Pour dénoncer le mythe de la violence

Pour dénoncer le mythe de la violence

Les chances que vous mouriez des suites d’une attaque de la part d’un étranger souffrant de schizophrénie sont d’une sur dix millions… le même risque en fait que celui de mourir frappé par un éclair! Malgré cela, dans les médias, 70 % des reportages impliquant des personnes souffrant de maladie mentale les montrent en train de commettre des actes violents.

« Les préjugés d’un grand nombre de personnes trouvent leur origine dans des films où l’on retrouve des monstres terribles et violents »

dit Klonowski qui agit comme conseiller auprès de personnes qui sont comme lui atteintes de schizophrénie. Il ajoute que les gens croient que juste parce que vous avez été hospitalisé, vous devez être violent. Cette perception ne repose d’aucune façon sur la réalité.

Le mythe est de plus en plus fort

Les expériences de Klonowski confrontées au mythe de la violence sont loin d’être uniques. Les personnes souffrant de schizophrénie font face à un public qui croit qu’elles sont potentiellement violentes. Selon un sondage réalisé aux États-Unis en 1996, 61 % des adultes croient qu’une personne souffrant de schizophrénie est « vraisemblablement » (48 %) ou « très vraisemblablement » (13 %) susceptible de faire usage de violence envers les autres. Les résultats sont semblables au Canada où une étude faite en 1998 révèle que quatre répondants sur cinq pensent que les personnes étiquetées comme malades mentales sont dangereuses et violentes.

Les médias perpétuent le mythe de la violence

Selon l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), la plupart des croyances qu’entretient le public en général au sujet de la schizophrénie proviennent des descriptions de la maladie présentées dans les films et à la télévision. L’ACSM, division de l’Ontario, affirme que 70 % des personnages atteints de maladie mentale que l’on peut voir à la télévision sont décrits comme violents et dangereux.

« Ces portraits déforment la perception du public et renforcent les idées fausses sur la maladie mentale »

dit l’ACSM dans un feuillet d’information. Il existe des exemples bien connus de personnages fictifs atteints de schizophrénie qui commettent des crimes violents tout aussi fictifs.

La vérité est surprenante

Tandis que les médias décrivent souvent les personnes souffrant de schizophrénie comme violentes et susceptibles à tout moment de donner un coup de poing à n’importe quelle personne se trouvant près d’elles, la vérité est très différente.

« La plupart des individus souffrant de schizophrénie ne sont pas violents; plus précisément, ils sont timides, retirés et préfèrent qu’on les laisse seuls »

dit Melissa K. Spearing de l’Institut national pour la santé mentale.

À la demande de Santé Canada, une vaste recherche menée en 1996, par le Dr Julio Arboleda-Flores, un chercheur de Calgary, a analysé les études réalisées par des milliers de chercheurs au cours d’une trentaine d’années. Sous le titre de
« Les maladies mentales et la violence : une preuve ou un stéréotype? », le rapport de cette recherche a dissipé plusieurs des mythes reliant la maladie mentale et la violence.

« Une analyse critique de toutes les études qui ont été réalisées à ce jour révèle qu’il n’existe aucune preuve scientifique permettant d’affirmer que la maladie mentale cause la violence chez les personnes qui en sont atteintes »

ont écrit les auteurs.

L’étude a fait ressortir que les plus grands risques de violence et de comportements criminels chez un individu sont reliés à un passé de violence et de criminalité – sans distinction entre les personnes souffrant de schizophrénie et celles qui n’en souffrent pas.

Les auteurs ont trouvé que la plupart des incidents violents menant à une hospitalisation se produisent à la maison et impliquent des dommages à l’ameublement ou une agression mineure sur les proches. (…)

Une autre étude canadienne va plus loin en affirmant qu’au contraire, un diagnostic de schizophrénie réduit en fait les risques de violence future – si l’on considère séparément les facteurs tels l’abus de substances et un historique criminel. (…)

Toutefois, comme c’est fréquent lorsqu’il est question de mythes, il y a une parcelle de vérité qui a été déformée pour devenir une fausse croyance de violence générale. Lorsque les individus atteints de schizophrénie deviennent violents, ils sont souvent eux-mêmes les victimes de leur violence. Une étude épidémiologique faite dans le milieu hospitalier révèle que 28 % des individus atteints de schizophrénie ont fait une tentative de suicide. Une personne sur dix atteinte de schizophrénie réussira éventuellement à se suicider. Les risques de suicide sont encore plus élevés chez les jeunes adultes de sexe masculin.

