L’anxiété chez les enfants

L’anxiété chez les enfants

L ’anxiété constitue la forme de détresse la plus répandue dans la population. Chez les jeunes de moins de 18 ans, 15 à 20 % d’entre eux présentent un trouble d’anxiété sérieux, ce qui en fait le diagnostic le plus répandu en pédopsychiatrie.

 

Anxiété « normale »

Le fait d’éprouver des émotions est un phénomène normal qui est vécu par tout le monde, peu importe l’âge. Ainsi, nous pouvons ressentir de la timidité, de la nervosité, de la joie, de la colère, de la peur, etc. L’anxiété fait partie du continuum des émotions et celui-ci constitue en quelque sorte un système d’alarme ayant pour objectif de nous protéger. L’anxiété peut se manifester en présence, mais aussi en l’absence d’élément(s) stressant(s). Dans certaines situations, elle peut rendre plus performant mais, à l’inverse, elle peut nuire lorsqu’elle devient trop envahissante.

 

Notons que la peur se distingue de l’anxiété. Cette première se manifeste instinctivement en présence d’un danger, par exemple, face à un ours. En contrepartie, l’anxiété est davantage associée à ce que l’anticipation de quelque chose peut nous faire vivre. Par exemple, nous pouvons craindre de faire mauvaise impression, de bafouiller ou d’être ridiculisés à l’idée de devoir s’exprimer devant un groupe.

 

Anxiété pathologique

Selon Caroline Berthiaume, psychologue à la Clinique d’intervention pour les troubles anxieux (CITA) de l’Hôpital Rivière-des-Prairies, un événement déclencheur est habituellement à l’origine du développement d’un trouble anxieux. Pour un enfant, il peut s’agir d’un déménagement, d’un changement d’école, de la séparation des parents, d’intimidation, etc. Ainsi, cet événement a pour effet de perturber son quotidien et celui-ci peut éprouver de la difficulté à utiliser les stratégies d’adaptation qui fonctionnaient avant.

 

Trois critères indiquent que l’anxiété devient pathologique et qu’il vaut mieux consulter : D’abord, si celle-ci provoque une détresse significative chez l’enfant. Ensuite, lorsqu’elle interfère avec son fonctionnement quotidien, c’est-à-dire qu’il éprouve de la difficulté à la contrôler, qu’elle devient de plus en plus excessive. Puis, quand la situation persiste dans le temps, au-delà de quatre à six semaines, sans démontrer de signes d’amélioration.

 

Trois composantes de l’anxiété

Celle-ci se manifeste toujours à travers trois composantes différentes : les sensations physiques, les pensées et les comportements.

 

1. Les sensations physiques

Sur le plan physique, nous pouvons trembler, transpirer, sentir notre pouls s’accélérer, etc. Decette manière, notre corps active notre système d’alarme pour être prêt à réagir rapidement en présence d’un danger. Il est donc important de porter attention à ce qui se passe dans notre corps afin de reconnaître ces signes d’alarme. Cependant, nous nous rappelons que l’anxiété se manifeste habituellement par l’anticipation de se retrouver devant une menace éventuelle plutôt que devant un réel danger. Par conséquent, s’il n’y a pas de réel danger, le code pour désamorcer le système d’alarme est la respiration. Il est également possible d’utiliser des techniques favorisant la relaxation musculaire, comme la méthode de Jacobson.

 

2. Les pensées

Les pensées peuvent prendre beaucoup de place lorsque l’anxiété est au rendez-vous. Habituellement, celles-ci sont plutôt négatives et stressantes. Elles peuvent représenter des scénarios catastrophes et prendre de grandes proportions, jusqu’à s’imaginer le pire et nous empêcher de fonctionner. Afin de reprendre le contrôle de ces pensées envahissantes, il faut d’abord identifier les peurs réelles qui les nourrissent. Ainsi, il sera possible de les mettre à l’épreuve et de les confronter à la réalité (Est-ce que ça se peut? Quelles sont les chances que ça m’arrive? Quel est le pire qui pourrait arriver? Qu’est-ce que je pourrais alors faire?). Le principe est d’arriver à remplacer ces pensées catastrophes par des idées aidantes et rassurantes et d’apprendre à rester dans le « ici et maintenant ».

