La Banque Signature: Un outil d’espoir pour les familles

La Banque Signature: Un outil d’espoir pour les familles

Lorsque nous sommes affligés par la maladie ou quand un de nos proches en souffre, nous sommes souvent préoccupés par plusieurs questionnements. Les différentes maladies mentales font partie de ces maladies souffrantes et complexes pour lesquelles nous avons trop peu de réponses.

 

Chaque recherche effectuée dans le domaine a pour but de réaliser des découvertes qui pourraient faire avancer les connaissances au niveau des maladies mentales et ainsi améliorer la qualité de vie des personnes atteintes.

 

La Banque signature … pour faire avancer les connaissances sur les maladies mentales

C’est donc avec un grand enthousiasme que je vous parle aujourd’hui de la Banque Signature. Cette banque de données, créée par le Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (anciennement connu sous le nom d’hôpital Louis-H Lafontaine), tente de façon novatrice de faire avancer les connaissances sur les différentes maladies mentales.

 

Le projet «Banque Signature» a été conçu par 80 chercheurs, cliniciens et collaborateur. Cette banque permet de recueillir des données biologiques, psychosociales et médicales sur des patients volontaires. À partir de ces données recueillies, les chercheurs pourront analyser les résultats et faire avancer les connaissances qui ont trait aux différentes maladies mentales. D’ailleurs, les données recueillies par la Banque Signature intéressent maintenant des chercheurs de partout à travers le monde… comme quoi cette banque québécoise est prometteuse!

 

Suite à quelques petites recherches concernant ce nouveau projet, c’est avec une grande générosité que Dre Nathe François, coordonnatrice de la Banque Signature au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal a accepté de répondre à mes questions.

 

Qu’est-ce que la Banque Signature?

Pour la Dre Francois, La Banque Signature est un projet qui recueille et conserve des données biologiques, psychosociales et cliniques. Ces données sont collectées à quatre reprises durant le suivi du patient. La première «signature» est prise à l’urgence, lors d’une hospitalisation. Une deuxième signature est prise à la fin de l’hospitalisation, une troisième lors de la première rencontre en clinique externe et la dernière un an plus tard, à la fin du suivi.

 

Dre François précise que le patient est au cœur de ce projet. « À tout moment, il peut choisir d’arrêter et il peut même demander à ce que toutes ses signatures soient retirées de la Banque». J’ai été émerveillée en discutant avec Dre François de constater à quel point elle est passionnée par ce projet et à quel point le respect et l’écoute des patients font partie de ses priorités. Nous avons parfois une image froide des chercheurs, mais mon entretien avec elle m’a permis de constater à quel point la philosophie ainsi que les valeurs véhiculées par son équipe sont humaines et chaleureuses. Ce projet a pour motivation profonde de permettre de meilleures connaissances des différentes maladies mentales pour ainsi améliorer la qualité de vie des gens qui en sont touchés.

 

Les Signatures

Chaque patient arrivant à l’urgence qui est en mesure de donner son consentement pour sa participation (selon l’évaluation du personnel) est approché par une infirmière de la Banque Signature. On prend le temps de lui expliquer ce qu’est le projet, ce qu’il implique, l’objectif, etc.

 

 

Au même moment, un vidéo sur iPad est présenté au patient. Pour chacune des signatures, il fournit du sang, de la salive et des cheveux et répond ensuite à 168 questions sur iPad. Il doit refaire le même processus à 4 reprises.

 

Il est donc important de souligner l’incroyable participation des personnes qui choisissent d’adhérer au projet. D’ailleurs, Dre François souligne que depuis le 27 novembre 2012 (collecte de la première signature) jusqu’en juin dernier, ce sont 120 participants qui se sont joints à la Banque.

 

Parmi les patients approchés par les infirmières pour le projet, 68% acceptent d’y participer.

 

La signature clinique ou médicale permet de recueillir auprès du psychiatre des données concernant les diagnostics médicaux des participants ainsi que leurs médicaments. La signature psychosociale quant à elle permet de recueillir la perception du participant sur sa situation. Le questionnaire de 168 questions permet d’évaluer les diverses sphères psychosociales telles: le sommeil, l’anxiété, la dépendance, le fonctionnement social, la spiritualité, etc.

 

La cueillette des signatures biologiques cible 23 biomarqueurs différents qui pourraient jouer un rôle au niveau des différentes maladies mentales. Parmi ces biomarqueurs, on s’intéresse à différents paramètres des marqueurs métaboliques, hormonaux, toxicologiques, infectieux, inflammatoires et immunitaires ainsi que des marqueurs génétiques.

 

Hypothèses des chercheurs sur la Banque signature

À titre d’exemple, voici certaines hypothèses ou certains questionnements avancés par des chercheurs et pour lesquels la Banque Signature pourra aider à obtenir des éclaircissements.

