Rétablissement en santé mentale: C’est quoi ça ?

Rétablissement en santé mentale: C’est quoi ça ?

retablissement‘’Le rétablissement est un processus unique débutant là où la personne décide de ne plus donner à la maladie le pouvoir de contrôler toute sa vie. C’est la redécouverte de soi, de ses capacités et de ses rêves tout en se donnant de nouvelles possibilités, et cela, avec ou sans la présence de limites et de symptômes engendrés par la maladie mentale. C’est l’espoir d’une vie meilleure. » (Lagueux, 2007)

Au cours des dernières années, la psychiatrie et les soins offerts aux personnes aux prises avec un trouble de santé mentale ont grandement évolué. De l’incompréhension et l’exclusion au désir de rendre les gens atteints de maladie mentale au stade de normalité jusqu’à l’étape de les inclure avec leurs différences et leurs capacités, la vision de la maladie mentale et du malade a changé.

Actuellement, on parle de santé mentale et de maladie mentale sur un continuum qui n’exclut ni l’une ni l’autre et on inclut la santé mentale dans une définition plus globale du bien-être. Il n’y a plus de santé sans santé mentale.

La façon dont l’Organisation mondiale de la Santé définit la santé mentale montre clairement que l’absence de maladie mentale n’est pas le seul élément à prendre en considération dans le bien-être et le bon fonctionnement d’une personne :

‘’La santé mentale est un état de bien-être dans lequel la personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et fructueux et contribuer à la vie de sa communauté ».

Facteurs influencent la santé mentale

Beaucoup de facteurs influencent notre santé mentale. Notre matériel biologique et génétique ainsi que bon nombre de facteurs sociaux et économiques comme nos conditions de travail ou l’accessibilité à un logement adéquat et abordable.

Le principe du rétablissement les prend en considération et les inclut dans une vision plus globale du bien-être. En outre, le fait de retrouver sa santé mentale constitue une étape du processus de rétablissement suivant l’apparition de troubles mentaux ou d’une maladie mentale.

La plupart des troubles mentaux et des maladies mentales ne sont pas attribuables à une seule cause mais semblent plutôt être le résultat d’une interaction complexe entre des facteurs sociaux, économiques, psychologiques, biologiques ou génétiques

(Organisation mondiale de la Santé).

On tend maintenant à intégrer ces aspects dans la vision que nous avons de la santé mentale et dans les objectifs à atteindre quand on parle des soins à offrir aux personnes aux prises avec un problème de santé mentale. La guérison au sens traditionnel du terme évolue. Être rétabli n’est plus synonyme d’absence de médication ou de symptômes.

Aujourd’hui, la promotion du rétablissement chez les personnes vivant avec des troubles mentaux et la maladie mentale est devenue le point central autour duquel s’articulent des politiques et des pratiques en matière de santé mentale à travers le monde. Ici, au Canada et au Québec, de nombreux rapports et documents politiques ont adopté une approche axée sur le rétablissement.

Mais qu’est-ce que le rétablissement et en quoi cette philosophie oriente-t-elle différemment les soins offerts aux personnes aux prises avec des problématiques en santé mentale?

Le principe du rétablissement part de la définition stipulant que

« le rétablissement est une façon de mener une vie satisfaisante, prometteuse et productive, malgré les limites imposées par la maladie».

En d’autres termes, une personne peut retrouver une vie normale et satisfaisante sans « guérir » de sa maladie. (1) ‘’Un voyage sur la voie de la guérison tirant profit des forces individuelles, familiales, culturelles et communautaires permettant aux personnes vivant avec des troubles mentaux et la maladie mentale de mener une vie productive dans la collectivité malgré toutes les limites imposées par leur condition. » (2)

Définitions du rétablissement en santé mentale

Actuellement, il n’existe pas de consensus sur la définition exacte du rétablissement mais on peut dire que c’est une philosophie qui part du principe que l’on peut mener une vie pleine et satisfaisante, être un citoyen accompli à sa juste mesure, malgré la présence d’un trouble de santé mentale. Pour les donneurs de soins, c’est une façon de voir les soins à offrir qui ne vise pas la guérison mais le bien-être et le mieux-être.

