Tolérer l’incertitude

Tolérer l’incertitude

De façon générale, l’être humain déteste toute forme d’incertitude. En effet, l’humain désire tout savoir sur tout, mettre un mot, une idée, une solution sur une situation ou un concept. La nature de l’humain l’amène à vouloir apposer une étiquette, puisqu’elle se veut rassurante, fournissant souvent une procédure, une façon de faire. Et si seulement on savait tout… qu’est-ce que ça changerait?

Qu’est-ce que l’incertitude?

Selon le Larousse, c’est l’« état plus ou moins préoccupant de quelqu’un qui est dans l’attente d’une chose incertaine ». En d’autres mots, c’est un sentiment lié à une chose qui est imprévisible, sur lequel nous avons peu de contrôle. L’incertitude nous amène dans un état d’attente, d’observation, plutôt que dans un état d’action. Un état qui, pour plusieurs, rime avec inaction, renonciation et abandon. Ceci est à l’opposé du lâcher prise, de l’accueil et de l’acceptation de ce qui est et de ce qui sera.

Intolérant à l’incertitude

Que nous fait ressentir le fait de ne pas savoir?  Si vos émotions pointent davantage vers la peur et l’appréhension, il est possible que vous soyez intolérant à l’incertitudeIl est essentiel de s’arrêter afin de réfléchir à ce l’incertitude nous fait ressentir. De la peur, du stress, de l’inquiétude, du calme, de la sérénité? Face à l’incertitude, certaines personnes, habituées à appréhender le pire ou à être déçues, ont tendance à voir le verre à moitié vide et à s’inquiéter. Cette attitude teinte-t-elle la perception de la situation? Oui, puisqu’une situation peut autant se détériorer que s’améliorer.

Intolérant ou inquiet?

À vrai dire, l’intolérance à l’incertitude et l’inquiétude sont liées. Toute personne peut ressentir des inquiétudes face aux différentes sphères de sa vie. Être inquiet n’est pas nuisible, bien que quelquefois dérangeant. Selon le Laboratoire des troubles anxieux de l’Université Concordia, une personne s’inquiétant facilement, ou excessivement, rumine des questionnements conditionnels du style « et si…? », l’amenant à entrevoir plus aisément les aspects négatifs d’une situation…en d’autres mots, à s’inquiéter ! Alors, un cercle vicieux s’installe. Plus une personne est intolérante à l’incertitude, plus elle se pose des questions conditionnelles, plus elle surestime les conséquences négatives, ce qui ouvre la porte à l’inquiétude… et ça recommence!

La différence illustrée

Illustrons la différence entre une personne intolérante à l’incertitude et une qui la tolère. Une femme à la retraite a un fils de 27 ans qui souffre de schizophrénie. Il a peu de contacts sociaux, vit de façon autonome depuis 3 ans, bien que selon sa mère, il ne mette pas assez d’efforts dans l’entretien et le ménage. Le fils n’a pas donné de nouvelles depuis près de 2 semaines, alors que normalement, ils se parlent chaque semaine.

A – Une personne qui tolère l’incertitude

La mère qui tolère l’incertitude tente de le rejoindre par téléphone et se demande s’il se porte bien malgré son silence des dernières semaines. Elle se dit qu’il est probablement occupé ailleurs. Elle arrive à être fonctionnelle et à vivre son quotidien malgré ses inquiétudes passagères.

B- Une personne qui NE tolère PAS l’incertitude

La mère qui ne tolère pas l’incertitude tente de l’appeler à plusieurs reprises Elle lui envoie des textos et lui écrit sur Facebook. Elle se demande s’il lui est arrivé quelque chose de grave, s’il est en psychose et si elle devrait alerter le psychiatre de son fils. Ayant de la difficulté à dormir, elle se rend à l’appartement de son fils pour être certaine qu’il ne lui est rien arrivé. Entre temps, elle demande des nouvelles à son seul ami et à sa fille. Elle néglige son alimentation et est à fleur de peau. Elle justifie ses démarches par le fait qu’elle est à la retraite et qu’elle en a le temps. Elle tente de soulager ses peurs en sollicitant les conseils de son mari et en vérifiant à quelle fréquence son fils se connecte sur les réseaux sociaux.

Reconnaître nos réactions face à l’incertitude

Vos réactions ressemblent-elles davantage à l’exemple A ou B? Toute personne réagit différemment à une situation et dans cet exemple, la mère A tolère mieux l’incertitude de la situation, sans la dramatiser. De l’autre côté, la mère B tolère mal l’incertitude, au point où elle imagine les pires scénarios, présente des symptômes d’anxiété et cherche à se faire rassurer de différentes façons.

Il est aussi possible que face à d’autres situations comme vos finances, vos émotions, vos proches, votre santé, vos amitiés, etc., votre tolérance à l’incertitude soit différente. Vous tolérez peut-être une douleur physique, alors que de ne pas recevoir de tendresse de la part de votre conjoint vous amène à imaginer les pires scénarios.

Apprendre à tolérer l’incertitude

Toujours selon le Laboratoire des troubles anxieux de l’Université Concordia, l’importance est d’apprendre à tolérer l’incertitude, plutôt que de chercher à se (ou se faire) rassurer. En ne tolérant pas l’incertitude, le désir d’être rassuré devient nécessaire et si la réassurance n’est pas possible, les inquiétudes augmentent. En contrepartie, augmenter sa tolérance à l’incertitude aide à diminuer les inquiétudes.

L’impuissance de l’incertitude

Vous vous entendez parfois dire : « Ça serait rassurant, je pourrais m’enligner adéquatement » ? La peur de ne pas agir adéquatement est un frein à la tolérance de l’incertitude. Et si cette intolérance à l’incertitude, cette incapacité à accepter sans vouloir connaître ce que le futur nous réserve, est une façon de gérer l’impuissance? Normalement, elle resurgit lorsque nous ne savons pas comment agir, ou que nous sentons que nos actions ne sont pas aidantes ou que les résultats ne correspondent pas à nos attentes. Il faut apprendre à se préparer au pire, mais sans penser que le pire se produira nécessairement.

Tolérer ou négliger?

Il peut être facile de confondre ces deux actions, mais il faut savoir que la négligence n’apparaît pas lorsque l’on devient tolérant. L’augmentation de la tolérance à l’incertitude correspond à une attitude de responsabilisation ; par exemple, plutôt que de s’approprier les inquiétudes, réelles ou non, de notre proche, nous le laissons gérer ses choix et ses décisions. Même si ce n’est pas facile, il faut apprendre à tolérer l’incertitude et laisser l’autre se gérer seul et à sa façon.

Apprendre à tolérer l’incertitude

Si vous avez envie de travailler votre tolérance à l’incertitude, je vous conseille de télécharger le document du Laboratoire des troubles anxieux de l’Université Concordia, qui présente des exercices forts intéressants pour apprendre à le faire. Et alors? Êtes-vous prêt à tester votre tolérance à l’incertitude?

Références

  1. www.larousse.fr
  2. Laboratoire des troubles anxieux de l’Université Concordia. S.D. L’intolérance à l’incertitude et le trouble d’anxiété généralisée.

Article rédigé par Stéfanny Trudeau

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