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La culpabilité induite par la parentalité de performance

1 septembre 2025
 - 
par Eliza Miron

Intro

On dit qu’il n’y a pas d’amour plus puissant que celui d’un parent. Quand un enfant souffre, surtout sur le plan de la santé mentale, l’amour parental se teinte souvent d’un sentiment bien plus lourd : la culpabilité. Cette émotion, bien qu’humaine, peut devenir envahissante. D’où vient-elle, et pourquoi semble-t-elle coller à la peau des parents? Chez les parents proche-aidants, cette culpabilité prend une forme encore plus
complexe.

 

Ils ne se voient pas comme des aidants : ils se voient simplement comme des mères ou des pères qui s’occupent de leur enfant. C’est leur responsabilité. Et si leur enfant va mal, c’est qu’ils ont échoué. Du moins, c’est ce qu’ils croient.

 

Un diagnostic en santé mentale chez un enfant, qu’il soit mineur ou adulte, peut effleurer l’égo du parent, ce dernier pouvant se mettre à la défensive. Ils vivent beaucoup d’impuissance, de culpabilité, et de désespoir face à la souffrance de leur enfant. Les attentes et les rêves des parents envers leur enfant peuvent être bousculés, et ça peut être difficile à avaler.

 

La culpabilité est une émotion inconfortable mais humaine. C’est un signe que nous voulons réparer quelque chose. Ça démontre une capacité à réfléchir sur nos actions afin de nous améliorer en tant que personne. Quand la culpabilité devient envahissante ou qu’elle n’est pas justifiée, c’est à ce moment-là qu’elle devient problématique.

Est-ce que c’est vraiment la faute des parents?

La santé mentale est influencée par une combinaison de facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux. Parmi ceux-ci, la génétique joue un rôle non négligeable. Toutefois, il est essentiel de souligner que ce risque n'est ni déterminant ni inévitable. Quand un enfant développe une problématique de santé mentale, la tendance à blâmer les parents est plus forte. Un stéréotype des maladies mentales assez omniprésent est qu’ils n’apparaissent que s’il y a eu un traumatisme important dans le passé. Lorsqu’un enfant manifeste des signes de détresse psychologique, l’entourage a parfois tendance à chercher des causes dans l’environnement familial, et plus particulièrement à en attribuer la responsabilité aux parents. Cette croyance alimente un sentiment de culpabilité chez les parents et peut donner lieu à des jugements extérieurs injustes. En réalité, la santé mentale est le résultat d’une interaction complexe entre prédispositions génétiques et multiples facteurs de vie.

 

Le jugement et la comparaison

L'humain est naturellement curieux, cherche à comprendre et à résoudre des problèmes. Cette quête peut nous amener à identifier un coupable où il n’y en a peut-être pas. Ces stéréotypes influencent les jugements posés non seulement sur les personnes atteintes, mais aussi sur leurs proches.

Les parents, en particulier, se retrouvent souvent au centre de ces jugements implicites. Il est difficile d’être confronté aux regards ou aux remarques de proches convaincus qu’ils auraient agi différemment, ou «mieux», dans l’éducation de l’enfant concerné. Ces inévitables conseils et commentaires, souvent bien intentionnés, peuvent nuire plus qu’aider, amenant un sentiment de ne jamais être assez. Ce climat peut alourdir le vécu des familles, déjà confrontées à la complexité du soutien à un proche en souffrance.

La théorie de la comparaison sociale propose qu’on évalue notre valeur, nos choix, même notre apparence, en se comparant aux autres. Ça peut nous amener à nous valoriser, à nous motiver, mais aussi à nous sentir inférieurs. Surtout dans l’ère des réseaux sociaux, c’est facile de se sentir comme de mauvais parents.

Sur ces plateformes, chacun semble partager le meilleur de sa vie : des enfants épanouis, des parents toujours présents et parfaits. Une image idéale qui, malheureusement, renforce des standards inaccessibles pour beaucoup. Dans ce contexte, les parents d'enfants ayant des troubles de santé mentale se sentent souvent dévalorisés. La fausse impression que l’absence de diagnostic est synonyme de « meilleurs parents » s’installe progressivement.

L’anxiété de performance parentale

Ces jugements venant de l’extérieur et la comparaison avec les autres vont ainsi contribuer à la culpabilité des parents. Ce phénomène s'inscrit dans ce que l’on appelle la parentalité de performance : ils craignent de commettre des erreurs, d’être évalués négativement, ils surestiment les chances d’échouer et sous-estiment leurs habiletés. Notamment, ils cherchent la perfection. Si le parent absent est un extrême, l’hyper-parentalité est l’autre. L’hyper-parent a peur et vit beaucoup d’anxiété, alors il garde les reins serrés (pensez « parent hélicoptère »).

Leur désir de contrôler chaque aspect de la vie de leur enfant et de l’accompagner à chaque étape de manière excessive peut, bien que fondé sur de bonnes intentions, entraîner des difficultés relationnelles, sociales et même d’indépendance chez l’enfant.

Dre Lory Zéphyr parle d’un retour au parent « suffisamment bon » pour diminuer l’anxiété de performance à laquelle font face les parents, une notion du psychanalyste Donald Winnicott. Selon cette approche, il ne s'agit pas de viser la perfection, mais de permettre aux parents de relativiser leurs erreurs, de prendre conscience des progrès qu'ils réalisent et de reconnaître leur impact positif sur le bien-être de leur enfant.

Cet équilibre, entre trop de contrôle et trop de laisser-aller, permet de renforcer la relation parent-enfant tout en réduisant l'anxiété liée à la performance parentale, contribuant ainsi à une meilleure santé mentale pour les deux.

Et vous, là-dedans?

Prendre soin des autres commence par prendre soin de soi. Personne n’est parfait, et il est essentiel de fixer des limites, que votre enfant soit petit ou adulte. Prendre du recul, vivre vos émotions et accepter de faire des erreurs fait partie du processus. Être un parent « suffisamment bon », c’est de s’informer, se remettre en question et chercher à progresser sans viser la perfection. Face à la comparaison sociale, recentrez-vous sur les besoins de votre enfant et votre réalité. Créer un réseau de soutien, voire un groupe de parents confrontés à des situations similaires, peut apporter un précieux soutien.

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