La mouette et le flamand rose: Quand la différence fait peur

La mouette et le flamand rose: Quand la différence fait peur

Vous ai-je déjà raconté que j’ai vécu en Gaspésie? Si nous nous sommes déjà rencontrés, vous l’avez sans doute remarqué à cause de mon accent.

 

Un matin que j’étais en train de regarder la mer, j’ai aperçu tout à coup un oiseau rose fluo. WOW ! J’ai été tout de suite attiré par l’oiseau. Vite, je suis allé chercher une longue-vue afin de l’apprécier dans toute sa splendeur. J’ai cru par moments qu’il s’agissait d’un flamand rose perdu dans le coin. J’étais très content de ma découverte.

 

Le rejet de la gang

À ma grande surprise, il s’agissait d’un goéland. Je suis convaincu que quelqu’un de malcommode l’a attrapé et l’a peinturé en rose fluo. Car ça n’existe pas des goélands rose fluo dans le monde, et surtout pas en Gaspésie. Il était vraiment beau ; il ressortait du lot. Cet oiseau a attiré mon attention au début, mais il a également attiré ma pitié. Il était tout seul, abandonné, rejeté.

 

À chaque fois qu’il tentait de se rapprocher des autres goélands, ils s’en allaient tous ailleurs. Le reste des goélands ne le reconnaissait pas comme un des leurs. Pourtant…, il ne s’agissait que d’un peu de peinture. C’est bien triste, non ?

 

Moi, ça me touche beaucoup et savez-vous pourquoi ? Parce que je crois que nous sommes tous un peu comme ça. Dès que l’autre a quelque chose de différent de nous, que nous ne reconnaissons pas, nous sommes réticents à aller à sa rencontre. Nous nous méfions ! Nous pensons à notre sécurité. Toutes nos peurs se réveillent. Ça peut être contagieux, dangereux. J’imagine que vous connaissez déjà ce genre de réactions chez autrui. Non ?

 

La maladie mentale fait peur

Je trouve que cette attitude ressemble en tous points à celle que les gens adoptent lorsqu’on parle de maladie mentale. Combien de personnes ai-je rencontrées qui m’ont dit : « Je t’ai déjà vu quelque part, toi ». Ça se peut bien. « Ton visage me dit quelque chose ». C’est bien possible. « Tu fais quoi dans la vie ? » Lorsque je réponds que je travaille en santé mentale, ces personnes se disent : « Oh non ! Je me trompe certainement avec quelqu’un d’autre ». Voyez-vous la même attitude que celle des goélands ? Il aurait fallu les peinturer tous de la même couleur pour voir ce qui se passe, non ?

 

L’importance de notre perception

Tout cela pour vous montrer l’importance de notre perception. Nous avons tendance à nous former une idée d’une chose ou d’une personne. On dit que la perception d’une situation fait appel à la fois aux sens, à l’esprit, aux idées, à l’instant et au temps. Je ne ferai pas ici un exposé sur la perception.

 

Je veux juste vous montrer l’importance de notre perception sur le comportement que nous adoptons. Cela va dans les deux sens. Notre perception peut avoir des effets sur l’autre personne, comme elle peut en avoir sur nous également. Je ne sais pas si vous vous rappelez d’une annonce à la télévision qui mettait en scène un papa s’amusant avec son bébé qu’il tenait dans ses bras ? Par la suite, nous apprenions que ce papa était atteint de schizophrénie. Notre perception de ce papa qui s’amuse avec son enfant changeait automatiquement lorsque nous entendions parler de maladie mentale. Ça veut dire quelque chose, ça ?

 

Notre attitude change par rapport à l’autre. Mais arrêtons-nous un peu et posons-nous la question :

 

« Quelle est la perception de l’autre par rapport à la maladie dont il souffre?

 

Il est sûr et certain que la perception de sa maladie prend la forme d’une catastrophe.

 

«Personne sur la planète ne souhaite être vu comme un malade ».

