L’intervention familiale

L’intervention familiale


L’entretien familial
est une occasion de permettre à tous de s’exprimer entre eux. Cette discussion permet de clarifier certains problèmes et d’élucider des non-dits entre les proches. Les membres de la famille peuvent mettre cartes sur table et tous ont le droit de parole. Ces rencontres peuvent également favoriser la croissance personnelle et apaiser les tensions dans la famille.

 

L’entretien familial aide à comprendre le fonctionnement de la famille et prendre conscience de la souplesse existante à la maison. Il peut également être une occasion d’explorer les difficultés que rencontre chaque membre de la famille. Cette exploration peut avoir un effet préventif sur d’éventuels conflits.

 

En intervention, la présence de tous les membres de la famille évite que l’on mette la faute sur une seule personne et, par le fait même, favorise la collaboration lorsqu’il y a des conflits à résoudre. Bref, l’intervenant est au préalable un intermédiaire qui encourage la communication entre les membres de la famille, ce qui favorise ensuite l’entraide mutuelle. Cette entraide encourage la famille à se responsabiliser. En trouvant elle-même les moyens pour réduire les symptômes du problème,la famille se mobilisera pour trouver les ressources nécessaires qui lui conviennent pour l’accompagner dans ses démarches.

 

Déroulement de l’entretien familiale

L’Accueil

Le déroulement de l’entretien commence par l’accueil. Comme il en a été fait mention plus haut, il est important de créer un lien de confiance avant de commencer l’intervention avec la famille. L’accueil consiste à expliquer à la famille le déroulement des rencontres et le but visé par l’intervenant. Il est normal au début d’avoir certaines craintes et d’appréhender ce qui se passera au cours de ces rencontres, c’est pourquoi il peut être rassurant de connaître ces détails à l’avance. En effet, l’intervention ne commence pas nécessairement lors de la première visite de l’intervenant, car celui-ci doit d’abord s’adapter à la famille et attendre que le stress diminue avant de commencer une intervention. Une bonne façon positive de débuter consiste à demander à chacun ce qu’il apprécie dans la famille. Ensuite, l’intervenant peut observer comment les membres de la famille interagissent entre eux. Il pourra observer s’il existe des tensions entre certaines personnes et tenter de les atténuer.

 

Identifier les tensions

Bien sûr, si un conflit existe au sein de la famille, il peut être difficile pour l’intervenant de le résoudre. Pour faciliter son observation, l’intervenant peut proposer une activité collective et ainsi assister aux échanges entre eux. En fait, il, est bien important pour l’intervenant de mettre à profit tous les membres de la famille et de les observer dans leur milieu de vie. Par la suite, l’intervenant peut recueillir les perceptions de chacun lors de leurs échanges.

 

Explorer les émotions

Enfin, l’intervenant peut commencer à explorer les émotions vécues par chaque membre de la famille. Cette étape n’est pas à négliger, car cela donne une bonne idée de la perception de chacun sur le fonctionnement de la famille. Explorer les émotions permet de savoir si chaque personne a un sentiment de bien-être dans ses relations avec les autres membres de la famille.

 

Rôle de l’intervenant dans l’intervention familiale

Encadrement des rencontres

L’intervenant a également la chance de cerner la complexité du système familial, par exemple les règles, le rôle de chacun et les contraintes existantes qui empêchent l’harmonie. L’intervenant analyse les symptômes du ou des problèmes de l’environnement familial et guide la famille dans la résolution des problèmes. Par exemple, si l’entourage d’une personne atteinte d’un problème de santé mentale vit beaucoup de conflits et que cela entraîne énormément de tension, l’intervenant travaille sur la tension entre les membres et non sur la personne atteinte.

 

Créer un lien de confiance

En intervention familiale, il n’y a pas de recherche de coupable. Donc, l’intervenant ne recherche pas un membre de la famille qui serait la cause de tous les problèmes à la maison. Il perçoit plutôt la problématique comme un problème familial où chacun doit participer à la résolution du ou des problèmes. Cela signifie que tous doivent communiquer leurs perceptions, leurs émotions et être à l’écoute des autres. Il ne s’agit pas de mettre en doute les compétences de la famille. L’intervenant est conscient que ces rencontres peuvent provoquer de la culpabilité chez certains membres de la famille, c’est pourquoi il est important de créer un lien de confiance pour permettre la continuité de l’intervention.

 

Rester disponible

L’intervenant doit se montrer disponible et flexible, car un suivi familial est complexe et demande beaucoup d’énergie. Il doit également veiller à souligner les efforts de la famille afin d’améliorer leurs relations réciproques.. L’intervenant doit signaler à la famille les outils et ressources qu’elle possède déjà, car celle-ci devra se mobiliser pour régler ses conflits malgré l’absence de l’intervenant. Il peut être utile d’effectuer un retour dans le passé afin de savoir comment se sont réglés les anciens conflits. Cela peut aider la famille à trouver des moyens pour prévenir d’éventuelles sources de problèmes.

