Mon enfant volcan : vivre avec un proche impulsif, intense et instable

Mon enfant volcan : vivre avec un proche impulsif, intense et instable

Hiver 2008. Ma Belle grande de 14 ans ne va pas bien. Bien entendu, depuis qu’elle est toute petite, la vie n’est pas simple pour elle et donc pas facile pour sa mère non plus. Sa mère, c’est moi. Voici un récit d’un voyage difficile et malheureusement trop fréquent.

 

Le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réaliste ajuste ses voiles. (William Arthur Ward)

 

 

Ma fille est d’humeur difficile ?

Déjà, toute petite, ma Belle était une enfant différente : elle dormait en moyenne 4-5 heures par nuit, avait beaucoup de coliques, était d’humeur difficile et j’en passe. Mais c’était aussi une boule d’amour, de tendresse et les moments de pur ravissement qu’elle m’a fait vivre ont forgé la mère que je suis devenue. Oserais-je le dire publiquement : je l’aime d’un amour inconditionnel.

 

 

C’est toi la mère de la folle ?

Une petite rapide cette enfant. Déjà à 10 mois elle marchait. À 2 ans elle parlait ‘’comme une grande’’ et lorsqu’elle est arrivée à la maternelle, elle savait déjà lire. Elle avait tout simplement appris par elle-même. Par contre, au niveau des relations, j’avais une ‘’enfant volcan’’. Explosive, impulsive, différente et ne sachant pas comment faire pour être en phase avec les autres enfants de son âge.

 

 

Je vous saute quelques années, mais disons seulement que le parcours à l’école primaire a été demandant pour ma Belle, et que par choix, j’ai décidé de travailler à temps partiel afin d’être présente pour notre famille. Notons au passage que j’ai eu ce beau privilège parce que mon amoureux pouvait prendre soin de nous au niveau financier. Je dis privilège parce que cela n’est pas le lot de toutes…

 

La vie avançant, force fut de constater que ma Belle enfant était plus que différente. Je sais bien qu’un enfant n’arrive pas avec un mode d’emploi, mais là, franchement !!

 

 

Ma fille souffre-t-elle de TDAH ?

Dès l’âge de 7 ans le pédiatre parlait de TDAH. Prescription de Ritalin. P’tit train va loin, la famille prend en charge les complications quotidiennes et tente de naviguer dans la mer pas mal houleuse. Psychologue au privé, implication familiale et j’en passe. Tout simplement parce que le système a bien peu à offrir…

 

 

Ma fille souffre-t-elle du trouble de personnalité limite ?

Déjà 14 ans. Et là, ouf !! Les choses se corsent. Nous parlons maintenant d’automutilation, d’idées suicidaires, de colères intenses. Allez hop, tous à Albert-Prévost ! La pédopsychiatre nous parle maintenant de trouble de personnalité limite (TPL). Et bien entendu, on ajoute un antidépresseur et même plus. Mais on oublie de nous offrir des services pour nous soutenir. Allons, soyons positifs, nous pouvons supporter la Belle parce que mon conjoint travaille fort, parce que par le plus grand des hasards j’ai étudié en éducation spécialisée et que nous sommes résilients. Mais disons que le sentiment d’être un peu seuls au monde est assez intense. Euphémisme quand tu nous tiens…

 

 

Et le p’tit train avance encore. Nous en sommes à 16 ans. Repli sur soi. Aucune amie. Les relations sociales sont arides. La Belle se retire. La fin de la scolarité du secondaire est un parcours du combattant. Une seule phrase : merci aux intervenants de l’école Vanguard d’avoir pris le temps d’entendre les besoins. Et chapeau aux intervenants qui n’étaient pas outillés pour gérer ce type de difficultés, mais qui ont compris que pour ma Belle, c’était Vanguard ou pas de scolarisation du tout !

 

 

Ma fille souffre-t-elle de du TOC ?

