Histoire de la santé mentale

Histoire de la santé mentale

La notion de santé mentale n’a pas toujours été aussi présente et documentée dans notre histoire.

Comme pour toutes disciplines, il doit y avoir un début pour voir une évolution. Voici donc un historique de la santé mentale à travers le monde et les âges.

Au Ve siècle avant notre ère

Certains philosophes s’intéressaient déjà à la pensée et à l’intelligence. Pour Pythagore, le cerveau était le siège de toutes activités mathématiques et philosophiques ainsi que de la folie.

Quelques années plus tard, des médecins de l’époque croient que les problèmes de santé sont reliés à un débalancement entre les quatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire et lymphe).

Vers les années 310 avant notre ère

Nous assistons aux débuts de la neurologie et aux premières dissections de cadavres humains. Ces « autopsies » ont permis de faire différentes découvertes et d’identifier certaines parties du cerveau.

Vers l’an 100 de notre ère

Il est d’usage de traiter les esprits malades par le fouet, la douche froide et autres. Par la suite, la folie sera beaucoup associée à la possession de l’âme par le diable, aux mauvais astres et à la sorcellerie. Le remède : l’exorcisme et plus tard l’inquisition.

En 1409

Le premier asile ouvre ses portes à Valence en Espagne. En 1676, de plus en plus d’hôpitaux sont créés en Nouvelle-France pour accueillir les déviants et les éléments improductifs de la société. Cette pratique s’étend avec les années et en 1720, les administrateurs de Montréal, Québec et Trois-Rivières décident d’en faire autant. Cinquante ans plus tard, la camisole de force fait son apparition, mais elle disparaîtra presque totalement lors de l’apparition des psychotropes.

En 1801

Philippe Pinel veut sortir les patients du régime de terreur auquel ils sont soumis. Pour lui, la folie n’est pas totale, il est possible de communiquer avec le malade et le soigner. L’année suivante, le mot psychiatre fait son apparition et il remplace l’aliéniste. Le terme psychiatrie est créé environ 40 ans plus tard.

En 1839

Le premier asile est établi au Québec dans la prison de Montréal.

En 1851, un recensement national estime qu’il y a environ 3 000 « lunatiques » (les malades de l’époque) dans le Canada-Uni ; il faudrait près de 15 asiles pour les héberger.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les asiles accueillent particulièrement une population d’immigrants. Très rapidement, une surpopulation s’installe et d’autres établissements doivent être construits ; notamment l’asile St-Jean-de-Dieu.

En 1873

Camillo Golgi observe pour la première fois une cellule nerveuse. Cette découverte permet un avancement de la neurologie et fait en sorte que quelques années plus tard, les neurotransmetteurs font leur apparition et sont de plus en plus compris par le monde médical.

En 1895

Freud commence à prendre de plus en plus de place dans le domaine de la psychologie. Il amène les patients à faire de l’introspection et à comprendre les traumatismes du passé. À partir des résultats qu’il obtient, il croit identifier les clés expliquant les troubles de l’esprit. Cependant, d’autres théories véhiculent l’importance de l’environnement et de l’hérédité dans la maladie mentale.

En 1912

Une échelle pour évaluer le quotient intellectuel est mise en place et, suite à cela, le concept de retard mental est mis de l’avant et il devient distinct de la maladie mentale. En 1917, le premier traitement contre l’euphorie et les idées délirantes fait sa place ; en fait, il s’agit d’une découverte faite par erreur dans la recherche du traitement contre la malaria.

En 1926

La schizophrénie est définie pour la première fois en Suisse. Selon cette définition, la maladie n’affecte pas l’intelligence. En 1935, la lobotomie est utilisée pour soigner les patients en enlevant une partie de leur cortex. Cependant, cette modification du cerveau entraîne diverses modifications du comportement. Suite à cette découverte, il sera possible de mieux comprendre à quoi servent les différentes aires et régions du cerveau. Moins de 5 années après la lobotomie, ce sont les électrochocs qui sont à la mode et ils ne sont pas donnés sous anesthésie, ce qui est maintenant le cas.

Période noire

Ensuite est venue une période plus noire de l’histoire où les Nazis ont classé les malades mentaux comme des défectueux biologiques et indésirables. Au-delà de 70 000 seront gazés dans des camps de concentration. N’oubliez surtout pas que tout cela a eu lieu il y a moins d’un siècle… nous en avons fait du chemin depuis ce temps, mais il reste encore beaucoup de préjugés défavorables face à la maladie mentale et aux personnes atteintes.

Arrivé du lithium

Une bonne nouvelle fait surface en 1949 : le lithium. C’est le premier médicament dont l’efficacité est approuvée pour le traitement des maladies mentales. Deux ans après le lithium, une percée dans le domaine médical ; la chlorpromazine aide à traiter la dépression. En 1952, le premier DSM fait son entrée, il regroupe 60 pathologies. Aujourd’hui, nous en sommes à 410.

En 1961

Jean-Charles Pagé signe un livre troublant ; les fous crient au secours. Ce livre parle pour les 20 000 personnes placées dans des asiles au Québec… la désinstitutionnalisation commence à s’installer tranquillement.

Plusieurs autres percées technologiques et médicales vont améliorer nos connaissances en matière de santé mentale. Notamment, de démystifier ce qu’est l’ADN. L’imagerie cérébrale va aussi faire avancer le progrès. Alors, que nous reste-t-il à espérer pour l’avenir, jusqu’où pourrons-nous aller?

Aujourd’hui

Actuellement, le système de santé mentale au Québec est loin d’être le petit préféré des services de santé. En effet, seulement 6.1 % du budget annuel de la santé est accordé à la santé mentale.

Il y a environ 1 000 psychiatres au Québec, ce qui en fait 1 par 7 643 personnes alors que nous savons tous que les problèmes de santé mentale frappent une plus grande partie de la population (1 personne sur 6 au Québec).

De plus, nous avons environ 6 000 psychologues, cela en fait déjà près de 1 pour 1 200 individus. Réconfortons-nous par contre en nous comparant au reste du monde. Selon l’OMS, les troubles mentaux et du comportement représentent environ 12 % des décès dans le monde. La plupart des pays accordent moins de 1 % de leur budget santé à la santé mentale et près de 40 % des pays n’ont pas de politique en santé mentale. Nous pouvons donc nous estimer heureux d’avoir une politique et un accès aux soins, même si ceux-ci ne nous paraissent pas toujours assez rapides et appropriés.

Le gouvernement a élaboré un plan d’action en santé mentale 2005-2010 dans lequel il estime qu’il faudrait fermer des ressources de type familiales afin d’ouvrir d’autres ressources comme des foyers de groupes, des appartements supervisés plus propices à développer l’autonomie. Cependant, il ne faut pas oublier que près de 4 000 personnes vivent dans ces mêmes RTF que le gouvernement veut fermer.

Ces ressources alternatives vers lesquelles vos proches se tournent récupèrent un petit 7 % du budget en santé mentale alors qu’elles accueillent des gens qui quittent les hôpitaux et qui ne sont pas aptes à aller en appartement. Il est évident que notre système de santé n’est pas parfait et il appartient à la population de manifester son désaccord. Le concept de santé mentale a énormément évolué à travers les âges et je crois qu’il est possible que cette évolution se poursuive.

Source: Québec Science, mars 2007

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