 

Rester impartial

Il peut être également intéressant de discuter des attentes et des besoins de tous. L’intervenant doit être empathique avec chaque membre de la famille et ne doit pas avoir de parti pris. Il peut arriver qu’au départ une famille soit divisée par des coalitions entre ses membres.. L’intervenant doit être impartial et rappeler aux membres de la famille que leur but commun doit être d’avoir une meilleure relation. Enfin, l’intervenant a un rôle de mobilisateur, il rappelle les forces de chacun et leur donne espoir afin de s’assurer de la continuité de leurs démarches.

 

Entretien familial dans un contexte de crise

L’entretien familial peut être particulièrement bénéfique en contexte de crise. Il n’est toutefois pas nécessaire que la famille soit aux prises avec des problèmes pour faire appel à un intervenant. Même si les membres de la famille ne perçoivent pas de difficultés relationnelles entre eux, la présence d’un intervenant peut avoir un effet préventif et favoriser un échange sur la procédure à suivre en cas de conflit. Si la famille est déjà en crise, il n’est pas trop tard pour agir. La crise est un déséquilibre psychologique qui peut être vécu pendant une courte période. Celle-ci précédée d’une « pré-crise » et suivie d’une « après-crise ». Bien que la crise elle-même soit de courte durée, la pré-crise peut durer bien plus longtemps.

 

La fatigue psychologique empêche la crise de s’étendre sur une longue période. Le corps humain doit prendre une période de repos et la personne va également trouver les moyens de réorganiser sa vie. La crise est souvent causée par un sentiment de perte de contrôle face à un problème qui entraîne énormément de stress. Une personne qui vit une crise isolée peut être très vulnérable et l’implication de son entourage peut faire une grande différence en ce qui concerne son rétablissement. La crise est un synonyme de danger, mais également une occasion d’actualisation de soi. Le fait de surmonter la crise peut être valorisant pour la personne atteinte et celle-ci peut alors développer des mécanismes afin d’éviter que la situation ne se reproduise.

 

L’intervention familiale en situation de crise commence souvent par une rencontre individuelle avec la personne concernée. Bien sûr, cette personne doit donner son accord pour que la famille participe à la résolution du problème.. Si le patient donne son accord, une rencontre est organisée avec toute la famille.. Au fil du temps,, il se peut que certaines rencontres impliquent seulement quelques membres de la famille qui sont davantage en interaction avec la personne en crise. Ces personnes auront alors plus d’impact sur le rétablissement de la personne sans pour autant exclure les autres membres de la famille qui désirent s’impliquer. Lors des interventions familiales, l’intervenant aide les membres de la famille à expliquer les sentiments enfouis qui peuvent causer des situations conflictuelles. Cette interaction est bénéfique afin de clarifier des situations passées qui pourraient avoir un impact sur la crise actuelle. L’intervenant peut alors, s’il y a lieu, questionner la famille sur ses mécanismes de résolution de crises antérieures.

 

Il y a plusieurs avantages à intégrer la famille en période de crise. En outre, cette occasion peut souder la famille et la personne atteinte et créer de nouveaux liens. L’implication de la famille peut être rassurante pour toutes les parties, puisque celle-ci devient plus apte à intervenir si la situation se reproduit. Le soutien de l’intervenant peut alors favoriser la consolidation du réseau d’entraide autour de la famille. L’intervention en situation de crise peut être le moment idéal pour partager les émotions de chacun et s’ouvrir aux autres. Le sentiment d’urgence ressenti lors d’une crise augmente la motivation de la famille.. Cette motivation se traduit par une forte cohésion de la famille et un désir de changer. C’est à ce moment que l’intervenant invite la famille à agir afin d’aider la personne en crise à retrouver son équilibre.

 

Intervention en contexte d’autorité

Il se peut qu’une famille soit accompagnée par un intervenant dans un contexte d’autorité. Pour commencer, il y a trois types de contexte d’autorité.

 

Autorité sociale

Le premier est l’autorité sociale où l’intervenant tente de persuader la famille de modifier un comportement, une croyance ou une situation. Cette forme d’autorité varie selon la personne. Certaines caractéristiques seront prises en compte comme l’âge, le statut social, la religion, etc. Par exemple, l’intervention doit se faire avec discernement lorsqu’il s’agit d’une famille immigrante qui ne possède aucune connaissance sur le sujet de la santé mentale. L’intervenant présente d’abord les ressources disponibles pour soutenir les proches et la personne atteinte. Au contraire,, l’intervention peut s’effectuer plus rapidement avec des gens qui ont de l’expérience en tant qu’éducateurs spécialisés ou dans un autre domaine social. Bien que l’autorité s’exerce en tenant compte des particularités de chaque personne, ce premier type de contexte aura pour but légitime de persuader la famille d’effectuer le changement approprié.