 

Lorsque nous sommes en présence d’un enfant anxieux, nous pouvons avoir le réflexe de le rassurer, mais sachons que nos belles paroles ne l’apaiseront jamais assez. Il vaut mieux plutôt lui poser des questions, afin qu’il les enregistre et qu’il apprenne lui-même à se rassurer, à se raisonner et à contrôler ses pensées catastrophes.

 

3. Les comportements

L’anxiété peut dicter certains de nos comportements, comme l’évitement, l’agitation, les pulsions de colère ou les demandes pour être rassuré. Encore une fois, il est important de reconnaître les comportements que nous adoptons sous son emprise. Surtout, il faut éviter d’éviter! En fuyant nos peurs, l’anxiété diminue sur le moment. Cependant, à long terme, celle-ci augmente, puisque nous induisons comme message à notre cerveau que nous prenons la fuite parce qu’il y a un réel danger.

 

À l’opposé, quand nous affrontons nos peurs, sur le coup, les sensations peuvent être très fortes et même augmenter en intensité. Par contre, en apprenant à contrôler les sensations physiques, les pensées et les comportements que nous ressentons en présence de nos peurs, nous apprenons à désamorcer notre système d’alarme et, à long terme, l’anxiété diminue. L’affrontement de nos peurs doit se faire progressivement, une étape à la fois et dans certains cas, il peut être indiqué de se faire guider par un professionnel.

 

Quand je serai grand, je ne serai plus anxieux!

 

Reconnaître et accepter que son enfant souffre d’anxiété est probablement le point de départ pour pouvoir mieux l’aider et l’accompagner à surmonter cette difficulté. Ensuite, nous pouvons nous informer et nous outiller afin de savoir comment réagir et lui offrir une aide plus adaptée. Nous pouvons aussi lui apprendre à éviter d’éviter, puis le préparer et l’encourager à affronter les situations anxiogènes.

 

Bien souvent, des antécédents d’anxiété sont présents dans la famille. De plus, l’apprentissage social et l’apprentissage par imitation sont des facteurs qui peuvent influencer son développement. En effet, en tant que parents, nous représentons pour eux un modèle. Par exemple, les enfants apprennent à réguler leurs émotions et à gérer leur anxiété comme nous le faisons. Aussi, s’ils grandissent dans un climat de surprotection, nous leur apprenons à percevoir ce qui constitue une menace éventuelle comme un danger réel.

 

Pour terminer, lorsque l’anxiété agit comme un nuage sombre sur le quotidien de notre enfant, nous pouvons ressentir un sentiment d’impuissance. De mieux comprendre comment celle-ci agit et comment la surmonter nous permet bien évidemment d’être d’un meilleur soutien pour lui. Cependant, puisque « la pomme ne tombe jamais très loin de l’arbre! », si vous, comme votre enfant, souffrez d’anxiété, sachez qu’en développant vous-même des outils pour apprendre à mieux composer avec celle-ci, vous deviendrez un meilleur modèle pour lui. D’autant plus que, peu importe l’âge, les stratégies restent sensiblement les mêmes. Il suffit de les adapter!

 

Références :
http://hrdp.qc.ca/fr/medias/service.prt?svcid=HR_PAGE_GENERIQUE228&iddoc=343918
Conférence présentée par Léonie Lemire Théberge, M.P.s., ph.D., psychologue, Gestion de l’anxiété chez les jeunes TDAH, 12 janvier 2016, organisée par l’Association PANDA Basses-Laurentides SudOuest
Nadia Gagnier (2007), Maman j’ai peur, chéri je m’inquiète. L’anxiété chez les enfants, les adolescents et les adultes, Les Éditions La Presse. Nathalie Couture, M.A., psychologue &
Geneviève Marcotte, Ph.D., psychologue, Trucs de Super Héros pour calmer l’anxiété, Éditions Midi Trente.

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