Hypothèse no 1

Les marqueurs hormonaux pourront peut-être expliquer pourquoi certaines femmes déprimées rechutent durant leur période de menstruations ou encore vérifier si les taux de testostérone peuvent expliquer pourquoi certains hommes sont agressifs quand ils arrivent à l’urgence.

 

Hypothèse no 2

Certains produits toxiques, comme le plomb, semblent être associés à l’apparition de troubles mentaux . Le marqueur toxicologique pourrait alors être utile.

 

Hypothèse no 3

La Banque Signature permettra aussi de mesurer des marqueurs infectieux, tels que le parasite de la toxoplasmose que les chats transmettent aux humains et qui rejoint le cerveau de la personne infectée. Or, selon certaines études, ce parasite pourrait prédisposer à la schizophrénie.
Bref, l’humain et les maladies mentales sont si complexes que nous pouvons supposer que les recherches dans ce domaine sont possibles à l’infini.

 

Qui pourra utiliser les données de la « Banque signature » ?

La Banque recueille les données biologiques, psychosociales et médicales afin de les rendre disponibles à de futurs projets de recherche. Pour avoir accès à la Banque Signature, les chercheurs doivent faire une demande en précisant leur sujet de recherche, obtenir une subvention pour défrayer, entre autres, les coûts associés aux analyses sanguines, de cheveux ou de salive et obtenir l’approbation du comité d’éthique. Lorsque ces trois étapes sont franchies, les recherches peuvent débuter.

 

Dre François mentionne que déjà trois recherches sont à l’étape de demande de subvention. Il est important de préciser que la Banque Signature est réservée exclusivement aux chercheurs de l’Institut Universitaire de Santé mentale de Montréal jusqu’au début de 2015. Par la suite, à chaque deux ans, le droit d’utilisation de la banque s’élargira graduellement en donnant accès aux chercheurs québécois, ensuite aux chercheurs canadiens pour finalement être accessible aux chercheurs à l’échelle mondiale au début de 2019.

 

Dre François précise par contre que des partenariats sont possibles. Des chercheurs de France pourraient, par exemple, collaborer sans problème avec un chercheur de l’Institut avant 2018. Ainsi, la banque privilégie nos chercheurs, mais encourage la collaboration avec les différents spécialistes à l’international.

 

La confidentialité de la « Banque signature » dans tout ça?

L’équipe de Banque Signature a à cœur le bien-être du patient et ce dernier est au cœur de leur philosophie. C’est entre autres pour cette raison que les choses sont faites d’une façon différente de la recherche habituelle. Normalement, lors d’une recherche scientifique, une donnée recueillie est tout de suite «codée» de sorte qu’elle soit confidentielle. Par exemple : si je remplis un questionnaire pour une recherche X, mon nom n’apparaitra jamais avec mes réponses.

 

Mais pour la Banque Signature, on suppose que les données psychosociales ainsi que les signatures biologiques en lien avec le biomarqueur métabolique (qui peut diagnostiquer diabète, problème de cholestérol ou autres) sont des informations pouvant être utiles et aidantes pour l’équipe traitante du patient. Par conséquent, ces deux données sont communiquées automatiquement à l’équipe traitante.

 

Cependant, une fois les informations transmises au psychiatre, les données recueillies se retrouvent aussi dans la Banque Signature avec les autres données, et cette fois de façon complètement anonyme. En aucun cas, un chercheur ne connaitra la provenance des signatures qu’il a entre les mains. Évidemment, le participant a été informé de toutes ces procédures.

 

Pour conclure, le projet Banque Signature en est un novateur dans le domaine de la santé mentale. Il faut entendre parler Dre François avec toute sa passion pour tomber complètement sous le charme de ce merveilleux projet. Non seulement il nous ouvre les portes sur une multitude de possibilités de recherche, mais il permet aussi un côté rarement vu dans le domaine scientifique, soit un réel partenariat entre la recherche et la clinique. Il y existe un travail d’équipe et on sent qu’ils oeuvrent en étroite collaboration pour le mieux-être du patient. J’ai aussi un mot particulier pour tous les participants au projet.

 

On peut imaginer que lors de l‘arrivée à l’urgence, leurs préoccupations sont bien loin de celle de participer à un projet de recherche. Mais 68% d’entre eux acceptent. Évidemment, des chercheurs et des professionnels incroyables et compétents sont derrière ce projet; mais sans les patients, la Banque Signature ne vaudrait rien. Je leur lève donc mon chapeau, car grâce à leur implication, ils sauront faire une différence. Je reprends donc les mots nommés plus haut… il s’agit d’un travail d’équipe entre chercheurs, cliniciens et patients…

 

Références

(1) Institut universitaire en santé mentale de Montréal, vidéo de support au consentement, Banque Signature. Lien internet : http://www.iusmm.ca/recherche/signature/participants.html

(2) La santé mentale a sa Signature, LE DEVOIR, 12 juin 2013. Lien internet : http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/380522/la-sante-mentale-a-sa-signature

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