Les compressions dans le réseau de la santé et des services sociaux… qui en profite ?

Les compressions dans le réseau de la santé et des services sociaux… qui en profite ?

Voulant atteindre le déficit zéro, le gouvernement impose des compressions à tous ses ministères. Les réactions sont vives car au départ, les services sont souvent sous-financés. Le ministère de la Santé et des Services sociaux ne fait pas exception, malgré qu’il accapare plus de 30 % du total des dépenses du gouvernement. Ces compressions signifieront, par exemple, des compressions d’environ cinq millions de dollars au Centre de santé et de services sociaux de Laval (CSSS de Laval).

 

Tant au ministère qu’à l’agence de Laval, on prétend que ces compressions ne résulteront pas en coupures de services pour les usagers. Pour avoir œuvré durant trente-cinq ans dans le réseau de la santé et des services sociaux en tant qu’intervenant et gestionnaire, permettez-moi d’être perplexe. On prétend pouvoir récupérer des économies, entre autres par le projet de loi n° 100 qui prévoit plusieurs mesures, dont le non-remplacement d’un départ sur deux du personnel d’encadrement. C’est cette mesure particulière qui fera l’objet de ce billet.

 

Bye bye boss ?

Déjà, depuis l’arrivée au pouvoir du dernier gouvernement libéral, les établissements ont dû augmenter la charge des cadres. Je ne connais pas le rationnel qui a conduit le gouvernement libéral à évaluer qu’il y avait trop de cadres, mais je puis dire que sur le terrain, ce sont les intervenants qui se sont plaints de cette mesure. La tâche de ces derniers s’est aussi alourdie au fil du temps, et le recours au soutien quotidien d’un supérieur immédiat est devenu indispensable pour assurer jour après jour des services de qualité et humains. C’est au supérieur immédiat de gérer les situations difficiles, de véhiculer au quotidien la mission et les valeurs de l’établissement, de maintenir un climat propice au dépassement, de soutenir les individus traversant des périodes difficiles.

 

Saborder l’intégration… au profit de qui ?

C’est aussi au supérieur immédiat qu’incombe la responsabilité d’accueillir et de bien intégrer les nombreux nouveaux intervenants qui remplacent les intervenants qui partent à la retraite ou les démissionnaires, nombreux eux aussi et malheureux dans un système où ils ont l’impression d’être laissés à eux-mêmes. Ces démissionnaires auront entre-temps pris des congés de maladie qui auront eu pour conséquence d’augmenter la pression sur leurs pairs, d’augmenter les coûts de remplacement et les frais en assurance salaire de l’établissement.

 

Autrement dit, les économies générées par la réduction du nombre de cadres servent finalement à couvrir les dépenses engendrées par leur diminution. Non seulement les réductions ne servent à rien, mais en plus elles augmentent le nombre d’intervenants souffrants et moins motivés.

 

Les cadres seront moins nombreux et auront davantage de redditions de comptes à faire

Le gouvernement libéral n’a pas simplement ciblé la réduction du nombre de cadres, mais il a de plus augmenté la reddition de comptes. Avez-vous déjà pris connaissance de l’organigramme du ministère et celui des agences ?

Une armée de technocrates rivalisant d’ingéniosité et parfois d’élucubrations multiplie les requêtes exigeant de plus en plus de temps des supérieurs immédiats et diminuant leur accessibilité aux intervenants.

Dans certains établissements, on requiert le moins possible ces derniers pour la reddition de comptes, mais on engage plus de professionnels de soutien pour pouvoir le faire. Si on engage plus de professionnels de soutien, on doit nécessairement diminuer le nombre d’intervenants qui donnent des services directs aux personnes, car l’établissement ne peut faire de déficit.

 

Le gouvernement actuel endosse les orientations du précédent gouvernement au nom de la même priorité, c’est-à-dire le déficit zéro, comme il l’avait fait déjà en 1983. C’est leur prérogative de le faire, mais il faudrait que le gouvernement assume ouvertement que ces compressions auront des répercussions sur les services directs à la population. Il ne faudrait pas laisser aux intervenants et aux gestionnaires le rôle odieux de justifier l’allongement des listes d’attente, la réduction des soins ou la réduction moins observable pour la population des activités de prévention.

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