Et j’ose mentionner : toujours pas de soutien du réseau !! Après une autre rencontre avec la pédopsychiatre, on ajoute des hypothèses (TOC et Agoraphobie) et bien sûr, on augmente la médication !! Sky is the limit !

 

 

La vie avance toujours. Nous en sommes à 19 ans. Fin de la scolarité possible en enseignement régulier. À force de persévérance, de psychologues privés et de soutien familial, la Belle termine son secondaire 5 ! Oserais-je vous dire que je pleurais comme une maman italienne lors de la remise du diplôme !?

 

 

Ma fille souffre-t-elle d’anxiété et d’un trouble schizoïde ?

Mais pour la suite ? Nous revoyons un psychiatre du réseau. Rencontre de 25 minutes. Résultat ?

 

Je résume afin que vous ne soyez pas trop mélangé : La Belle, 19 ans. On maintient les hypothèses de TDAH, TPL, TOC, Anxiété et on ajoute même une possibilité de troubles schizoïdes ! Why not peanut !

 

Mais là, franchement c’est trop pour la mère que je suis. Déjà, dans ce difficile parcours, j’ai mentionné à plusieurs reprises que je ne reconnaissais pas ma fille dans ces hypothèses. Résultante : une p’tite tape sur l’épaule doublée d’un : ‘’ Vous savez madame, il n’est pas facile d’accepter que son enfant vive avec des problèmes en santé mentale. Nous pouvons vous offrir 10 rencontres au CLSC pour vous aider à passer ce cap’’ Sans être trop vulgaire… tu sais ce que j’en pense de tes rencontres ??!!

 

Eh !! ce n’est pas que je n’accepte pas la chose, c’est juste que je la remets en question. Mais bon, nous les mères avons une lecture biaisée. Que voulez-vous…

 

Durant toutes ces années, nous avons cherché avec humilité et espoir à mieux comprendre la Belle. Nous avons collaboré, rencontré 4 psychiatres du réseau, payé des psychologues au privé et assumé plus que notre part dans tout cela.

 

Le résultat : des tonnes d’hypothèses, une médication en augmentation constante et ZÉRO service pour nous soutenir. Et surtout, peu ou pas d’écoute. Que voulez-vous, pas le temps. Et comprenez bien. Chaque individu dans ce réseau veut le mieux, veut prendre le temps d’aider. Mais la machine avale l’humain, le broie et il ne reste plus beaucoup plus que des ‘’ J’aimerais bien, mais malheureusement…’’

 

 

Enfin des réponses à nos questions, une équipe pour accueillir notre détresse !

Ah, mais j’oubliais… il y a eu l’ALPABEM. Depuis maintenant 6 ans, nous avons trouvé réconfort, soutien, intelligence, compréhension et surtout un RÉEL intérêt de nous outiller pour prendre soin de la Belle. Pour la 1ère fois, quelqu’un écoutait réellement et essayait de comprendre. Et cela, c’est précieux pour nous aider à continuer à nous battre pour nos enfants, nos parents, nos amies, nos collègues…

 

Après plus de 6 années à naviguer dans les méandres du système de santé, nous avons ENFIN accosté sur l’île des possibilités…

 

 

Ma fille souffre du syndrome d’asperger !

Mais vous savez quoi ? Depuis le 25 avril 2014, les choses vont mieux. Nous avons enfin rencontré sur notre parcours des gens qui ont pris le temps d’essayer de comprendre. Au privé bien entendu. Parce que le public était lui-même malade…

 

Le résultat : La belle a reçu un diagnostic D’ASPERGER!! Vous savez, ce truc au niveau de l’autisme ?

 

Et demain ? Je ne sais pas encore.

 

Mais je sais une chose. Si le réseau de la santé avait écouté un peu plus notre famille, nous aurions gagné de précieuses années.

 

Mais le réseau est malade, le système est souffrant…

 

Docteur, avez-vous un remède ??

