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Quand acheter la paix peut nourrir la guerre

1 septembre 2026
 - 
par Maïté Aubry-Massé

intro

Imaginez-vous deux soldats appartenant à la même armée. Un jour, l’un d’entre eux fût déployé. Par solidarité, le deuxième insistât pour l’accompagner. En arrivant au front, le soldat affecté se retrouvât directement dans le feu de l’action. Malheureusement, après quelques semaines de combat, manquant de ressources, il croulât sous la pression. Face à cet insuccès, sans hésitation, le rescapé lui
arrachât son arme des mains et se mit à tirer.

Même en ne connaissant pas l’identité de sa cible, il fit preuve d’abnégation pour vaincre l’ennemi. Pour lui, c’était impératif que son acolyte s’en sorte, alors il continua de se battre, malgré la
fatigue. Paradoxalement, il voulait aussi que la guerre s’arrête. Mais, comment cela était-ce possible tout en gardant son doigt sur la gâchette ?

Ironiquement, parfois, en quête de l’armistice, nous rejoignons la guerre. Que ce soit pour aider, pour faire plaisir, pour s’éviter des représailles ou pour protéger quelqu’un, acheter la paix, tout le
monde le fait. Ce qui est important, c’est d’être capable de discerner les instants où cela finira par nuire de ceux qui nous achète momentanément un peu d’accalmie. 

J’aime, donc j’aide

L’amour et la bienveillance envers nos proches sont souvent ce qui nous pousse à persévérer en temps de tempête. Il est instinctif de vouloir aider et protéger les siens. Cependant, même si la proximité a bien des avantages, elle empêche aussi d’avoir accès à une vue d’ensemble. Alors, c’est souvent ce qui vient brouiller les pistes lorsque nous devons prendre des décisions éclairées. 

En période de crise, la volonté de soutien est décuplée, car nous voulons éviter le pire. En voyant un compatriote perdre une bataille, cela devient pratiquement un réflexe d’enfiler son casque pour se préparer à l’attaque. En revanche, c’est ce genre d’automatisme qui nous enrôle dans des guerres qui ne sont pas les nôtres. Après chaque décharge, chaque dollar, chaque limite dépassée, nous participons aux fusillades. On se jette au cœur d’un conflit pour lequel nous n’avons pas assez de ressources, mais que, par compassion, nous décidons tout de même d’affronter. 

Évidemment, il est contre-intuitif de regarder passivement quelqu’un qu’on aime souffrir. La culpabilité et la peur sont normales face à l’impression de déserter un membre de notre entourage. Toutefois, aussi discursif que cela puisse paraître, c’est durant ces moments qu’il est crucial d’essayer de continuer à dire non. C’est après avoir persévéré au travers la culpabilité, la honte et l’appréhension qu’il sera enfin possible d’y voir plus clair. 

C'est avec un pas de recul, loin de la zone de tirs, qu’il sera loisible de voir que notre proche se bat contre quelque chose bien hors de notre portée : lui-même. C’est cette vue panoramique qui nous fera réaliser que nous ne canardons pas un ennemi, mais plutôt la personne que nous tentons d’aider. Car se battre à la place de quelqu’un ne lui enseignera pas comment lutter. Cela l’empêchera simplement de ressentir
l’entièreté des impacts de la crise. 

Faut-il attendre d’être à court de munitions pour arrêter de tirer ?

Malheureusement, nous ne pouvons pas contrôler les choix des autres ni empêcher l’avenir d’avoir lieu. Certaines personnes acceptent de vivre dans la crise. D’autres n’ont simplement pas l’envie, la capacité ou l’énergie de se mobiliser. Puis, oui, il est difficile d’être témoin de cela quand nous avons de l’affection pour la personne. Ce genre de lâcher-prise est compliqué à atteindre. Alors, vaut mieux se concentrer sur ce qui est à notre portée. 

Ce qui est de notre ressort, ce sont les limites que nous implantons. Certes, nous ne pouvons pas arrêter la guerre, mais nous pouvons décider d’arrêter d'y prendre part directement. Qu’elles soient grosses, petites, faites seules ou accompagnées d’une armée, les guerres qu'affrontent les gens leur appartiennent. Naturellement, offrir du soutien est important, mais savoir quand nous sommes nous-mêmes à court de provision l’est aussi.

Durant les périodes de houle, il est commun de vouloir fournir toute l’aide possible, dans l’espoir de retrouver notre réalité d’avant. Cependant, même lorsqu’une guerre est sans ennemi et sans arme, elle laisse des traces indélébiles chez ceux l’ayant vécu. Après avoir assisté à la détresse d’un proche, il est habituel d'être habité par l’inquiétude, d’être consumé par la frustration et la déception face à un combat qui ne
se termine jamais. Habituel de s’attendre à ce qu’un énième bombardement retontisse, même dans les périodes de cessez-le-feu. Toutefois, le plus important dans ces branle-bas de combat, c’est de se mettre nous-même à l’abri avant de pouvoir protéger les autres. 

Le paradoxe d’être dévoué

Même si l’aide se veut bienveillante, elle peut inconsciemment alimenter des dynamiques nocives pour le bien-être de toutes les personnes impliquées. Quand le dévouement est donné de façon excessive, il peut facilement se transformer en une déresponsabilisation pour le receveur et en épuisement pour le donneur. 

Certes, par moment, acheter la paix est nécessaire pour conserver une certaine réserve énergétique et pour apaiser la peur. Ce qui est important, c’est de connaitre les intentions derrières nos choix et d’être conscient des répercussions que ceux-ci peuvent avoir. 

Alors, allez-vous reconnaître le moment où il faudra relâcher la gâchette ? 

Références

1. Hinton AO Jr, McReynolds MR, Martinez D, Shuler HD, Termini CM. The power of saying no. EMBO Rep. 2020 Jul 3;21(7):e50918. doi: 10.15252/embr.202050918. Epub 2020 Jun 28. PMID: 32596868; PMCID:
PMC7332800.

2. Griffiths KM, Crisp DA, Barney L, Reid R. Seeking help for depression from family and friends: a qualitative analysis of perceived advantages and disadvantages. BMC Psychiatry. 2011 Dec 15;11:196. doi:
10.1186/1471-244X-11-196. PMID: 22171567; PMCID: PMC3271042.

3. https://www.cmq.org/fr/informersante/articles-sante/proche-aidance

4. http://ordrepsy.qc.ca/-/l-interventionpsychologique-aupres-des-proches-aidants

5. chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/portrait-des-proches-aidants-et-les-consequences-de-leurs-responsabilites-daidant.pdf

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