 

Autorité sous mandat

Le second type d’autorité est celui qui s’exerce sous mandat. L’intervenant a alors un pouvoir de décision selon le mandat de son organisation affiliée. Il effectue une évaluation de la personne atteinte et de son environnement. Par exemple, les intervenants sociaux des CSSS qui offrent des suivis à domicile sont des intervenants mandatés. Ils ont un mandat bien précis à accomplir, c’est-à-dire voir au bon déroulement des démarches de la famille avec la personne atteinte.

 

Autorité sous mandat et pouvoir de contrainte

Le troisième et dernier type d’autorité s’exerce sous mandat avec pouvoir de contrainte . En plus des deux types d’autorité précédents, ces personnes agissent dans le cadre d’une loi. Par exemple, si vous devez recourir à des intervenants sous le couvert de la loi de la protection de la personne en danger pour elle-même ou pour autrui (P-38), le policier qui intervient est mandaté et a le pouvoir de contraindre la personne à le suivre à l’hôpital. Cette autorité ne s’exerce pas dans le but de nuire à la famille, mais plutôt pour obtenir une collaboration entre l’intervenant, la famille et la personne atteinte.

 

L’autorité s’exerce selon quatre méthodes : la persuasion, la confrontation, la méthode orientée vers l’obéissance et la coercition. Il y a bien des manières de persuader une personne, mais ce qui importe c’est de ne pas laisser à la personne le choix entre l’action et l’inaction afin d’éviter qu’elle ne se rétracte. Afin de persuader la personne, il peut être bénéfique de lui expliquer le problème et de mettre en lumière le but commun de la famille et de l’intervenant.

 

En outre, l’intervenant doit ajuster ses attentes et viser un changement progressif afin qu’il soit durable. Mettre en lumière les bons coups de la famille permet d’entretenir un climat satisfaisant. Certaines personnes perçoivent la confrontation comme un manque de respect. Cependant, il existe plusieurs formes de confrontation et celle-ci peut être bénéfique et entraîner un changement de comportement ou de perception. La confrontation consiste à signaler une contradiction entre les valeurs, les croyances, les désirs, les comportements, etc. Il est important pour l’intervenant de bien expliquer son observation à l’aide d’exemples afin que la personne ne perçoive pas cette confrontation comme un jugement.

 

Il se peut que la famille ait de la difficulté à accepter les propos de l’intervenant, mais cela peut avoir pour effet d’alimenter la motivation de la famille. Ensuite, la méthode orientée vers l’obéissance précède la contrainte. L’intervenant est alors de plus en plus autoritaire et tente de diriger la famille vers un cadre précis. La coercition est synonyme de contrainte et à ce moment-ci l’intervenant n’est plus qu’une figure d’autorité. Donc, la personne concernée dans l’intervention aura moins de possibilités d’action et il lui sera imposé une façon d’agir. Il est toutefois préférable de communiquer avec la famille et la personne atteinte avant d’en venir à la contrainte afin de préserver autant que possible un lien de confiance.

 

En plus de vouloir maintenir l’harmonie entre la personne atteinte et son entourage, l’intervenant tente également de sensibiliser la communauté à cette problématique. Il accorde une grande importance à l’alliance thérapeutique, c’est-à-dire, qu’il tente de réactiver les liens entre la personne atteinte, sa famille et lui-même. En effet, l’intervention prend en considération le besoin manifesté par la personne atteinte et sa famille.

 

L’intervention peut s’effectuer avec des familles qui ne désirent pas coopérer, mais le plus souvent la famille collabore, puisque tous désirent l’harmonie entre chaque membre de la famille incluant la personne atteinte. Cette personne pourra sembler être davantage supportée par l’intervenant, mais c’est tout simplement qu’elle est plus vulnérable. Si la famille sent le besoin d’être accompagnée, il existe aussi des associations de familles qui offrent également du soutien et de l’accompagnement aux proches.

 

Par Stéphanie Avoine, Stagiaire-Cégep du Vieux Montréal

One thought on “L’intervention familiale

  1. Avatar
    Julie Tremblay - 22 octobre 2015 at 22 h 29 min

    Ce texte est très bien écrit et il apporte les éléments à considérer, mais j’aurais aimé que vous donniez des exemples concrets.

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