 

Moi, mère de la Belle

Par Sylvie Piché, mère d’une jeune fille avec un problème de santé mentale.

 

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7 thoughts on “Mon enfant volcan : vivre avec un proche impulsif, intense et instable

  1. Karine - 22 octobre 2015 dans 22 h 46 min

    Bonjour, je suis tout bonnement tombé sur votre article en cherchant de l’aide pour moi et mes deux garçons. Je me suis tellement reconnue dans vos mots. J’en avais les larmes aux yeux. Voyez-vous, je vie présentement une situation très semblable à cela avec mon plus jeune. Il viens tout juste d’avoir 7 ans et déja, il a des comportements très instable et ce depuis l’age de 2 ans environ. Depuis cet age que je cherche du soutien et un moyen pour le faire évaluer en pédopsychiatrie, mais toujours la meme réponse, il est trop jeune, nous on remarque rien. Il a malheureusement fallu qu’il décompense complètement (autant à la maison qu’a l’école) et que je demande un placement car toute la famille était à bout de souffre. (j’oubliais, mon plus vieux a un diagnostique de tdah avec opposition et provocation, et moi, je suis dépressive chronique.) Depuis ce temps, qui est très récent, moins d’un mois, ça bouge un peu, mais pas encore assez. On parlait d’abord d’un placement de 1 mois, on vient dans rajouter trois autres. Mon coeur de maman est démoli. toujours pas de visite en pédopsychiatrie de prévu. Pour rajouter a tout ça, nous éprouvons des problèmes financiers, donc, impossible pour nous de consulter au privé. Parfois, je lâcherais prise. J’ai tellement l’impression d’être seule même si mon conjoint me soutien. Mais, je l’aime tellement mon « petit trésor ». J’ai toujours su qu’il était différent. Mon coeur de maman le ressens. On parle de plus en plus de SGT. Peu importe le diagnostique qui tombera, je l’aimerai toujours autant, malgré tous les jugements et les commentaires que je peux entendre. C’est mon petit homme « spécial » à moi et jamais je ne le laisserai tomber. Je pourrais continué pendant des heures, mais juste d’avoir lu cet article et d’avoir vu que je n’était pas seule dans mon combat m’a fait du bien. Merci de me donner la force pour continuer à me battre pour mon trésor et ma famille en entier. Karine

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  2. Mélanie - 18 mai 2016 dans 23 h 07 min

    Bonjour,
    Allez faire un tour sur le blog  » les tribulations d’un petit zèbre » (tenu par une maman arperger et thpi) , en plus d’être asperger votre fille pourrait être hpi ou thpi !!!

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  3. Carnac - 5 octobre 2016 dans 15 h 29 min

    Bonjour. .combien il est difficile de vous lire…ce système qui nous aide ene rien ..Mon impuissance à aidé ma fille Léa et aucune explication de la part du psychiatre. .
    Mon chemin est similaire au votre ..Ma fille Léa naît avec des problèmes gastriques. ..des petites nuits jusqu’à 6 ans avec des terreurs nocturnes…
    Problèmes relationnels de son enfance et toujours aujourd’hui à l âge de 15 ans …de grandes crises de colère avec insultes ..
    j ai demandé de l aide avec un éducateur. .je ne en pouvais plus sachant qu elle a 2 soeurs et que toute la famille est impactée malgré elle. .
    Aujourd’hui elle est placée en famille d accueil …cela ne résoudre rien mais je peux enfin baisser ma garde et ne plus être en vigilance 24h/24h…je ne sais pas où je vais ..l avenir est incertain. .la famille peut respirer un peu …
    je suis passée par bien des stades honte..incompréhension. . colère. le risque du desamour ..désespoir …Aujourd’hui je lâche prise ..je veille à maintenir mon lien avec Léa. ..je vis au présent. .je prends le bon …je suis toujours dans l impuissance …je sais depuis qu elle est née qu elle est en souffrance mais je ne peux rien pour elle à part être là. ..Combien c est douloureusement triste de voir souffrir mon enfant. ..je suis témoin de sa souffrance. ..c est inhumain de laisser souffrir des enfants. ..ils ne comprennent pas eux mêmes ce qu ils vivent mais ils subissent leurs propres souffrances. ..
    Mon témoignage aidera personne mais c’est la première fois que je le partage à des inconnus qui me semblent si proches…

