Santé mentale: Vulnérabilité rurale ou urbaine ?

Santé mentale: Vulnérabilité rurale ou urbaine ?

Plusieurs facteurs vont influencer la vulnérabilité des personnes sur le plan de la santé mentale. Il peut s’agir entre autres de prédispositions biologiques ou de facteurs environnementaux. Je vais me pencher sur l’environnement et précisément sur l’incidence de la maladie en milieu rural versus en milieu urbain. Est-ce que certaines maladies ont plus tendance à se développer dans un certain milieu? Y a-t-il un milieu idéal pour faire progresser et soigner sa maladie?

  1. milieu rural concerne les régions de 10 000 habitants ou moins[1]. Les régions rurales font face à plusieurs difficultés : le vieillissement de la population, les difficultés économiques et l’isolement géographique.

De plus, dans les régions rurales, la population ainée est plus importante, d’une part parce que l’on note une tendance des retraités à déménager en région, et d’autre part parce que les jeunes migrent vers la ville pour leurs études ou pour leur emploi. Les ainés s’abstiennent généralement de parler de leurs difficultés. Ils ont l’habitude de se débrouiller seuls. Ils gardent également des représentations négatives de la maladie : par exemple, la dépression est associée à des simples d’esprit, faite pour des asiles de malades mentaux, etc. Les ainés vont donc préférer penser que leurs symptômes sont normaux et en lien avec la vieillesse plutôt qu’avec la maladie mentale. Par ailleurs, les ainés qui aimeraient du soutien et de l’aide n’ont pas forcément les services dont ils ont besoin dans leur région, et le déplacement en ville n’est pas toujours réalisable.

Qu’en est-il pour les jeunes?

Le revenu familial, la scolarité et l’emploi ont un lien très étroit avec la plupart des indicateurs de santé et de l’accès aux services de santé. Les jeunes ruraux sont moins scolarisés que les jeunes urbains. En région, 19 % des ruraux ont complété des études post-secondaires, en comparaison à 26 % des jeunes citadins. De plus, les jeunes urbains sont deux fois plus nombreux à détenir un diplôme d’études universitaires[2]. On pourrait donc déduire que les facteurs de risques sont plus importants chez les jeunes en milieu rural. L’accès à l’emploi et les revenus sont aussi plus importants en ville, ce qui explique que les jeunes quittent le milieu rural. Rappelons cependant que la maladie suppose une prédisposition dans tous les cas et que la scolarité par exemple est un indicateur seulement.

La famille est également un facteur très aidant en santé mentale. Contrairement à autrefois, les familles sont de plus en plus éclatées, et ce, tant à la campagne qu’en ville. Que ce soit à cause de l’emploi, d’une séparation, d’une famille reconstituée, nous sommes devenus plus mobiles et souvent plus éloignés du noyau familial. Nous ne discuterons pas ici des bons ou des mauvais côtés de ce changement de mode de vie mais il reste que les gens sont plus souvent (pas toujours!) laissés à eux-mêmes.

Concernant le milieu urbain, nous avons vu plus haut que l’emploi est un indicateur de meilleure santé mentale. En milieu urbain, plus de choses sont mises en place pour faciliter l’intégration à l’emploi des personnes atteintes. La réinsertion est encouragée et les personnes atteintes peuvent être soutenues dans cette démarche.

Par ailleurs, une étude française explique que le fait de vivre en ville n’expose pas plus au risque de souffrir de troubles psychiques, sauf dans le cas d’une maladie bien particulière : la schizophrénie. Il faut qu’il y ait une prédisposition génétique mais si on l’a, les risques de développer la maladie seraient multipliés. Comment expliquer ce phénomène? L’hypothèse serait que le fait de vivre dans un milieu où beaucoup de monde ne se connait pas, la méfiance des uns et des autres est accrue. « C’est la seule maladie mentale pour laquelle l’incidence est deux à trois fois plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural, selon une étude menée dans 33 pays », explique Vivianne Kovess-Masfety, psychiatre à l’université Paris-Descartes[3]. Mais attention, un bémol s’impose : n’oublions pas que les services de soins de santé sont plus importants en ville, ce qui pourrait également expliquer une plus grande présence de personnes atteintes. L’accessibilité aux soins n’est certainement pas négligeable et le milieu urbain assure ce service.

Ce qu’on peut remarquer, c’est que l’incidence des maladies mentales n’a pas de lien direct sur leur développement, que l’on soit en région rurale ou en région urbaine. En revanche, certains facteurs, comme la scolarité, l’emploi, le revenu, l’accessibilité aux services de soins, l’entourage et les activités socioculturelles, ont un impact positif sur la maladie. En conclusion, l’important est de vivre dans un milieu qui vous convient et qui vous apporte davantage de bénéfices. Votre milieu doit vous rendre la vie plus agréable, il doit faciliter votre quotidien et vous rendre heureux.

 

Statistiques Canada. Les jeunes ruraux : rester, quitter, revenir. 2000

Bulletin de l’Observatoire de l’Abitibi-Temiscamingue. Supplément juillet-aout 2009, p.2

Quotidien Le Progrès. La ville est-elle dangereuse pour notre santé mentale? No du 10.03.09


[1] Statistiques Canada. Les jeunes ruraux : rester, quitter, revenir. 2000

[2] Bulletin de l’Observatoire de l’Abitibi-Temiscamingue. Supplément juillet-aout 2009, p.2

[3] Quotidien Le Progrès. La ville est-elle dangereuse pour notre santé mentale? No du 10.03.09

Leave a Reply

0 Partages
Partagez
Tweetez
Enregistrer
Partagez