Le rétablissement offre aux personnes atteintes, à leurs familles et à la société une image flexible et colorée de la vie avec une maladie mentale.

‘’En ce sens, le rétablissement n’est pas la même chose que la « guérison » (au sens classique du terme), puisqu’il n’implique pas nécessairement une rémission complète et permanente des symptômes. Il met en évidence leur capacité à conserver ou à retrouver leur santé mentale et leur bien-être, tout en gérant les symptômes de la maladie qui pourraient demeurer présents. Cette approche découle de l’idée selon laquelle les personnes vivant avec des troubles mentaux et la maladie mentale connaissent différents degrés de santé mentale, comme c’est le cas pour tout le monde. » (3)

Plutôt que de voir le chemin en ligne droite, on voit les choses sous forme de parcours. Le parcours de chaque personne sur la voie de la guérison est nécessairement différent, puisque chaque personne tire profit de ses propres ressources et de ses relations pour surmonter les défis propres à sa condition. (4)

Certains autres auteurs font ressortir que, ‘’plus qu’un retour à une situation d’avant, le rétablissement s’organise selon plusieurs axes qui s’entrecroisent : le rétablissement implique à la fois la possibilité d’élaborer un espace intérieur significatif et celle de réaménager les rapports aux autres et au monde, selon un mouvement propre à chacun. » (5)

Même si l’on ne s’entend pas encore sur une définition universelle du rétablissement, il semble que l’on s’entende sur un axe autour duquel s’oriente le rétablissement, et donc, qui oriente les actions, le support et les soins à offrir aux personnes atteintes de troubles mentaux afin de favoriser leur rétablissement. Un de ces résumés considère le rétablissement de la façon suivante (6) :

  1. Trouver, préserver et redonner l’espoir : croire en soi, avoir le sentiment de pouvoir accomplir des choses, être optimiste quant à l’avenir.
    Retrouver une identité positive : trouver une nouvelle identité tenant compte de la maladie, tout en conservant un sentiment fondamental positif quant à soi-même.
  2. Se bâtir une vie productive : arriver à comprendre la maladie, trouver une signification à la vie malgré la maladie, prendre sa vie en main et s’impliquer dans la communauté.
  3. Avoir des responsabilités et rester en contrôle : se sentir en contrôle de sa maladie et de sa vie
  4. Une orientation axée sur le rétablissement est fondée sur les principes d’espoir, d’autonomisation, de choix et de responsabilité.

En ce sens, voici ce que le cadre pour une stratégie en matière de santé mentale au Canada propose :

Le terme rétablissement n’a pas la même signification que celui de guérison. Il s’agit d’un voyage sur la voie de la guérison qui permet aux personnes vivant avec des troubles mentaux et la maladie mentale de vivre une vie productive dans la communauté malgré les limites imposées par leur condition.

Une approche axée sur le rétablissement est fondée sur les principes d’espoir, d’autonomisation, de choix et de responsabilité.

Il est possible d’espérer se rétablir même lorsque la maladie mentale se trouve à son stade le plus débilitant.

Il est impossible de se rétablir à la place d’une personne vivant avec des troubles mentaux ou une maladie mentale.

Le voyage de chaque personne sur la voie de la guérison est différent. Chacune fait des progrès, vit des échecs et recommence à nouveau. Personne ne doit être jugé parce qu’il n’a pas réussi à satisfaire aux attentes de quelqu’un d’autre.
Le milieu de vie de ces personnes est important : créer un contexte social favorisant le rétablissement implique de tenir compte des antécédents ainsi que des traditions de chacune et de tirer profit des forces individuelles, familiales, culturelles et communautaires.

Les principes du rétablissement doivent être adaptés à la situation de chaque personne puisque nos besoins changent tout au long de notre vie et au fil du développement du trouble mental ou de la maladie.
Les politiques et les lois en matière de santé mentale axées sur le rétablissement doivent confirmer le principe selon lequel il faut privilégier les interventions les moins intrusives.

