Les électrochocs, le dernier recours ?

Les électrochocs, le dernier recours ?

Au mois de mai 2013, lors d’une visite à Montréal de la folie, une présentatrice nous informait qu’une manifestation contre les électrochocs aurait lieu le samedi suivant. Je n’en revenais pas que ce type de traitement soit encore utilisé. J’ai un oncle âgé qui souffre de schizophrénie et qui présente des symptômes négatifs importants. Selon ma famille, son état est causé par les électrochocs

Les électrochocs similaires à la réanimation cardiovasculaire ?

Vous aurez deviné que cela a orienté ma position envers ce traitement. Avant d’écrire cet article, j’ai demandé l’avis de l’un de mes collègues qui a fait une comparaison très intéressante. Il m’a demandé si je voyais une différence entre les électrochocs et la réanimation cardiovasculaire. Je lui ai répondu qu’il n’y en avait pas.

 

En fait, ces deux traitements sont utilisés en dernier recours et ont eu de bons résultats sur certaines personnes. De plus, les méthodes utilisées pour les électrochocs sont maintenant beaucoup plus encadrées.

 

Voici un exemple d’une séance d’électroconvulsivothérapie (ECT)

 

 

Entrevue avec une personne qui administre des séances de ECT

Au regard de ces informations, ma position vis-à-vis des électrochocs n’était plus aussi claire. Je me suis mise à douter. Je me suis donc adressée aux professionnels qui pratiquent ce traitement. Une infirmière clinicienne de la Cité de la Santé a accepté de répondre à mes questions et m’a même offert de visiter leurs installations.

 

En entrant dans la pièce où se donnent les traitements, ma première surprise a été de constater qu’il ne s’agissait pas d’un endroit sombre et froid, comme dans le film d’Alice Roby. En fait, la pièce ressemblait tout simplement à une chambre d’hôpital, les lits en moins. Un rideau séparait deux emplacements, car deux patients peuvent être traités à la fois.

 

Les étapes d’une séance d’électrochocs

Plusieurs questions me sont venues à l’esprit pour lesquelles j’ai obtenu des réponses de l’infirmière clinicienne qui m’ont permis de démystifier cette pratique. Mon premier questionnement était en lien avec les procédures suivies lors du traitement.

 

Dans un premier temps, des électrodes sont fixées au patient et ses signes vitaux sont vérifiés. Lors du traitement, un psychiatre, un anesthésiste ainsi qu’un inhalothérapeute sont présents. Le traitement se faisant sous anesthésie, l’inhalothérapeute doit s’assurer que le patient respire bien. Le traitement amène une convulsion qui dure environ 20 secondes et ensuite une phase de récupération qui varie d’une personne à l’autre. On peut observer une durée moyenne de 5 à 10 minutes avant que la personne revienne à elle.

 

 

Est-ce que les électrochocs sont efficaces pour toute les maladies mentales ?

Mon deuxième questionnement était en lien avec les maladies et les symptômes traités par les électrochocs. Selon l’infirmière clinicienne, les électrochocs sont utilisés davantage pour les personnes souffrant de dépression majeure, mais quelqu’un se trouvant dans un état psychotique peut aussi recevoir ce traitement. Parmi les multiples symptômes de la dépression, on retrouve entre autres l’humeur instable, le manque d’appétit et l’insomnie.

 

 

Est-ce que les électrochocs ont de bons résultats ?

Pour certains, le traitement amène de bons résultats; pour d’autres, il s’avère miraculeux. Les patients peuvent recevoir ce traitement à l’externe ou à l’interne, tout dépendant de leur état. Le traitement par électrochocs à l’externe est considéré comme une chirurgie d’un jour et le patient doit être accompagné par un proche puisqu’il ne peut conduire suite au traitement.

 

Est-ce qu’il est temps pour moi de penser à avoir des électrochocs ?

À quel moment décide-t-on de donner ce type de traitement, ai-je demandé à l’infirmière ? Elle m’a répondu qu’il était utilisé lorsque la pharmacothérapie ne donnait pas de bons résultats. Il faut comprendre qu’il s’agit d’une intervention de bout de ligne utilisée, par exemple, pour une dépression résistante ou lorsque la médication ne donne pas de résultats.

 

 

Que se passe t’il dans le cerveau lors d’une séance d’électrochocs ?

J’ai aussi demandé à l’infirmière ce que les chocs ciblaient exactement, elle m’a répondu que la cible était inconnue. Par contre, on sait que les électrochocs ouvrent plusieurs valves dans le cerveau, ce qui apporte des effets positifs. O

 

n peut s’attendre à des résultats après trois ou quatre traitements. Habituellement, les patients signent le consentement pour suivre de 6 à 12 traitements. En majorité, on obtient des résultats concluants après ce nombre, mais il arrive que certains patients doivent en recevoir davantage.

 

La médication peut ensuite être ajustée pour le maintien des résultats. Les électrochocs peuvent aussi être conservés comme traitement de maintien, particulièrement dans le cas des personnes souffrant de dépressions répétitives et récalcitrantes.

