilité interministérielle

2- Qu’un comité interministériel soit créé pour la mise en œuvre du Plan d’action en santé mentale et pour s’assurer de l’atteinte de ses objectifs. Ce comité interministériel devra présenter en commission parlementaire un rapport annuel sur le suivi du plan.

 

Création d’un Comité national

3- Que le Plan d’action prévoit la création d’un Comité national formé de personnes reconnues pour leurs connaissances en santé mentale : personnes utilisatrices, membres de l’entourage, bénévoles, intervenantes et intervenants du milieu communautaire et du réseau public. Ce comité aura pour mandat d’émettre des opinions sur les enjeux en santé mentale et il pourra entreprendre de façon autonome les recherches qu’il jugera pertinentes.

 

L’éthique et les droits

4- Que le Plan d’action mandate le Comité national pour émettre des avis sur les questions éthiques que soulèvent les pratiques en santé mentale et pour produire des instruments de sensibilisation faisant la promotion de pratiques respectueuses des droits des personnes.

 

5- Que le Plan d’action confirme le mandat des organismes voués à la défense des droits des personnes en matière de santé mentale et leur accorde des moyens supplémentaires pour qu’ils exercent cette mission.

 

Stigmatisation et discrimination

6- Que le Plan d’action réaffirme la priorité à une lutte constante contre la stigmatisation et la discrimination et confie à un comité représentatif des personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale, des membres de l’entourage, du milieu communautaire et du réseau public la responsabilité d’élaborer une stratégie nationale concernant cette priorité.

 

7- Que le Plan d’action fasse appel, aux niveaux régional et local, aux personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale, aux membres de l’entourage de ces personnes, ainsi qu’au milieu communautaire pour la réalisation d’actions concertées de lutte à la stigmatisation et à la discrimination.

 

Favoriser la concertation

8- Que le Plan d’action prévoit la création, aux niveaux local et régional, d’instances paritaires de concertation, formées de personnes utilisatrices, de membres de l’entourage, de représentantes et représentants d’organismes communautaires et d’établissements publics. À cette fin, des ressources budgétaires devront être allouées afin de soutenir la pleine participation des personnes utilisatrices et des membres de l’entourage.

 

Le budget de la santé mentale

9- Que le Plan d’action prévoit que les montants alloués à la santé mentale, qui représentent moins de 8 % du budget du ministère de la Santé et des Services sociaux, soient haussés à 10 % de ce budget considérant le sous-financement actuel, l’augmentation des besoins non répondus et pour donner suite aux recommandations du Commissaire à la santé et au bien-être du Québec et de l’Organisation mondiale de la santé.

 

Pour le virage psychosocial

10- Que le Plan d’action adopte un virage psychosocial, caractérisé par une orientation en faveur du pouvoir d’agir de la personne et prévoit fournir aux ressources de la communauté les moyens de la soutenir dans son rétablissement.

 

Le droit de choisir

11- Que le Plan d’action reconnaisse à la personne le droit de choisir l’approche qui lui convient, considérant que la psychothérapie est une réponse éprouvée, qu’elle soit ou non associée au traitement pharmacologique. L’accès à des services gratuits de thérapie, de soutien et d’entraide, offerts par les organismes communautaires et par le réseau public, devra être prévu dans le plan.

 

Innovation et recherche

12- Que le Plan d’action favorise la pluralité des approches et des pratiques et prévoit un programme de soutien à l’innovation et à la recherche dont un volet majeur sera réservé au secteur communautaire.

 

Appuyer les milieux de vie

13- Que le Plan d’action reconnaisse les milieux de vie communautaires comme lieux privilégiés d’éducation populaire, d’entraide, de mobilisation et d’exercice de la citoyenneté des personnes utilisatrices de services de santé mentale et des membres de leur entourage.

 

Promouvoir le par et pour

14- Que le Plan d’action prévoit un soutien au développement d’organismes d’entraide pour personnes ayant des problèmes de santé mentale dont la gouverne est assurée par les usagers (par et pour).

 

L’embauche de pairs aidants

15- Que le Plan d’action prévoit l’embauche par les établissements publics et par les organismes communautaires de pairs aidants. Que le titre d’emploi de pair aidant soit reconnu, qu’une formation soit accessible dans toutes les régions et que les conditions de travail des pairs aidants correspondent à celles des autres intervenantes et intervenants en santé mentale.

 

Le sous-financement du communautaire

16- Que le Plan d’action reconnaisse, comme l’a constaté le Commissaire à la santé et au bien-être, l’état de sous-financement des organismes communautaires en santé mentale. Le plan devra prévoir que les organismes communautaires bénéficieront d’un important rehaussement budgétaire destiné en priorité à la consolidation de leur mission et au développement de leurs programmes et activités. Au terme du prochain plan, les montants consacrés par le MSSS au financement des organismes communautaires en santé mentale auront doublé.