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    • Patrice Machabée - 5 octobre 2016 dans 15 h 41 min

      Merci pour votre partage et bravo pour votre courage, votre témoignage touchera assurément d’autres parents qui vivent la même situation que vous (PM)

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  4. Nathalie - 27 octobre 2016 dans 18 h 15 min

    Bonjour!

    Je viens de lire votre article et j’y ai complètement retrouvé mon fils aîné qui a maintenant 9 ans.
    Nous avons eu plus de chance que vous car à 5 ans, il a été diagnostiqué « enfant à haut potentiel » et a pu être tout de suite pris en charge. Une psychologue l’aide à mieux gérer ses émotions et une logopède spécialisée dans ce domaine lui a appris comment il fonctionne et l’accompagne dans les gestes de la vie quotidienne.
    Je suis tellement triste de lire encore combien les professionnels sont mal informés et posent des diagnostics erronés qui peuvent avoir un impact désastreux sur l’enfant. Les choses bougent mais il faudra encore du temps pour que les enfants surdoués ne soient plus pris pour des sociopathes suicidaires…
    Je vous souhaite le meilleur.
    Nathalie, Belgique.

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  5. Denise LHeureux - 1 février 2018 dans 15 h 37 min

    Tout d abord mille merci Sylvie Piché pour votre témoignage, votre courage , votre persévérance et votre amour inconditionnel. S il y avait plus de gens comme vous je suis certaine qu il y aurait moins de malade. Mon conjoint est atteint d un trouble ( TPL avec anxiété et difficulté d être en contact avec beaucoup de gens). J ai suivi la formation de 3 mois sur le TPL trouble de personnalité limite avec vous et j en suis ressorti avec des outils qui m ont fait avancé dans une guérison sur plusieurs années. Je vous informe que mon conjoint à fait une thérapie que l on appelle guérison psycho- spirituel ( le pardon) avec le Pellerin pendant plus de 3 ans sans compté toutes les thérapies avec psychologue qui ne font que brasser avec un marteau piqueur la souffrance sans rien réglé. Je vous dit que mon conjoint à fait un sacré bon bout de chemin, il vit beaucoup mieux avec ses fragilités. Nous, ses enfants et moi- même n avons pas tombé dans le piège de la maladie et l avons traité comme un homme fragilisé mais en offrant un amour inconditionnel à celui qu on aime. Il est âgé de 55 ans aujourd’hui. Nous sommes toujours une famille bien unis même si les défis sont grands à surmonter par moment. Lâchez pas il y a toujours de l espoir la ou l on y crois vraiment. Au plaisir

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  6. Catheline Delisle - 16 octobre 2019 dans 22 h 46 min

    Bonjour à vous,

    Je suis aussi tombée sur votre article qui m’a fait du bien…Mon fils a onze ans et il a reçu plusieurs diagnostique (en plus de l’anorexie mentale à 10 ans), mais rien qui n’aide concrètement la situation. J’aimerais bien que le centre qui vous a aidés soit à Québec…j’ai quand même eu de l’aide au public mais les difficultés demeurent…pas de vraies améliorations…J’aimerai tellement faire partie d’un groupe de parents vivant les mêmes difficultés et réalités que nous…Car j’ai eu très peu de soutien de la famille; elle ne comprend rien du tout et j’ai décidé d’arrêter d’en parler…peu d’écoute et d’aide de ce côté-là…Connaissez-vous vous d’autres organismes pour parents à Québec? 😊

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