Quel est l’impact de l’homoparentalité sur la santé mentale des enfants?

Quel est l’impact de l’homoparentalité sur la santé mentale des enfants?

La vision de l’homosexualité a bien évolué depuis les dernières décennies. En effet, dans les années 70, une personne homosexuelle était considérée comme ayant un trouble psychiatrique. Heureusement, aujourd’hui le Québec est une des provinces les plus avancée en faveur des personnes ayant cette orientation.

 

En ce sens, ces dernières ont acquis plusieurs droits comme celui de se marier, mais aussi celui d’adopter légalement. Les préjugés ont grandement diminué à leur égard, mais lorsqu’on parle de leur rôle parental, il semble que plusieurs questions interpellent la population. Du moins, c’est ce que j’ai pu constater lorsque j’ai vu sur le fil d’actualité de mon Facebook un article parlant d’un couple de parents homosexuels vivant aux États-Unis.

 

L’histoire de Kaleb et Kordale

Ces derniers, Kaleb et Kordale, avaient partagé sur Instagram, une application accessible à tous les internautes, une photo de leur quotidien sur laquelle on les voyait à l’œuvre avec leurs enfants dans les préparatifs pour l’école. Cette photo a suscité des réactions négatives et le couple a reçu plusieurs messages d’insultes. Cet événement démontre que le combat contre les préjugés ne semble pas gagné.

 

Quel est l’impact de l’homoparentalité sur les enfants?

Cette situation m’a amenée à me poser une question qui semble partagée par plusieurs personnes dans la société. Quel est l’impact de l’homoparentalité sur les enfants? J’aborderai ce point dans cet article.

 

Danielle Julien, professeure au département de psychologie à l’UQAM, a écrit un texte qui traduit les résultats de recherches sur les mères lesbiennes, les pères gais et leurs enfants.

 

Questions communes sur l’homoparentalité

  • Les parents gais et lesbiens sont-ils d’aussi bons parents que les parents hétérosexuels?
  • Leurs enfants ont-ils des problèmes de confusion de genre (difficulté à identifier son sexe comme celui d’un garçon ou d’une fille)?
  • Ces enfants ont-ils des problèmes de rôles sexuels (apprentissage des conduites et des préférences conformes aux modèles masculins et féminins de la culture)?
  • Ces enfants sont-ils plus nombreux que les enfants de parents hétérosexuels à devenir gais ou lesbiennes une fois adultes?
  • Ces enfants sont-ils davantage à risque d’agressions sexuelles que les enfants de parents hétérosexuels?
  • Ont-ils davantage de problèmes d’anxiété, de concentration et d’intégration à l’école?» (Julien, 2003 : 365).

 

Certaines de ces questions m’ont particulièrement fait réagir puisqu’elles traduisent certains préjugés de la société. Plus précisément celle ayant trait aux agressions sexuelles, car c’est comme si l’on sous-entendait que l’homosexualité avait un caractère pervers.

 

Et si les hétorosexuelles devaient passer un test pour devenir parent?

Les personnes homosexuelles qui veulent des enfants le désirent réellement ! Ceux qui choisissent l’adoption ont l’obligation de passer un test auprès du directeur de la protection de la jeunesse et doivent faire évaluer leur fonctionnement global. Par exemple, on leur accorde le droit d’adopter lorsque qu’ils ont une bonne situation financière et que leurs compétences parentales sont reconnues. En ce sens, l’avocate Lucie Desjardins, dans un article paru dans le Journal du Barreau du Québec, définit la compétence parentale comme suit :  » la qualité des attitudes posées dans les gestes éducatifs à l’égard du développement de l’enfant.  » (Desjardins, 1999 : 2).

 

Qu’est ce que la compétence parentale ?

Dans ce même article, l’auteure décrit certaines compétences que doivent posséder les parents, par exemple une maturité psychologique, une estime de soi, un investissement de qualité, une aptitude à distinguer les besoins (physiques, d’apprentissage, socio-affectifs) de l’enfant et d’y répondre (Desjardins, 1999). Or, certains parents hétérosexuels ont des enfants sans posséder nécessairement ces compétences. Le lien entre l’orientation sexuelle et les capacités à s’occuper adéquatement de son enfant est questionnable. Il serait plus juste d’investiguer sur la fonctionnalité de la famille.