 

Un regroupement par région

17- Que le Plan d’action reconnaisse la nécessité de l’existence d’un regroupement des organismes communautaires et alternatifs dans chacune des régions du Québec. Le financement accordé à ces regroupements devra leur permettre de jouer en permanence un rôle de formation, de liaison, d’animation et de développement de l’action communautaire.

 

Le logement

18- Que le Plan d’action prévoit d’augmenter le nombre de logements sociaux, puisqu’il est reconnu que l’accès à un chez soi est un facteur déterminant dans la démarche de rétablissement de la personne aux prises avec des difficultés de santé mentale. Un objectif en cinq ans de 12 000 unités résidentielles avec un soutien au coût du loyer correspondant à 25 % du revenu brut mensuel serait un minimum à atteindre.

 

19- Que le Plan d’action permette le développement de l’approche « logement d’abord » afin d’offrir une alternative aux personnes qui ont des difficultés importantes, en particulier les personnes itinérantes.

 

Le travail et les études

20- Que le Plan d’action reconnaisse, dans une perspective d’exclusion zéro, l’importance d’augmenter les ressources d’intégration au travail, d’accès aux études et de réadaptation psychosociale. Ces programmes doivent être conçus pour soutenir la personne dans son rythme de cheminement et ne pas être contraints par une échéance de temps.

 

21- Que la notion d’intégration au travail soit élargie afin d’inclure d’autres activités d’intégration sociale en lien avec le désir et les intérêts de la personne, ses forces, son potentiel et son évolution dans sa démarche de rétablissement.

 

22- Que le montant du revenu de travail exclu pour le calcul de la Sécurité du revenu soit doublé afin de faciliter l’accès au travail à temps partiel rémunéré.

 

23- Que le nombre de contrats d’intégration au travail (CIT) soit augmenté, qu’on en élargisse les critères d’accessibilité, la durée selon le besoin, l’intérêt exprimés par la personne, et que l’on augmente le nombre de places dans le programme PAAS Action selon les besoins des milieux.

 

24- Que le Plan d’action reconnaisse l’importance d’améliorer l’accès à des programmes d’intégration et de maintien aux études afin de permettre à la personne d’acquérir connaissances et compétences, d’assurer sa participation citoyenne et de favoriser son rétablissement.

 

25- Que le Plan d’action prévoit la création aux niveaux national, régional et local de mécanismes de concertation entre les instances de l’enseignement, de la santé et des services sociaux et les organismes communautaires en vue de fournir aux personnes vivant avec des difficultés de santé mentale des services d’orientation, d’accompagnement et de soutien dans leur démarche d’intégration aux études.

 

26- Que le Plan d’action prévoit que des échanges aient lieu avec les organisations syndicales et patronales et autres milieux concernés, ainsi qu’avec des personnes qui vivent ou ont vécu des troubles mentaux dans le cadre de leur travail afin d’élaborer des programmes de prévention et promouvoir une organisation du travail favorisant la santé mentale.

 

27- Que le Plan d’action fasse la promotion de pratiques de soutien au rétablissement qui assurent le maintien en emploi des travailleuses et travailleurs qui subissent un problème de santé mentale et qui supportent la réintégration au travail pour celles et ceux qui ont dû quitter leur emploi pour des difficultés de santé mentale.

 

L’intervention de crise

28- Que le Plan d’action assure le financement et le développement des services des centres de crise communautaires pour dispenser, sur l’ensemble du territoire, une alternative aux urgences, à l’hospitalisation, à l’intervention policière et à la judiciarisation.

 

Les membres de l’entourage

29- Que le Plan d’action reconnaisse les associations de membres de l’entourage comme partenaires dans le rétablissement et qu’elles reçoivent le financement requis pour leur mission d’aide et de soutien.

 

Les femmes et la santé mentale

30- Que le Plan d’action se préoccupe de la condition des femmes car elles reçoivent davantage de diagnostics de problèmes de santé mentale que les hommes, qu’elles sont davantage victimes de préjugés et que les approches thérapeutiques sont souvent mal adaptées à leur condition.

 

Les hommes et la santé mentale

31- Que le Plan d’action en santé mentale favorise l’émergence de stratégies visant à rejoindre les hommes, considérant leur taux élevé de détresse psychologique, la prévalence plus répandue chez eux du suicide et leur faible propension à requérir des services de soutien.

 

Régions éloignées et milieu rural

32- Que le Plan d’action en santé mentale tienne compte des particularités des régions éloignées et du milieu rural, en particulier leurs besoins liés à la psychothérapie, au transport, au logement et à l’intégration socioprofessionnelle.

 

Davantage de moyens pour…

33- Que le Plan d’action prévoit aussi de fournir davantage de moyens au milieu communautaire en santé mentale pour, notamment, l’acquisition de meilleures habitudes de vie, la disponibilité d’alternatives à la judiciarisation, la capacité d’intervention dans les communautés ethnoculturelles, la prévention du suicide…

 

Document de travail, version juin 2013 en consultation finale jusqu’au 12 juillet 2013

Avis, commentaires, suggestions : info@cosme.ca

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