TDAH : Canaliser sa différence

TDAH : Canaliser sa différence

En octobre 2015, mon attention est attirée par une entrevue de Philippe Laprise où il dénonce les compressions budgétaires dans les écoles et des incidences de celles-ci sur les services offerts aux jeunes en difficulté. Sensible à la cause, M. Laprise témoigne de ses propres difficultés rencontrées lors de son parcours scolaire. Son diagnostic de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) lui a permis de comprendre bien des choses à son sujet. Depuis un mois, il a accepté de prendre la médication.  Celle-ci a lui a procuré plus de bienfaits qu’il ne l’aurait cru.

 

 

À la suite de cette entrevue, j’ai écrit cet article, sans toutefois oser le publier. Aujourd’hui, après plusieurs années, je décide à mon tour de parler, moi aussi, de ma différence. Depuis des années, je prends une médication pour m’aider à composer avec un TDAH.

 

 

TDAH et parcours professionnel

La majorité de mon parcours professionnel, je l’ai vécu avec des adolescents et des enfants en difficulté. Pendant plus de dix ans, j’ai côtoyé des jeunes atteints de ce trouble. J’ai soutenu, aidé et outillé ces jeunes et leurs parents. Parler de ce sujet était devenu normal, voir même banal. Il faut dire que c’est près d’un enfant sur vingt qui en est touché.[i] Lorsque je travaillais avec les tout-petits, mes collègues et moi disions à la blague qu’avoir un TDAH, ou connaître quelqu’un qui en était atteint devenait un atout pour être embauché dans l’équipe. Je parlais ouvertement de ma différence. Nous étions fières, mes collègues et moi, de voir les jeunes s’épanouir, ainsi que leurs parents, et d’être témoin de leur cheminement  avec le TDAH.

 

 

Contexte professionnel différent

Maintenant que je travaille à l’ALPABEM, le contexte est complètement différent. Le TDAH n’est plus une problématique avec laquelle je compose quotidiennement avec la clientèle, puisque notre mandat ne s’est pas spécialisé dans ce trouble. Ce n’est donc plus un sujet courant de discussion. Les gens qui consultent  l’ALPABEM font appel à nos services parce que les conséquences de la maladie mentale de leur proche atteint sont lourdes à porter et c’est rarement pour partager que ces derniers composent bien avec celle-ci.

 

Cela fait déjà 6 ans que je suis à l’ALPABEM et j’hésite de parler ouvertement de ma différence. Pourquoi? Je ne saurais le dire exactement. Peut-être par crainte que le regard que l’on pose sur moi soit teinté de jugement et par crainte que mes faux pas soient associés au TDAH. C’est tout de même curieux puisque la mission de l’ALPABEM consiste, entre autres, à sensibiliser les gens aux maladies mentales et à contrer la stigmatisation. Pourtant, je pense bien l’assumer. Peut-être est-ce tout simplement parce que je suis beaucoup plus consciente maintenant des effets de la stigmatisation.

 

 

Témoignage d’espoir

Alors, qu’est-ce qui m’incite à me dévoiler? Sans doute pour faire partie des nombreux témoignages d’espoir que j’ai entendus, ainsi que le désir d’être cohérente avec mon besoin de transparence et d’authenticité. J’ai appris à gérer mon TDAH et je vis bien avec celui-ci. Mais, pour en arriver là, il m’a fallu faire preuve d’efforts et de persévérance.

 

Au fil des années, grâce à mon travail, j’ai eu la chance d’acquérir des connaissances et une expérience avec les jeunes qui souffrent d’un TDAH. J’ai lu sur le sujet, j’ai participé à des conférences et à des formations pour mieux comprendre ce trouble. Évidemment, tous ces efforts consacrés à aider les autres ont aussi servi à m’aider personnellement. J’ai assimilé de nouvelles stratégies et appris à mieux composer avec les défis du TDAH.

 

 

Développer des stratégies

Ce serait vous mentir d’affirmer que je suis maintenant « guérie ». Il serait plus juste de dire que je connais tellement bien les défis de mon TDAH et que les stratégies que j’ai mises en place sont devenues un automatisme, que celui-ci passe maintenant inaperçu et que je ressens moins les conséquences négatives. Cependant, laissez-moi vous dire que si je mettais de côté tous mes trucs, le naturel reviendrait vite au galop!

 

Je pense être devenue une « experte » pour reconnaître chez moi les symptômes du TDAH et appliquer les stratégies de manière efficiente pour mieux le gérer. Pour moi, ce qui était au départ un boulet est devenu au fil du temps un plus à ma personnalité, et même un atout. J’ai appris à canaliser ma différence.

 

 

La beauté des différences

Une amie m’a dit un jour, que la vie est comme une boîte de crayons Prismacolor. Ça prend tout un éventail de couleurs pour dessiner un beau paysage. Il arrive que certaines teintes détonnent ou semblent plus ternes et moins attrayantes au premier coup d’œil. Pourtant, elles deviennent toutes essentielles pour produire une esquisse remplie de couleurs, de nuances et de détails.

 

Je suis fière d’avoir réussi à canaliser ma différence, de l’érosion positive qu’a eue le TDAH sur ma personnalité et de mon unicité qui ajoute une couleur à la boite de Prismacolor. Mon TDAH fait toujours partie de moi, mais je réussis à le « dompter » et je veux que les gens sachent que c’est possible. Enfin, à tous ceux qui affectueusement me taquineront sur mes petites manies et mon TDAH … et bien, ce sera avec bon cœur que j’accepterai d’en rire avec vous!

 

 

Référence :

[i] http://www.attentiondeficit-info.com/pdf/geninfo.pdf

 

Article rédigé par Annik Lefebvre

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