Comprendre l’automutilation

Comprendre l’automutilation

Démuni et impuissant devant l’automutilation d’un proche ?

Quel motif peut pousser quelqu’un à délibérément se faire souffrir ? Il est, certes, déstabilisant de voir une personne s’automutiler. Inquiétude, peur, impuissance, culpabilité sont souvent les sentiments qui émergent lorsque nous apprenons qu’un être cher se fait du mal. Nous cherchons à comprendre ce qui l’incite à adopter ce comportement insensé, nous voulons l’aider, mais nous voulons surtout éviter qu’il recommence.

 

Qu’est-ce que l’automutilation ?

L’automutilation consiste à se faire mal ou à s’infliger délibérément des blessures au corps et à l’esprit. La forme la plus commune consiste à se couper. Cependant, certains se brûlent, se cognent la tête, se donnent des coups, se tirent les cheveux, s’égratignent, se jettent contre quelque chose de dur, s’arrachent des croûtes sur la peau, empêchent leurs blessures de guérir, prennent trop de comprimés, avalent des choses inappropriées, s’insèrent des objets dans le corps ou se percent la peau, etc. La consommation de tabac ou d’alcool, la toxicomanie, la frénésie alimentaire ou le fait de rester dans une relation abusive représentent d’autres exemples de comportements pouvant être considérés comme des formes de blessures volontaires.

 

L’automutilation est perçue comme un trouble, au même titre que l’anorexie et la boulimie. Il s’agit en fait de symptômes d’une souffrance vécue, d’un mal-être intérieur. De prime abord, la plupart des gens qui la pratiquent ne veulent pas se tuer, mais cela peut cependant les mener à un geste suicidaire, plus particulièrement lorsque les problèmes sous-jacents ne sont pas traités. Il est à noter que des blessures infligées dans un but esthétique, sexuel (masochiste) ou social ne sont pas considérées comme de l’automutilation, puisqu’elles ne sont pas soutenues par les mêmes motifs.[1]

 

Qui pratique l’automutilation ?

Environ 13% des adolescents adoptent des comportements d’automutilation.[2] Ceux-ci apparaissent généralement à la puberté ou à l’adolescence et sont plus présents chez les jeunes femmes, mais peuvent survenir à tout âge.[3] Quelques-uns le vivront qu’une seule fois, mais cela peut presque devenir une dépendance. Certains prévoient leurs actes et d’autres agissent sans réfléchir. Les gens qui s’automutilent présentent une faible estime d’eux-mêmes. Ils peuvent également se sentir déprimés, avoir des problèmes personnels, une dépendance à l’alcool ou aux drogues, mais ne souffriront pas nécessairement d’un autre trouble de santé mentale. De plus, ceux qui ont subi des sévices physiques, émotionnels ou sexuels pendant leur enfance sont plus enclins à le faire.

 

Pourquoi s’automutiler ?

Les causes sont difficiles à déterminer et varient d’un individu à l’autre. Elles peuvent provenir de l’enfance ou d’un choc émotionnel intense (violence sexuelle, physique ou psychologique). Elles peuvent également être reliées à tous comportements nuisibles pour l’estime de soi, à une mauvaise image de soi-même, à des problèmes dans les relations amoureuses, familiales ou d’amitié, à des troubles de santé mentale, etc.

 

Habituellement provoquée par un déclencheur, un sentiment de rejet ou une douleur émotionnelle, cette pratique vise à surmonter une situation difficile. Il s’agit d’un mécanisme inadapté utilisé pour diminuer la détresse ressentie, une méthode de résolution de problème inefficace. La personne démontre une faible capacité d’adaptation et éprouve des difficultés à composer avec ses émotions ou bien elle n’a pas appris à le faire. Celle-ci est incapable d’exprimer ce qu’elle ressent. Elle peut prendre ce moyen pour communiquer sa colère, sa douleur, sa détresse, une souffrance intérieure insupportable ou encore pour vivre ses émotions plus intensément.