 

Et lorsque, malheureusement, nous ne pouvons échapper à cette réalité, quelle perception avons-nous de notre destinée en sachant que nous sommes atteints d’une maladie ? Qu’elle soit mentale ou physique, on aurait pu s’en passer ! Émotionnellement, nous sommes dévastés ! Est-ce que cela veut dire que tout est joué pour nous ? Allons-nous embarquer dans notre dernier voyage ? Les dés sont tirés, « rien ne va plus » ! On se laisse aller à la dérive ?

 

La maladie mentale et les médias

La maladie mentale a très mauvaise presse. Elle est souvent associée à la pauvreté, à l’itinérance, à la prostitution et aux drogues, à l’exclusion et à de multiples discriminations. La photo est plutôt sombre et remplie d’interrogations. Et le pronostic ? Nous souhaitons au plus profond de nous qu’il soit positif. Allons-nous pouvoir vivre normalement au sein de la société ?

 

Comme notre goéland rose, nous n’avons pas le sentiment d’appartenir à la gang ! En fait, il n’est pas sûr que le goéland ait des sentiments, mais… je suis certain qu’il ne comprend pas l’attitude de ses congénères. Je suis convaincu qu’il ne se voit pas rose non plus.

 

Dans sa petite tête de goéland, je suis persuadé que s’il s’était retrouvé devant un miroir, il aurait eu la même réaction que tous les autres goélands. Il aurait eu peur de lui-même. Toutefois, je crois que même s’il était rejeté par tous, ce petit goéland a continué de vivre comme tous les goélands de la terre, sauf qu’il était seul et rejeté. Ou peut-être a t-il fait une dépression? Je n’en sais rien. Je ne sais pas si vous l’avez compris, mais la personne qui a mis de la peinture sur cet oiseau l’a handicapé complètement. Au moins pour un certain temps. Au moins le temps que la peinture se dissolve et disparaisse.

 

Les stigmates de la maladie mentale

C’est encore plus triste lorsque nous regardons des situations vécues par des humains. Malheureusement, la maladie mentale n’est pas de la peinture qui disparaît avec le temps, même si elle risque de perdre un peu de couleur. Le stigmate laissé par la maladie mentale ne disparaît pas non plus. La personne reste marquée comme avec de l’encre indélébile !

 

Et la perception dans tout ça, me direz-vous ? C’est vrai, reprenons le fil. Me sachant malade, j’ai l’impression que ma vie est foutue et je ne me donne aucune valeur. Surtout si le monde qui m’entoure me donne raison ou a la même impression que moi. Il faut savoir que moi, comme individu, je compte sur les relations que j’entretiens avec autrui. C’est un aspect qui va me permettre de savoir que j’appartiens à la gang (même si je suis peinturé en rose, si je suis immigrant, ou si je suis malade).

 

Donc, la perception que j’ai de moi-même et de la maladie risque de donner une tangente à mon avenir. Qu’est-ce que je peux faire devant la tempête ? Jeter l’ancre et rester immobile, laisser échouer mon bateau ou profiter du vent et aligner les voiles vers d’autres horizons ?

 

Vivre avec une difficulté n’est pas toujours évident, que cette difficulté soit d’ordre physique ou mental ne change pas grand-chose. Ce qui risque de donner une direction complètement différente à la situation que nous vivons, c’est notre perception de la situation.

 

Peu importe l’événement, le plus important c’est ce que nous allons faire avec ce qui nous arrive. Que l’on soit un handicapé physique ou mental ne veut pas dire que nous arrêtons d’avoir des aptitudes. Souvent, nous pouvons dépasser nos difficultés et nous tailler une place qui nous permette de vivre normalement au sein de la société.

 

Ce n’est pas parce qu’on est malade que nous sommes automatiquement exclus de la société. L’intégration dans la société demeure toujours difficile même si nous ne sommes pas malades. Difficile, mais faisable !

Laisser un Commentaire

Partagez
Tweetez
Enregistrer
+1
Partagez
0 Partages