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Cannabis et psychose : comprendre pour mieux accompagner

1 septembre 2025
 - 
par Janique Raymond-Migneault

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Depuis l’ouverture de nos groupes de discussion Communicado à l’ALPABEM, un thème revient souvent chez les familles : l’inquiétude liée à la consommation de cannabis chez leur proche, notamment leur adolescent, vivant une détresse psychologique. Il n’est pas toujours évident, pour un parent, de distinguer une consommation exploratoire et récréative de celle qui est problématique. Et cela est normal, puisqu’au-delà des idées reçues et des débats sociaux, il existe bel et bien un lien entre la consommation de cannabis et le risque de développer un trouble de la santé mentale, dont un épisode psychotique. Mais comme dans bien des enjeux en santé mentale, la réalité est plus nuancée qu’un simple lien de cause à effet. Alors, prenons un moment pour démystifier cette réalité, et surtout, mieux comprendre ce que cela signifie pour les personnes concernées… et leur entourage.

Qu’est-ce qu’une psychose?

Une psychose est un état durant lequel une personne perd le contact avec la réalité. Cela peut se traduire par des hallucinations (entendre, voir ou ressentir des choses qui ne sont pas là), des idées délirantes (par exemple, croire qu’on est suivi ou espionné), une désorganisation dans le discours ou les comportements, et une grande détresse. Cette perte de contact avec la réalité peut être passagère… ou s’installer dans le temps. C’est là qu’intervient la différence entre psychose toxique et trouble psychotique.

Psychose toxique vs trouble psychotique

Imaginons d’abord la psychose toxique : elle survient à la suite de la consommation d’une substance – dans notre cas, le cannabis – et disparaît habituellement lorsque la substance est éliminée du corps. Ce type de psychose est souvent bref, mais intense. Elle peut être déstabilisante, tant pour la personne qui la vit que pour les proches.

À l’inverse, un trouble psychotique, comme la schizophrénie, s’installe progressivement et dure dans le temps. Ce type de trouble est souvent lié à une vulnérabilité biologique et à des facteurs environnementaux combinés. Chez certaines personnes, la consommation de cannabis peut agir comme déclencheur : ce n’est pas la cause unique, mais un élément qui précipite la maladie.

On pourrait l’expliquer ainsi : le cannabis n’est pas le feu, mais peut-être l’allumette qui l’allume… chez quelqu’un dont le terrain est inflammable.

Cannabis et cerveau adolescent : une combinaison à risque

De nombreuses études démontrent que plus la consommation de cannabis commence tôt, plus le risque de développer une psychose est élevé. Pourquoi? Parce que le cerveau est en plein développement. Et durant cette période, il est plus vulnérable aux effets des substances psychoactives.

Certaines personnes sont aussi plus à risque que d’autres, sans même le savoir. Une vulnérabilité génétique, un historique de troubles mentaux dans la famille ou encore des épisodes antérieurs de détresse psychologique peuvent augmenter ce risque.

Cela ne veut pas dire que toute personne qui consomme du cannabis développera une psychose. Mais cela signifie que, pour certaines, le risque est bien réel. Et souvent, on ne s’en rend compte qu’après coup.

Les drapeaux rouges

Voici quelques indicateurs clés qui peuvent être un signe que la détresse de l’ado est plus que passager :

  • Changements soudains dans le comportement (isolement, agitation, méfiance);

  • Discours incohérent ou confus;

  • Croyances étranges ou paranoïa;

  • Difficulté à se concentrer ou à fonctionner au quotidien;

  • Présence d’hallucinations (entendre des voix, voir des choses);

  • Sentiment de menace sans fondement.

Et les familles, dans tout ça?

En tant que proche, vous êtes souvent les premiers à remarquer que quelque chose ne va pas. Mais intervenir peut devenir un vrai casse-tête.

« Il nie que le cannabis a un impact sur lui. »
« Elle dit que ça l’aide à se calmer… alors qu’elle devient de plus en plus confuse. »
« On marche sur des œufs pour éviter d’en parler. »

Ces témoignages, nous les entendons chaque semaine. Le sentiment d’impuissance, la peur de briser le lien, la culpabilité… tout cela est bien réel. La technique clé pour parler de nos inquiétudes : la bienveillance, la validation et la collaboration. Plus le jeune sent qu’il y a une ouverture de la part de l’autre à le recevoir sans jugement, plus il aura tendance à se confier. Voici quelques suggestions pour parler de vos inquiétudes en maximisant les chances de diminuer la résistance.

  1. Nommer ses observations, sans juger : « J’ai remarqué que tu semblais plus inquiet dernièrement… »

  2. Poser des questions ouvertes : « Comment la consommation joue un rôle dans ce que tu ressens? »

  3. Partager ses inquiétudes à la première personne : « Je me sens inquiète quand je te vois isolé. »

  4. Éviter les ultimatums ou la confrontation : ils risquent d’amplifier la résistance.

  5. S’informer et se faire accompagner : plusieurs ressources existent pour les familles, et vous n’avez pas à porter ce poids seul.

Et si c’était le début d’un trouble psychotique?

Le mot « psychose » fait peur. Mais il est important de se rappeler que plus l’intervention est rapide, meilleures sont les chances de rétablissement. Dans plusieurs cas, des interventions précoces permettent une stabilisation durable.

Et même s’il s’agit d’un trouble psychotique, ce n’est pas la fin des rêves ou des projets. Avec un bon accompagnement, plusieurs personnes retrouvent un équilibre, un sens, une qualité de vie.

Comme proche, vous êtes une balise précieuse dans le parcours de la personne atteinte. En restant à l’écoute, en posant les bonnes questions, et en vous entourant de ressources, vous pouvez faire toute la différence.

Parce que derrière chaque psychose, il y a une personne. Et derrière chaque personne, il y a un potentiel de rétablissement.

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