 

L’automutilation n’a pas pour objectif d’attirer l’attention. Elle permet de faire baisser une tension et de se sentir mieux. Ce soulagement immédiat à la douleur psychologique est une « solution » à court terme qui peut avoir de graves conséquences. Elle peut aussi être utilisée pour transposer la douleur psychique en douleur physique, ce qui peut la rendre plus tolérable et être une manière d’essayer de reprendre le contrôle sur soi, sur des choses que la personne a subies ou de se donner le sentiment de pouvoir contrôler cette douleur. Certains s’infligent des blessures pour se punir d’être de « mauvaises personnes », parce qu’ils se sentent coupables de quelque chose ou encore pour se sentir en vie et se rappeler qu’ils existent vraiment en ressentant la douleur ou en voyant leur sang.

 

Quoi faire quand notre proche s’automutile ?

Face à l’automutilation d’un proche, nous nous sentons impuissants et démunis. Nous pouvons cependant l’aider en reconnaissant ses efforts pour faire face au stress et en lui offrant notre écoute sans le juger ni le critiquer. Nous pouvons lui exprimer notre affection et lui parler de nos inquiétudes.

 

Rappelons qu’une personne qui s’automutile a du mal à exprimer ses états d’âme. Lorsque l’envie lui prend de se faire du mal, prenons le temps de l’écouter et de discuter avec elle. Essayons de comprendre ce qu’elle vit, de reconnaître et de valider ses émotions. Nous pouvons lui demander ce qu’elle attend de nous et comment nous pouvons l’aider. Nous pouvons aussi lui faire voir l’automutilation comme un problème à résoudre et non pas comme un secret honteux. Il faut aussi l’encourager à se distraire. Enfin, même en cas de rechute, il est important de valoriser ses efforts.

 

Parler d’automutilation n’incitera personne à le faire. Par contre, il est essentiel de se concentrer sur l’aide que nous pouvons apporter à notre proche pour l’aider à surmonter sa détresse plutôt que d’insister sur ses blessures. Mieux nous serons informés sur l’automutilation et sur les ressources qui existent, mieux nous serons préparés à l’aider. Évidemment, il ne faut pas hésiter à chercher du soutien pour nous-mêmes au besoin.

 

Quoi NE PAS faire quand notre proche s’automutile ?

En revanche, il faut éviter de réagir fortement ou de se mettre en colère. Blâmer la personne, la juger ou éveiller chez elle un sentiment de honte ou de culpabilité ne ferait que créer un fossé entre vous. Il ne faut pas l’obliger à montrer ses blessures, devenir surprotecteur, lui faire promettre de ne plus recommencer ou la menacer de ne plus la voir. Nous pouvons être tentés de faire disparaître tous les objets dangereux. Cependant, la priver de son exutoire pourrait faire augmenter chez elle l’angoisse et la panique.

 

La personne qui s’automutile devra faire des efforts pour changer ses comportements et vivra sûrement des rechutes. Elle aura besoin de temps et possiblement du soutien d’un proche ou d’un professionnel. Ainsi, il n’est pas réaliste de s’attendre à ce qu’elle s’arrête du jour au lendemain. Somme toute, il est inutile de se rendre responsable et de croire que nous pourrons la sauver. Bien évidemment, nous pouvons l’entourer, mais nous ne pouvons prendre la place d’un thérapeute.

 

Pour terminer, il est difficile de concevoir qu’une personne que nous aimons puisse volontairement se faire du mal. Cela peut nous faire vivre toutes sortes d’émotions. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à faire appel à des ressources pour nous soutenir dans la situation que nous vivons avec notre proche. Entre autres, l’ALPABEM peut offrir du soutien et de l’information afin de démystifier le sujet. Ainsi, il sera possible de mieux comprendre et d’offrir une aide plus adaptée par la suite.

 

Références:
[1] http://www.madmoizelle.com/automutilation-temoignage-psychologie-235114
[2] http://www.cmha.ca/fr/mental_health/les-jeunes-et-lautomutilation/#.WQsuwPk1-Uk
[3] http://www.rcpsych.ac.uk/mentalhealthinformation/languages/french/lautomutilation.aspx

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