 

Les effets secondaires des électrochocs

Un autre de mes questionnements portait sur les effets secondaires des électrochocs. En effet, ceux-ci peuvent entraîner des troubles cognitifs, mais qui ne durent pas. La mémoire revient donc après quelques jours.

 

Ils peuvent amener aussi certaines douleurs musculaires, ainsi que des maux de tête, des étourdissements et de la fatigue. Cependant, il s’agit d’effets secondaires qui disparaissent rapidement, sauf dans le cas des personnes âgées qui présentent déjà des troubles cognitifs.

 

Qu’elles sont les contre-indications des électrochocs ?

Il existe cependant des contre-indications pour les patients souffrant de problèmes cardiaques, d’hypertension et d’autres conditions médicales qui entrent en contradiction avec ce type de traitement.

 

Il est important de spécifier que les patients sont anesthésiés lors du traitement et ne ressentent aucun mal. En 1950, les électrochocs étaient administrés à froid et les patients étaient attachés. Maintenant, ils sont anesthésiés et reçoivent une médication pour éviter la douleur. Une seule partie du corps tremble, soit le bras, car le reste du corps est paralysé dans le but d’éviter les blessures. En fait, un bras est laissé libre pour s’assurer que le traitement fonctionne bien et que la personne y réponde adéquatement.

 

 

Qu’elles sont les craintes des patients avant une séance d’électrochocs?

J’ai voulu vérifier quelle était la réaction des gens lorsqu’on leur proposait ce traitement pour la première fois. L’infirmière m’a expliqué que les gens sont plus résistants au début, à cause de la peur de l’inconnu, la crainte et la mauvaise image qu’ont laissées les traitements des années 1950.

 

 

Cependant, l’émission Zone Libre présente une vidéo qui démystifie ce type de pratique. Sur le site Internet de Zone Libre on a justement mis le témoignage d’une personne ayant reçu le traitement et les propos d’une infirmière.

 

« La première fois qu’elle m’en a parlé, j’étais contre, il n’en était pas question. J’avais peur de devenir encore plus malade. Je suis partie en claquant la porte. Ça n’était pas pour moi. Mais je me suis dit : « Je fais quoi, là ? Je ne réagis pas au traitement, ça fait un mois que je suis ici et il n’y a rien qui marche. » (Radio-Canada, en ligne, 2013)

 

 

Les effets des électrochocs, différents sur une femme que sur un homme ?

Lors de mes recherches, j’ai constaté que plusieurs textes parlent de l’incertitude quant à l’efficacité du traitement et aux risques qui y sont associés. Ces textes parlent aussi du manque de données probantes.

 

Certains textes avancent aussi que davantage de femmes reçoivent ces traitements. Selon l’infirmière que j’ai rencontrée, l’efficacité du traitement varie d’une personne à l’autre. Le traitement fonctionne bien pour certaines personnes et pour d’autres, il n’apporte pas de changement.

 

L’infirmière me mentionne n’avoir remarqué aucune différence dans les résultats pour un sexe ou pour l’autre. Toutefois, il est possible que davantage de femmes demandent de l’aide. Elles sont également plus nombreuses à avoir un diagnostic de dépression.

 

« La dépression majeure peut toucher de 10 % à 25 % des femmes, soit presque deux fois plus de femmes que d’hommes. » (Camh, 2012)

 

 

Après avoir pris connaissance de cette multitude d’informations, ma vision a changé. En effet, il faut demeurer conscient que le traitement par électrochocs demeure un traitement de dernier recours. Il est vrai que les électrochocs agissent sur le cerveau, mais on ignore de quelle façon et les résultats diffèrent selon les patients, tout comme pour les médicaments.

 

Je crois que le plus important à retenir est que ce type de traitement peut s’avérer la seule façon possible de redonner une qualité de vie à la personne souffrante. J’aimerais remercier l’infirmière clinicienne qui a répondu à mes questions pour sa disponibilité, sa patience et pour nous avoir éclairés sur le sujet.

 

Voici d’autres sources d’informations pour vous faire votre propre réflexion

FORMULAIRE DE CONSENTEMENT À L’ÉLECTROCONVULSIVOTHÉRAPIE ET À L’ANESTHÉSIE- AH-716

https://www.youtube.com/user/goul12/feed

http://www.actionautonomie.qc.ca/

Dix questions pour comprendre les électrochocs

 

Références:
• CAMH, 2012. La dépression – fiche d’information, La dépression chez la femme
• Entrevue avec une infirmière clinicienne de la Cité de la Santé, août 2013
• Radio-Canada

One thought on “Les électrochocs, le dernier recours ?

  1. Lambert - 22 avril 2018 dans 1 h 05 min

    J’aie reçu 10 traitements d’électrochocs souffrant de dépression majeur. J’aie donné mon approbation mais à quel prix….aujourd’hui j’aie des pertes de mémoire et ma dépression est revenu…j’aie 65 ans J’oublie beaucoup de choses comment mon cerveau va-t-il tenir et pendant combien d’années encore. J’aie peur et personne n’a de réponse……..

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