 

La fonctionnalité de la famille

 

«tous ces besoins sont susceptibles d’être comblés si l’enfant se retrouve à l’intérieur d’une famille fonctionnelle qui elle, n’est pas nécessairement composée d’un père, d’une mère et d’enfants, mais présente plutôt diverses facettes tels une bonne communication, l’expression de sentiments variés, l’accomplissement des rôles, l’acquisition et le contrôle des comportements et la capacité de résoudre les conflits.» (Desjardins, 1999 : 3).

 

À la lumière de ces informations, l’orientation sexuelle des parents est sans importance. L’important est plutôt la capacité d’accompagner et éduquer son enfant dans un milieu sain.

 

Est-ce que les enfants de parents homosexuels ont-ils davantage de problèmes d’anxiété, de concentration et d’intégration à l’école ?

Comme mentionné précédemment, le couple (Kaleb et Kordale) a fait l’objet d’insultes et de propos désobligeants. C’est pourquoi une question soulevée par Danielle Julien m’a particulièrement interpelée : Est-ce que les enfants de parents homosexuels ont-ils davantage de problèmes d’anxiété, de concentration et d’intégration à l’école ?

 

La notion d’intégration à l’école fait référence à la crainte que les enfants issus de ce type de milieu familial vivent du rejet ou soient l’objet d’insultes. Madame Julien répond que : « […] les enfants de mères lesbiennes, comparés aux enfants de mères hétérosexuelles, ne sont pas plus souvent victimes de taquinerie face à l’orientation sexuelle de la mère et n’ont pas davantage de difficultés d’intégration sociale durant l’adolescence. » (Julien, 2003 : 365).

 

L’impact de l’intimidation sur l’estime de soi

Dans le cadre de l’émission «Une pilule une petite granule» un expert laissait entendre quant à lui:  » Un enfant prend son estime de soi en partie dans sa famille, …quand sa famille est dénigrée, c’est clair que ça perturbe son estime de lui-même. » Encore là, les experts font beaucoup plus référence à l’impact de l’intimidation sur l’estime de soi plutôt que sur le fait qu’un enfant ait des parents homosexuels.

 

Pour ma part, je pense qu’il est juste de se questionner sur ce qui est le plus dommageable pour les enfants : le fait que leur parent soit homosexuel ou les propos discriminatoires qu’entretiennent certaines personnes à l’égard des gens qu’ils aiment. Les propos de Danielle Julien apportent assurément un éclairage intéressant sur cette question. En effet, ces enfants ne sont pas plus visés par les taquineries ou les insultes que les enfants dont la mère consomme de la drogue par exemple, ou dont le père souffre d’un trouble mental ou encore dont la famille reçoit des prestations d’aide sociale. Finalement, plusieurs enfants sont victimes de taquineries dès que leurs parents sont considérés comme déviants par notre société.

 

Conclusion

En conclusion, les résultats des recherches démontrent que les enfants de parents homosexuels sont bien adaptés, qu’ils n’ont pas tendance à adopter l’orientation sexuelle de leurs parents, qu’ils n’ont pas de confusion de genre et qu’ils ne sont pas plus victimes d’abus sexuel que les autres enfants.

 

À partir de ces informations, j’en conclus que nous devrions concentrer nos énergies comme société beaucoup plus sur l’éducation de nos enfants sur l’impact de l’intimidation sur l’estime de soi que l’impact de l’homoparentalité sur le bien-être mentale sur ces enfants. On peut penser que les enfants qui prennent d’autres enfants pour cible ont appris ces préjugés de leurs parents. À titre d’exemple, prenons l’annonce dans laquelle une dame est assise dans un autobus, son enfant sur les genoux. Ce dernier fait de belles façons à un homme à la peau noire à côté d’eux.

 

Pour cet enfant, la couleur de la peau ne fait aucune différence. Il est dit qu’on ne naît pas raciste, mais plutôt qu’on apprend à l’être; il en est de même pour l’homosexualité et la santé mentale. Nous n’avons pas tous été fabriqués avec le même moule et vivre ensemble implique d’accepter la différence de l’autre.

