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La maladie mentale dans la vie conjugale

1 septembre 2026
 - 
par Stéfanny Trudeau

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Soutenir une personne souffrant d'enjeux liés à la santé mentale représente des défis constants et quasi quotidiens. Ces défis s'entrecroisent avec nos propres besoins et enjeux personnels et professionnels. La grande majorité de notre clientèle, soit 58%, nous consulte pour leur rôle de parent d'une personne atteinte. Ceux-ci cherchent à mieux soutenir leur enfant vers l'autonomie, le développement de leur potentiel et soutenir un rétablissement à long terme. De l'autre côté, 14 % de notre clientèle sont les enfants des personnes atteintes, qui cherchent à leur tour à mieux comprendre leur parent et surtout à comprendre qu'ils ne sont pas la cause des remous dans la maisonnée.

Cependant, une clientèle qui est moins représentée, et qui est non moins négligeable, sont les conjoints et conjointes des personnes atteintes, représentant un peu moins de 13 % de celle-ci. Et qu'est-ce qui explique selon vous que les partenaires ne viennent pas systématiquement demander du soutien ?

Choisir sans savoir

D'emblée, lorsque l'on choisit de s'investir amoureusement, il est rare que nous ayons accès à l'entièreté du pedigree, des peines, des défis et le cas échéant, des enjeux de santé mentale de l’autre. Nombreux
sont les clients qui ont appris l'existence de la maladie mentale au fil du temps ou lors de manifestations soudaines et que cela ait eu l'effet d'une bombe dans leur relation.

Imaginez que votre relation file le parfait bonheur, qu'on se nourrit d'amour et d'eau fraîche, et que soudainement, votre partenaire agit de façon différente, inhabituelle, voire inquiétante. Auriez-vous le réflexe de le laisser tomber alors que vous l'aimez et que vous choisissez de construire une vie à deux ? Auriez-vous le réflexe de le laisser se débrouiller seul, de le laisser être dans l'incertitude, l'inconnu?

Ce sont ces questionnements qui peuvent envahir les partenaires des personnes atteintes de maladie mentale. Comment arriver à conjuguer le désir de poursuivre une relation amoureuse tout en devant
accepter que la maladie mentale puisse s'y inviter selon les circonstances? Pour certains, la réponse n'est pas si simple à trouver puisque nombreux sont ceux qui se retrouvent devant nous et se demandent:
est-ce insensé de rester?

Devant la myriade de conséquences possibles sur leur relation amoureuse, le questionnement cache une peur d'être jugé de rester en couple avec une personne atteinte et les qu'en-dira-t-on. Les appréhensions de se faire demander pourquoi rester alors que la possibilité de quitter est perçue comme facilement accessible, les malaises vécus à entendre que les partenaires ont le choix facile de partir puisqu'ils n'ont pas d'obligation de sang…

Partir ou rester

Lorsque nous assumons que les partenaires n'ont que ces deux choix, soit partir ou rester, nous ne tenons pas compte des effets émotionnels de ces injonctions. D'un côté, le partenaire qui choisit de rester pourrait ressentir de la solitude, du jugement, un manque d'écoute et de compréhension, de la honte envers ses choix, la peur du futur s'il décide d'avoir des enfants, etc. De l'autre côté, le partenaire qui choisit de quitter pourrait être rongé par la peine et la culpabilité de quitter une personne qu'il aime, l'incertitude et la peur de ne pas soutenir l'autre dans son cheminement, l'invalidation de ses émotions et ses choix, etc.

Le paradoxe est immense. D'ailleurs, de nombreux parents nomment parfois espérer que leur enfant atteint se trouve un partenaire afin d'être dégagés de certaines responsabilités, alors que de l'autre côté, ces mêmes parents disent ressentir de la pitié envers le partenaire de leur enfant… Donc où est le juste milieu pour ces partenaires?

Les deux côtés de la médaille

Des études ont démontré que vivre avec une personne souffrant de maladie mentale a un impact significatif sur la santé mentale du partenaire et que ces derniers présentent plus de symptômes dépressifs et/ou
anxieux que ceux n'ayant pas de partenaire atteint. La relation amoureuse est éprouvée par les effets des enjeux de santé mentale et lorsque le quotidien devient stressant, il est normal de voir l'impact direct sur la relation: manque de disponibilité émotionnelle, pas ou peu de participation aux tâches ménagères, perte d'un revenu, moins ou aucune envie de socialiser, et autres. 

Malheureusement, ces mêmes études prouvent que cela conduit souvent à développer de la codépendance et des comportements manipulatoires, et même possiblement à développer des troubles mentaux chez le partenaire.

Comme la plupart des parents, le premier réflexe du partenaire est rarement de quitter la relation. Dans certains cas, le partenaire peut malgré lui, glisser dans un rôle de parent envers son conjoint atteint. Cela peut s'expliquer par le fait que le partenaire souhaite garder une vie familiale forte et peut l'amener à dépasser son rôle et ses limites afin de maintenir la relation idéalisée.

Accueillir et soutenir

Devant ces constats, l'empathie, la compréhension et l'accueil du vécu du partenaire devraient surpasser les questionnements quant à un choix de quitter ou de rester. Après tout, la construction d'une vie à deux satisfaisante surplombe les épisodes intenses. Soulignons la force, le courage, l'amour et l'humanité des partenaires qui choisissent de rester, qui aiment la personne atteinte telle qu'elle est et qui leur permettent de cheminer dans leur rétablissement avec leur présence, leur stabilité et leur amour! Nous sommes là pour vous, vous êtes importants.

Références

1- Vivre avec une personne souffrant de maladie bipolaire. Louise Ranollo, Psychologie Québec, mai 2005.

2- You Also Married Their Mental Illness: Exploring the impact that a spouse's mental illness can have on their partner. Gary L. Wenk, Ph.D., révisé par Margaret Foley. Consulté le 25 juin 2026, publié le 11 février 2025.

3- https://www.psychologytoday.com/ca/blog/your-brain-on-food/202502/you-also-married-their-mental-illness

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