L’impact de la culture sur la maladie mentale

L’impact de la culture sur la maladie mentale

Nous le savons, les femmes consultent plus souvent que les hommes. Pourquoi? Les femmes sont plus à l’écoute de leurs sentiments, de leur bien-être. De plus, le fait de consulter n’est pas forcément interprété comme un signe de faiblesse, comme c’est plus souvent le cas chez les hommes. Ainsi, les diagnostics sont plus courants chez les femmes; cela ne veut pas dire que les femmes sont plus à risques concernant les maladies mentales mais plutôt qu’elles consultent plus. S’il y a une différence dans les taux de consultation selon le genre, qu’en est-il des communautés culturelles? Voyons-en la répartition et tentons d’en dégager des explications.

 

Qu’est-ce que veut dire Amok ?

Rappelons d’abord que chaque culture aborde la maladie mentale de manière différente. Il existe des symptômes qui sont reconnus dans une culture et qui ne le sont pas dans une autre. Il en va de même pour certaines maladies. Dans plusieurs cultures, il n’existe pas de mots pour « psychose », ni pour « travailleuse sociale » par exemple. Est-ce que la maladie « amok » vous dit quelque-chose? Cette maladie, reconnue en Asie est définie comme suit .:

« Un épisode dissociatif caractérisé par une période de cafard suivi par un comportement extrêmement violent, agressif ou homicide envers des personnes et des objets. L’épisode semble être déclenché par un affront ou une insulte et semble n’atteindre que des hommes ».

 

Qu’est-ce que veut dire mal de ojo ?

Dans les cultures méditerranéennes, il y a une maladie appelée « mal de ojo ». C’est un terme espagnol qui a été traduit en français par « mauvais œil ». Les enfants sont particulièrement à risques. Les symptômes comprennent : sommeil agité, pleurs sans cause apparente, diarrhées, vomissements et fièvre chez l’enfant ou le nourrisson. Parfois, les adultes (plutôt les femmes) peuvent être atteints.

 

 

Qu’est ce que veut dire hwa-byiung ?

Voyons un dernier exemple : il existe un syndrome populaire coréen connu sous le nom « Hwa-byung ». Il se traduit littéralement en français comme « syndrome de colère » et est attribué à la suppression de la colère. En effet, dans les pays asiatiques, très peu de place est accordée à l’expression ouverte des sentiments dont celui de la colère. Ceci explique pourquoi un comportement peut être considéré comme un symptôme d’une maladie dans certaines cultures et non dans d’autres.

 

D’ailleurs, notons que certaines maladies se vivent mieux dans une culture donnée. Par exemple, les maladies à caractère impulsif peuvent être mieux vécues dans un pays ou les personnalités sont plus extraverties, comme en Italie par exemple. Il ne s’agit pas ici de dire qu’il faut vivre dans un pays donné selon sa maladie! Mais plutôt de comprendre que la culture a un impact certain sur la manière dont la maladie sera acceptée, non seulement par l’entourage, mais aussi par la personne atteinte. Il en découle parfois une difficulté et une réticence pour plusieurs à consulter des professionnels de la santé.

 

Plus de maladie mentale au Québec qu’ailleurs dans le monde ?

Ainsi, s’il existe différentes maladies reconnues selon les cultures, cela pourrait expliquer pourquoi certaines communautés culturelles consultent moins que d’autres. En effet, Multi-écoute a réalisé une étude pour connaitre les tendances en consultation des différentes communautés culturelles dans le grand Montréal. Voyons un peu leurs résultats.

Les principales communautés culturelles à utiliser les services sont d’origines russe, latino-américaine et québécoise. En moindre nombre, il y a celles d’Afrique du Nord, d’Afrique noire et d’Asie. Voici comment Mme Vasquez (travailleuse sociale) et Mme Rosaire (psychologue et intervenante psychosociale) du centre Multi-écoute expliquent ce phénomène :

En général, les nouveaux immigrants ont moins recours aux services de peur d’être diagnostiqués d’une maladie mentale. Pour plusieurs d’entre eux, ce que nous appelons la maladie mentale fait partie de la vie. Le tabou vient de ce qu’on associe directement maladie mentale et folie, ce qui empêche de traiter la maladie mentale comme n’importe quelle maladie, de rechercher un traitement ou un remède.

 

De plus, selon plusieurs et selon Multi-écoute, la société nord-américaine est très individualiste, tandis que chez les immigrants, ça se passe en famille. Comme dans les familles d’Afrique du Nord entre autres.

 

En conclusion, il est intéressant de constater que d’une culture à l’autre, les maux et les comportements peuvent être interprétés, vécus et traités de manière très différente. Cependant, peu importe la culture, on reconnait l’importance de se sentir entouré et soutenu (que ce soit par la famille, la communauté, le réseau de la santé…) dans des périodes éprouvantes. Malheureusement, dans toutes ces différences, une tendance se maintient : ici comme ailleurs, trop de personnes souffrent encore de rejet et d’incompréhension et sont donc laissés à eux-mêmes. S’il reste encore beaucoup à faire à ce niveau, le Québec continue ses efforts de sensibilisation face à la maladie mentale. Petit à petit, cela permettra aux personnes atteintes et à leur entourage de demander l’aide nécessaire en plus grand nombre.

 

Liens intéressants: 

http://pagesperso-orange.fr/geza.roheim/html/nzoglozr.htm

 centre Multi-écoute 

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