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Quand l'enfant se substitue au parent

1 juin 2026
 - 
par Maïa Lefebvre

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Dans certaines familles où un parent vit avec des difficultés de santé mentale, la relation avec l’enfant peut se transformer au point où les rôles s’inversent. L’enfant devient « le responsable », « celui sur qui on compte », parfois même le confident principal de son parent. On parle alors de parentification.

La parentification est un processus où un enfant prend en charge des responsabilités qui dépassent largement ce qui est adapté à son âge et à sa maturité. Il peut s’occuper d’un parent, de frères et soeurs ou du climat émotionnel de la maison, souvent de façon très discrète, sans que personne ne le lui demande ouvertement. Ce n’est pas un choix de sa part, mais une façon de s’adapter à ce qu’il perçoit comme nécessaire pour que la famille tienne debout.

Deux formes de parentification

On distingue généralement deux formes de parentification, qui peuvent se chevaucher :

Parentification pratique : L’enfant prend en charge des tâches domestiques ou familiales habituellement assumées par un adulte, comme préparer les repas, s’occuper des plus jeunes, gérer les horaires, surveiller la médication, etc. Quand ces tâches deviennent nombreuses et régulières, l’enfant a de moins en moins de temps pour jouer, se reposer ou voir ses amis.

Parentification émotionnelle : L’enfant devient le soutien psychologique du parent. Il console, rassure, écoute, tente de calmer les crises ou de réduire la solitude de l’adulte. Il peut, par exemple, rester à la maison pour ne pas laisser son parent seul ou l’aider à traverser une crise d’anxiété, alors que ce rôle ne devrait pas lui revenir.

Dans les deux cas, ce sont les besoins du parent qui finissent par passer en premier, même lorsque celui-ci est plein de bonne volonté et n’a pas conscience de cette inversion des rôles.

Grandir trop vite : l’impact entre 6 et 13 ans

Entre 6 et 13 ans, les enfants développent rapidement leur capacité à comprendre et réguler leurs émotions, à se faire des amis et à construire leur identité. C’est une période où l’école, le jeu et les activités récréatives devraient occuper une place centrale.

Lorsque la parentification s’installe, l’enfant devient souvent « trop sérieux ». Derrière cette image de maturité se cachent fréquemment de la fatigue, une peur que la famille s’effondre et une difficulté à exprimer ses propres émotions. Un « faux soi » peut alors se construire : pour être aimé et maintenir la stabilité du parent, l’enfant développe une version de lui-même toujours calme et performante. Cette adaptation, décrite notamment par la psychanalyste Alice Miller, peut l’amener à perdre de vue ses propres besoins et ressentis. À long terme, cette charge favorise l’anxiété, un perfectionnisme épuisant, des difficultés relationnelles et un manque d’estime de soi.

Impacts au long terme

À l’âge adulte, la personne peut avoir tendance à choisir des relations où elle doit encore « sauver » l’autre, parfois au point de s’oublier elle-même. Cela peut se manifester par une difficulté à faire confiance, une dépendance affective ou, au contraire, un évitement des relations trop proches par peur de la charge émotionnelle. L’objectif n’est pas d’annoncer un destin figé, mais de rappeler qu’en intervenant tôt, on peut réellement en limiter l’impact.

Reconnaître la parentification sans se culpabiliser

Observer certains de ces signes ne signifie pas que vous êtes un mauvais parent, surtout lorsque vous traversez vous-même des enjeux de santé mentale. Il s’agit plutôt d’un signal pour revoir, avec douceur, la dynamique familiale.

Certains signes peuvent attirer l’attention. L’enfant peut sembler manquer de temps pour jouer, se reposer ou voir des amis de son âge. Il peut aussi prendre en charge des tâches qui devraient revenir à un adulte, consoler fréquemment un parent et se sentir responsable de son état, ou encore intervenir comme médiateur lors des conflits familiaux. Il peut également exprimer beaucoup de culpabilité ou d’inquiétude lorsque quelque chose va mal à la maison.

Cinq pistes pour rééquilibrer les rôles

Il n’est jamais trop tard pour redonner à l’enfant le droit d’être un enfant.


1. Reconnaître ce qu’il porte : Par exemple, lui dire directement « Je vois que tu en fais beaucoup pour nous » permet à l’enfant de se sentir vu et validé, sans lui laisser croire que tout repose sur lui.

2. Clarifier les rôles : Rappeler que certains problèmes d’adulte ne sont pas de sa responsabilité peut diminuer la culpabilité et ramener un sentiment de sécurité.

3. Redonner de la place au jeu : Encourager les activités récréatives, les sorties avec des amis, les loisirs qui lui font du bien. Le jeu est essentiel à son développement émotionnel, cognitif et social.

4. Ouvrir un espace pour ses émotions : Offrir une écoute sans jugement, valider ce qu’il ressent et l’aider à mettre des mots sur ce qu’il vit. « Tu sembles inquiet quand je ne vais pas bien » ou « C’est normal que tu te sentes dépassé parfois. » Cela l’autorise à ne plus tout garder pour lui.

5. Chercher du soutien pour vous : Consulter un professionnel peut vous aider à retrouver un équilibre dans les rôles, sans jugement. Prendre soin de votre propre santé mentale est aussi une façon très concrète de protéger votre enfant.

La résilience : un atout précieux !

La parentification peut laisser des traces, mais il est essentiel de se rappeler que rien n’est figé. En prenant conscience de ce phénomène et en effectuant quelques ajustements, les parents peuvent progressivement alléger le fardeau de leur enfant et lui redonner l’espace nécessaire pour jouer, apprendre et se découvrir.

Les enfants de 6 à 13 ans sont encore en plein développement. À cet âge, ils possèdent une grande capacité de résilience et peuvent bénéficier très rapidement de changements positifs dans leur environnement familial. En vous donnant le droit de demander de l’aide, de poser des limites claires et de recentrer votre enfant sur ses priorités d'enfant, vous lui offrez un cadeau précieux : celui de grandir en se sentant soutenu, reconnu, et surtout, libre d’être lui-même.

Références

https://www.espaceallie.org/comprendre-la-parentification-replacer-lenfant-au-coeur-de-la-famille/

https://www.lapogee.ca/wp-content/uploads/2025/04/Comprendre-la-parentification.pdf

https://www.journaldemontreal.com/2025/12/14/les-perils-de-la-parentification-quand-lenfant-grandit-trop-vite

https://www.capmieuxetre.ca/fr/bibliotheque/parentification/

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