 

Heureusement, Kaleb et Kordale, le couple d’homosexuels dont j’ai fait mention en introduction, a reçu plusieurs mots d’encouragement suite aux messages d’insultes reçus. Ils ont tout de même formulé une réponse aux propos discriminatoires dans le Huffington Post. On pouvait y lire entre autres :

 

« Notre but en tant que parents est de leur fournir de l’amour, une éducation, du soutien, de l’encouragement et encore plus d’amour. »

 

Bibliographie

Julien, Danielle. 2003. « Trois générations de recherches empiriques sur les mères lesbiennes, les pères gais et leurs enfants » In Pierre-Claude Lafond et Brigitte Lefebvre (dir.).

L’union civile : nouveaux modèles de conjugalité et de parentalité au 21e siècle : actes du colloque du groupe de réflexion en droit privé. Cowansville, Québec : Éditions Yvon Blais. P.359-384.

Desjardins, Lucie. 15 mai 1999. Journal du Barreau. Québec. Volume 31-numéro 9. En ligne : http://www.barreau.qc.ca/pdf/journal/vol31/no9/competenceparentale.html, consulté le 28 janvier 2014.

Une pilule une petite granule . 13 janvier 2011. « Les familles homoparentales ». Telequebec.tv. En ligne http://pilule.telequebec.tv/occurrence.aspx?id=794, consulté le 21 janvier 2014.

One thought on “Quel est l’impact de l’homoparentalité sur la santé mentale des enfants?

  1. Philippe Kraepelin - 22 octobre 2015 dans 22 h 50 min

    L’article de Danielle Julien sur lequel vous appuyé votre opinion n’a pas été publié dans une revue scientifique révisée pas les pairs (peer reviews). Malgré sa forme, et l’identité de son auteur, il ne s’agit pas d’une publication scientifique, mais d’un pamphlet politique. Un œil plus exercé à l’analyse d’articles scientifiques observera que dans son pamphlet, madame Julien aborde quelques problèmes méthodologiques présentés par les recherches sur l’homoparentalité en occultant pourtant le plus important de tous: le biais de sélection des sujets. En effet, presque toutes les recherches empiriques sur l’homoparentalité ont été effectuées à partir de groupes de personnes qui se sont proposés elles-mêmes comme sujets de recherche. Ce type de recrutement, déjà douteux dans un contexte neutre, devient une porte ouverte au recrutement de croisés de la cause gay dans un contexte polémique. Il interdit donc toute forme de conclusion. Une simple vérification des titres des références donnés par madame Julien révèle, encore, un détournement de sources. Madame Julien qualifie de «probabiliste» des recherches empiriques qui n’en sont pas (Golombok 2003) et pour confirmer les résultats de recherches non probabilistes antérieures, elle présente à l’appui des cherches probabilistes plus récentes, mais qui ne portent pas sur le développement des enfants (Jouvin, Julien, & Chartrand, 2002; Julien, 2002; L’Archevêque, Julien, & Chartrand, 2002; Leblond de Brumath, Julien, & Chartrand, 2002) La docteure Julien est bien une psychologue et une professeure d’université (affiliée notamment à l’institut d’études féministes). Une revue de son parcours révèle cependant qu’elle se comporte souvent plus comme une idéologue engagée dans une croisade pour la reconnaissance des droits des couples de même sexe que comme une scientifique. La docteure Julien n’est pas la seule à enjamber les principes de rigueur scientifique pour tomber dans la propagande. La plupart des chercheuses dans ce domaine sont des militantes lesbiennes qui admettent ouvertement leur parti prie viscérale pour la cause gay et le courant de rectitude politique («political correctness») qui domine les milieux universitaires et professionnels aux États-Unis dresse la table à ce genre de dérapage et bien peut de chercheurs ont le courage de dénoncer l’instrumentalisation des sciences à des fins idéologiques qui en découle. Voir à ce sujet: Foucart T. (2004) Statistique et idéologies scientifiques, Ses Plurielles [http://www2.cndp.fr/revuedees/pdf/138/suppl-138.pdf] . Shiller, V.M., (2007). Science and advocacy issues in research on children of gay and lesbian parents. American Psychologist 62, 712–713. Marks L.(2012) Same-sex parenting and children’s outcomes: A closer examination of the American psychological association’s brief on lesbian and gay parenting. Social Science Research 41 (2012) 735–751

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