Conclusion

En soi, le principe du rétablissement en psychiatrie, c’est une façon de voir les choses qui génère de l’espoir. ‘’ Et l’espoir est le début du voyage sur la voie de la guérison. Même si ce cheminement est propre à chaque personne et chaque famille, le fait de croire qu’il est possible d’entreprendre ce périple est essentiel pour amorcer le processus.

De plus, il est primordial de cultiver l’espoir pour obtenir les meilleurs résultats possibles. Des recherches ont démontré que l’espoir joue un rôle primordial dans le processus de rétablissement d’une personne. Il est tout aussi important que les membres de la famille et les autres soutiennent les personnes qui progressent sur la voie de la guérison. L’absence d’espoir empêche ces personnes de s’engager sur la voie de la guérison. » (7)

Au sein de cette vision se trouve l’usager, la personne aux prises avec un problème de santé mentale. Il est impossible de se rétablir à la place de quelqu’un d’autre, de forcer l’évolution et le cheminement ou d’entreprendre le parcours à la place de la personne qui a des problèmes.

Le principe de rétablissement implique une prise en charge de la situation par la personne qui vit le problème. Mais le rétablissement implique aussi les donneurs de soins, l’entourage, la famille et les professionnels. Le soutien des membres de la famille, des amis, des pairs et des intervenants joue un rôle essentiel. À travers des choix, des options, avec des essais et des erreurs, la personne aux prises avec des difficultés d’ordre mental doit retrouver la confiance qui a été rudement mise à l’épreuve à travers les difficultés de la maladie. Les personnes vivant avec une maladie mentale ont droit à l’erreur, comme tout le monde. L’expérience a d’ailleurs démontré que le processus de rétablissement est peu susceptible d’être linéaire et que les personnes peuvent connaitre des reculs tout au long de leur cheminement. Toutefois, c’est le cas pour la majeure partie de la population, quelle que soit la difficulté vécue » (8).Il ne faut pas voir là un échec de traitement ou baisser les bras et perdre espoir, mais plutôt se rappeler que cela fait partie d’un parcours normal et individuel, un chemin propre à chaque individu et chaque situation qui vise, en bout de ligne, un mieux-être et une vie satisfaisante pour la personne qui éprouve des difficultés.

En espérant que ces quelques pages sur le principe du rétablissement inspirent votre pratique et fassent naitre l’espoir que peu importe que vous soyiez donneur de soin, proche d’une personne atteinte ou vous-même atteint d’une maladie mentale, l’espoir existe et que vous avez le pouvoir de cheminer et de mener une existence satisfaisante. Bonne route.

Sources:

1. Anthony, W.A. (1993) Recovery from mental illness : The guiding vision of the mental health service in the 1990’s. Psychosocial Rehabilitation Journal, 16:11-23.

2. VERS LE RÉTABLISSEMENT ET LE BIEN ÊTRE Cadre pour une stratégie en matière de santé mentale au Canada ÉBAUCHE | AUX FINS DE DISCUSSION PUBLIQUE Janvier 2009

3. idem

4. Ellen Corin. Se rétablir après une crise psychotique : ouvrir une voie? Retrouver sa voix? Revue Santé mentale au Québec. Volume XXVII, Numéro 1, Printemps 2002, p.65.

5. Andresen,R., Caputi, P. et Oades, L. (2006) Stages of recovery instrument : Development of a mesure of recovery from serious mental illness. Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 40, 972-980. (Cité dans Vers le rétablissement et le bien-être)

6. VERS LE RÉTABLISSEMENT ET LE BIEN ÊTRE Cadre pour une stratégie en matière de santé mentale au Canada ÉBAUCHE | AUX FINS DE DISCUSSION PUBLIQUE Janvier 2009

7. The President’ New Freedom Commission on Mental Health. (2003) Achieving the promise: Transforming mental health care in America. Disponible au

8. VERS LE RÉTABLISSEMENT ET LE BIEN-ÊTRE Cadre pour une stratégie en matière de santé mentale au Canada ÉBAUCHE | AUX FINS DE DISCUSSION PUBLIQUE Janvier 2009

Leave a Reply

142 Partages
Partagez142
Tweetez
Enregistrer
Partagez