Infanticide, saisir l’incompréhensible

Infanticide, saisir l’incompréhensible

L’infanticide est un crime grave qui revient malheureusement régulièrement dans l’actualité. À première vue, c’est un crime qui éveille une panoplie de jugements quelles que soient les circonstances. Certaines personnes se hâtent de juger le parent en émettant des hypothèses sur son passé trouble, sa situation dysfonctionnelle et son futur peu prometteur. Qui sommes nous pour juger aussi sévèrement ces personnes ? Certains d’entre nous croient qu’ils ne commettront jamais de tels actes. Qu’en savons-nous ?

 

Est-ce que la science peut nous aider à comprendre les infanticides?

La criminologie est une science fort intéressante à étudier. Elle comporte des aspects qui suscitent à la fois la curiosité, la crainte et l’ignorance. Cette science traite de certains sujets difficiles. Souvent, les crimes considérés comme graves sont peu connus du grand public et sont jugés trop hâtivement. Cela peut être dû au manque de connaissances en la matière (qui, soit dit en passant, peut être volontaire) ainsi qu’à la peur d’être confrontés à ce type de crime. Un crime grave est jugé sur ce qui est socialement acceptable ou non. Souvent, les gens n’osent pas approfondir ou tenter d’expliquer le geste commis. Pourtant, cela ne signifie pas qu’on veut l’excuser, mais simplement tenter de le comprendre.

 

Le sens commun

À la base, nous avons pourtant un point en commun avec ces gens. Celui d’être un être humain à part entière qui a vu le jour avec des capacités, des qualités, des défauts, une personnalité et un caractère. Un être humain qui a vécu de la joie, de la peine, de la colère, du désarroi. Un être humain qui, dans certains cas, a connu le bonheur, mais qui a peut-être aussi vécu des horreurs, de la violence et de l’injustice. Personne n’a choisi de vivre une telle situation. Qui peut se considérer à l’abri d’un tel drame ?

 

L’infanticide le pire crime ?

L’annonce d’un crime envers les enfants est souvent considérée comme la pire des injustices. Certains vivront toutes sortes d’émotions à cause de cette incompréhension. Sans excuser cet acte criminel, il importe de tenter de comprendre ce qui peut pousser une personne ou un parent à commettre un tel acte.

La définition de l’infanticide par le code criminel canadien se lit comme suit : « Meurtre d’un bébé de moins de 12 mois qui est reconnu comme un crime d’un parent punissable.»

 

Lorsque l’on parle d’infanticide, on associe souvent ce crime à des femmes. On parle aussi de filicide quand le meurtre est commis par un parent. Pour bien distinguer ces différentes appellations, voici quelques définitions :

• Néonaticide : Meurtre d’un bébé âgé de moins de 24 heures
• Infanticide : Meurtre d’un bébé âgé de moins de 12 mois
• Filicide : Meurtre d’un enfant par un parent peu importe l’âge de l’enfant
• Homicide : Meurtre

 

Comment comprendre les infanticides ?

Il est important de connaître les motifs qui ont poussé des parents à commettre un tel acte. Cela n’allège pas l’acte, mais nous aide à comprendre ce qui s’est passé. Plusieurs études ont démontré des différences notables entre les hommes et les femmes qui commettaient ce type de crime.

 

Est-ce seulement les hommes qui commettent ce genre de crime ?

Il est reconnu que les femmes sont plus souvent coupables d’infanticide que les hommes. Elles auraient la plupart du temps les mêmes motifs ou raisons d’agir ainsi. Par exemple, l’altruisme joue un rôle : la mère est dans un état souffrant, de détresse intense et veut en finir avec la vie, mais elle ne veut pas abandonner son enfant. Elle décide donc de l’amener avec elle.

 

On attribue aussi l’infanticide à une psychose aiguë, comme lors d’une dépression post-partum. La femme qui a subi une grossesse non désirée, à la demande de son conjoint, ou qui a subi une agression sexuelle serait davantage portée à rejeter l’enfant et, par conséquent, en venir à le tuer. L’avortement, qui est une démarche légale, contribue à faire diminuer le nombre d’infanticides. Il est également possible que la mère souffre d’une maladie mentale, mais cela ne survient que dans la minorité de cas. On parlera plus de désordre ou de troubles psychiques.

 

La vengeance ainsi que la négligence volontaire sont des motifs communs aux deux sexes. La vengeance est souvent associée à l’infidélité d’un conjoint ou à une rupture, on se sert alors de l’enfant pour punir l’autre. La négligence volontaire fait plutôt référence à un parent dépourvu de moyens pour faire face aux pleurs, aux crises intenses de l’enfant. Le parent l’ignore durant une longue période, peut importe ce que l’enfant dit ou fait. Cette négligence peut entraîner la mort de l’enfant.

 

Est-ce que la maladie mentale peut expliquer les infanticides ?

Les études des cas d’infanticides commis par des hommes démontrent que, lors du passage à l’acte, certains présentaient des symptômes psychotiques associés ou non à l’usage de psychotropes. D’autres présentaient des troubles de la personnalités ou de l’humeur. Les hommes ayant un code de masculinité assez exigeant tolèrent peu que ce concept soit bafoué. Ils ont l’impression que les comportements de l’enfant (la victime) sont inappropriés, c’est-à-dire qu’il met en péril, rejette ou défie leur masculinité. La plupart du temps, ces hommes ont souffert de problèmes psychiatriques ou neurologiques ainsi que d’abus sexuels durant leur enfance. Leurs troubles, leurs perceptions erronées ainsi que leurs comportements d’impulsivité et d’agressivité viendraient de leur passé.

 

Infanticide – Hommes et femmes tous égaux ?

Il y a un jugement différent selon que l’infanticide est commis par un homme ou une femme. La nature étant ainsi faite, la femme qui commet un crime est davantage perçue comme une victime. Les gens se demandent ce qui a bien pu lui arriver pour qu’elle en arrive à poser un tel geste. « La pauvre », entendons-nous souvent. Par contre, lorsque le même crime est commis par un homme, l’opinion change. « Quel monstre », disent les mêmes personnes. Il n’y a pas de questionnement au sujet de leur enfance ou sur ce qu’ils ont vécu. On observe seulement du rejet. Pourtant, il est un être humain comme les autres.

 

Vivre l’incompréhensible ?

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’effectivement les crimes sont socialement inacceptables et c’est la raison pour laquelle le jugement est si facile. Par contre, le fait de pouvoir comprendre ce qui pousse une personne à poser un acte comme l’ infanticide permet d’avoir une opinion objective. Cela allège nos sentiments négatifs sans que cela signifie que nous comprenons ce crime. Il nous est tous arrivé de vivre une situation où nous n’avons pas compris ce qui a motivé notre comportement. Le pourquoi du pourquoi est souvent insaisissable. Nous vivons souvent des frustrations, de l’impuissance. Cela peut-il nous amener à avoir une peu plus de compréhension vis-à-vis de ces gestes… incompréhensibles ?

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