Quelle est l’origine de ce mythe

Un des plus importants facteurs qui contribuent à entretenir le mythe de la violence est que le mot « schizophrénie », lorsqu’il fait les manchettes, est souvent relié à un crime. La schizophrénie est souvent mentionnée comme élément de défense des personnes qui sont déclarées non criminellement responsables des actes qu’elles ont posés pour cause d’aliénation mentale. C’est ainsi que le lien est entretenu et que le mythe se perpétue : la schizophrénie c’est la folie et elle vous rend violent.

« Bien souvent, dans les reportages des bulletins de nouvelles, on vous présente des perceptions faussées parce que les médias recherchent ce qui a un aspect exceptionnel et peut être excitant. Vous ne voyez pas ce qui est habituel et on ne vous présente pas les aspects positifs des personnes vivant simplement leur vie »

dit Éric Hufnagel, président et chef de la direction de la Fondation nationale de schizophrénie.

Des représentations plus réalistes de la schizophrénie

Il y a eu récemment quelques séries d’émissions de télévision et quelques films qui ont présenté d’une façon plus réaliste et plus positive des personnages atteints de schizophrénie ou d’une autre maladie mentale. (…)

Le modèle par excellence d’une représentation positive est bien sûr le film Un homme d’exception (A Beautiful Mind), la biographie de John Nash qui était atteint de schizophrénie et qui a gagné un Prix Nobel. (…)

Aidez à dissiper le mythe de la violence

Parce qu’il est tellement envahissant, le mythe de la violence chez les personnes souffrant de schizophrénie est difficile à combattre. Voici quelques suggestions pour aider à dissiper ce mythe.

Soyez vous-même un exemple positif

Une bonne dose de sensibilisation atteint son objectif lorsque les personnes sont à l’aise de parler de leur diagnostic. C’est évidemment une décision très personnelle, mais cela peut être très bénéfique. Lorsque les gens réalisent que les personnes atteintes de schizophrénie sont des membres de leur famille, des voisins, cela est plus facile à accepter et fait partie de la vie de tous les jours.

Sachez que le mythe de la violence existe

Soyez conscient que peu importe ce que vous cherchez, un logement, un emploi ou tout autre service, vous pourriez rencontrer des gens qui peuvent avoir une mauvaise perception de ce que représente un diagnostic de schizophrénie. Ils ne font habituellement pas volontairement de discrimination, mais ils sont mal informés.

Utilisez des faits pour défier le mythe

Si une personne près de vous émet une opinion qui fait un lien entre la schizophrénie et la violence, profitez de l’occasion pour lui faire connaître la vérité : la plupart des personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas violentes et le nombre de crimes impliquant de la violence commis par des personnes souffrant de schizophrénie sont beaucoup moins nombreux que ce que les médias laissent entendre.

Lorsqu’un média relie injustement la schizophrénie à la violence, contactez-le à ce sujet

Communiquez avec le rédacteur, le producteur, l’éditeur ou l’administrateur responsable d’une présentation inadéquate et donnez-lui l’information pertinente. Encore une fois, la plupart ne sont pas nécessairement conscients qu’ils entretiennent des préjugés envers les personnes atteintes de schizophrénie. Ils ne réalisent tout simplement pas l’impact que leurs histoires peuvent avoir.

Félicitez ceux qui présentent la schizophrénie sous un éclairage positif et réaliste

En agissant ainsi, vous augmenterez les chances que de telles présentations puissent devenir la norme.

Soyez conscient que les autres maladies mentales font face à un mythe semblable

En particulier, les personnes souffrant du trouble bipolaire sont confrontées au même mythe de la violence, et en fait, les deux maladies sont souvent confondues dans l’esprit des gens.

One thought on “Pour dénoncer le mythe de la violence

  1. Avatar
    SHAUKAT MINHAS - 24 septembre 2018 at 21 h 40 min

    Bonjour,
    C’est un très bon article! J’ai appris beaucoup sur les schizophrènes et les préjugés qui existent sur eux.
    Est ce qu’il serait possible de mentionner l’auteur et la date de publication? J’aimerai savoir si l’auteur est un expert sur ce sujet et si cet article est d’actualité.
    Merci et continuez votre bon travail.

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